La place des Sourds et de la Langue des signes française dans les médias

Témoignage de Marie-Thérèse L’Huillier

La place des Sourds et de la Langue des signes française dans les médias : une révolution racontée de l’intérieur

Deux personnes parlent dans un micro, à côté d'une caméra, et MT L'Huillier se tient à côté.

Biographie de Marie-Thérèse L’Huillier

Initialement formée à la couture, Marie-Thérèse L’Huillier a réorienté sa carrière vers un champ situé à l’intersection de la Langue des signes française (LSF) et de la culture sourde. Marquée dès l’enfance par l’enfermement de l’internat de l’école d’Asnières (92) et l’interdiction de la LSF – imposée par l’idéologie oraliste, comme l’ont subi ses parents sourds et tant d’autres – elle a forgé une conscience aiguë des enjeux liés à l’enseignement de la LSF, à la transmission linguistique et culturelle, ainsi qu’à la reconnaissance de la culture sourde.  

Engagée de longue date dans l’accès au savoir, la transmission intergénérationnelle et l’affirmation d’une citoyenneté sourde active, elle a animé pendant huit ans l’émission pour enfants Mes mains ont la parole, diffusée sur Récré A2. Elle a ensuite poursuivi son action derrière la caméra de L’Œil et la Main pendant dix ans, contribuant à faire émerger une parole sourde authentique à l’écran.

Son implication au sein de la première rébellion du mouvement du Réveil Sourd et de l’International Visual Theatre (IVT) a marqué un tournant décisif dans son parcours. Elle y a croisé des figures majeures de la culture sourde telles que Danielle Bouvet, Christian Cuxac, Harry Markowicz ou encore Bernard Mottez, qui ont profondément nourri sa réflexion et son engagement.

Référence électronique pour citer cet article

Marie-Thérèse L’Huillier, « La place des Sourds et de la Langue des signes française dans les médias : une révolution racontée de l’intérieur », Images secondes [En ligne], 06 | 2026, mis en ligne le 1er juillet 2026, URL : https://imagessecondes.fr/index.php/2026/07/lhuillier/

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Portrait de Marie-Thérèse L'Huilier
Figure 1. Portrait de Marie-Thérèse L’Huillier (photographie : Jennifer Lescouët)

Étant sourde de parents Sourds[1], j’ai grandi en immersion totale dans la richesse de la Langue des signes française (LSF). À l’âge de quatre ans, en entrant à l’internat de l’Institut départemental Gustave Baguer à Asnières (92), j’ai vite été confrontée au paradoxe entourant le statut de la LSF : bien que ma langue maternelle soit couramment utilisée à la maison et au sein de ma communauté Sourde, elle était stigmatisée à l’internat. L’oralisme y était privilégié, souvent au détriment de l’acquisition d’une culture générale.

Dans les années 1970, grâce à Jean-Pierre Bouillon, inspecteur pédagogique pour enfants sourds, j’ai eu la chance de recevoir dans mon bureau Alfredo Corrado, acteur Sourd américain, et Jean Grémion, acteur entendant français, co-fondateurs de l’IVT (International Visual Theater).[2] Cette rencontre a été un véritable déclic : ils m’ont fait prendre conscience de la situation d’oppression dans laquelle nous, les sourds, nous trouvions. En tant que femme sourde, cet échange a marqué le point de départ de mon engagement au sein du mouvement du Réveil Sourd, qui avait pour but de défendre le droit à la LSF, l’accès à une éducation bilingue et l’accessibilité des médias[3]. Mon implication ne s’est pas arrêtée là. Sur tous les fronts de la création de métiers liés à la LSF et à la culture sourde, j’ai multiplié les rôles : enseignante de la LSF en classe bilingue avec Danielle Bouvet (1979-1985)[4], conteuse de Mes mains ont la parole (1979-1985), dans l’émission pour enfants Récré A2[5],  productrice de la série documentaire L’Œil et la Main sur France 5 avec Dominique Hof (1994-2003), formatrice, conférencière et chercheuse (2008-2018). À travers ces différentes expériences, j’ai toujours eu à cœur de défendre la place des Sourds et de la LSF dans la société. Trente ans après ma rencontre avec Alfredo Corrado, la loi de 2005 a enfin reconnu la LSF comme langue à part entière. Cette avancée, fruit de décennies de mobilisation a permis l’ouverture des portes des universités aux personnes Sourdes signantes, en rendant possible la présence d’interprètes. Grâce à cette évolution essentielle, j’ai enfin pu accéder à l’enseignement supérieur, suivre des études universitaires et obtenir une licence puis une maîtrise en SDL-LSF[6].

Dans les années 1960, la télévision commençait à se démocratiser, mais n’était pas encore accessible aux personnes sourdes. À cette époque, comme la plupart de mes camarades, j’étais étouffée par le confinement de l’internat. Alors que nous étions avides des nouvelles venues de l’extérieur, nous n’y avions que peu accès. Les internes donnaient ainsi souvent de l’argent en cachette aux externes pour qu’ils leur achètent des journaux. Malgré nos difficultés de lecture, nous partagions ces journaux pour suivre l’actualité et nous nous expliquions ce que nous ne comprenions pas. Pour se tenir au courant, les Sourds de la génération de mes parents faisaient finalement la même chose : ils achetaient un journal chaque jour et échangeaient sur ces informations au foyer des Sourds. C’est donc grâce à leur entraide et leur soutien mutuel que les Sourds ont toujours pu partager des informations et des connaissances.

Les Sourds faisaient face à toutes sortes d’obstacles qui limitaient leur participation active dans la société et engendrait leur marginalisation sociale et intellectuelle. En tant que Sourds, nous nous considérions comme des citoyens de seconde classe : sous-éduqués, sous-estimés, sous-informés et peu cultivés. Cette situation nous a poussés à nous réunir en tant que communauté afin de nous protéger et ne plus nous sentir opprimés. Il faut mentionner qu’à l’époque le statut linguistique de la LSF n’était pas reconnue et que cette langue était même prohibée. Les Sourds ont ainsi toujours utilisé la langue des signes mais sans avoir conscience de sa réalité en tant que système linguistique[7].

À seize ans, j’ai quitté l’école avec un diplôme en couture, mais avec un faible niveau en français et une culture générale lacunaire. En travaillant ensuite en tant que dactylographe, j’ai ressenti un vif décalage linguistique et culturel. Alors que j’avais du retard dans la compréhension du contexte social et culturel à mon travail dans lequel on pratiquait la langue vocale majoritaire, j’avais de solides connaissances dans le contexte de ma langue maternelle gestuelle minoritaire.

En 1977, deux hommes, Alfredo Corrado et Jean Grémion, se sont présentés à mon bureau pour me parler de leur projet : la création d’un théâtre pour les Sourds. Alfredo Corrado, sourd étasunien utilisant l’American Sign Language (ASL), et Jean Grémion, entendant français signant un peu en ASL plutôt qu’en LSF, m’ont demandé de trouver des adultes Sourds qui pourraient être intéressés par un atelier de théâtre. Même si le théâtre pour Sourds ne m’intéressait pas vraiment à l’époque, j’ai invité vingt de mes collègues Sourds à les rencontrer et, malgré l’absence de réseaux sociaux à l’époque, l’information de cet atelier a bien circulé des « mains aux yeux ». Le lundi 21 février 1977, c’est ainsi une centaine de Sourds oralistes et signeurs de différentes écoles parisiennes qui se sont retrouvés au Château de Vincennes[8].

Grémion et Corrado ont alors expliqué avoir remarqué un contraste entre la France et les États-Unis concernant l’accessibilité et le statut de la langue des signes. À cette époque, en France, les termes pour décrire ou conceptualiser la LSF n’étaient effectivement pas encore établis, et la notion de culture sourde demeurait abstraite pour beaucoup. La LSF, longtemps proscrite, ainsi que la culture et l’histoire des Sourds, transmises « oralement »[9]par des sourds dans les internats, restaient dans l’ombre. Cette situation nuisait à la reconnaissance de la langue des signes mais également à la valorisation de la culture Sourde.  Pour Jean Grémion, les entendants qui dirigeaient les écoles pour Sourds détruisaient donc une langue, mais également une culture. Alfredo Corrado venait des États-Unis, où la pratique de l’ASL n’avait pas été autant proscrite qu’en France, et où l’université de Gallaudet permettait un accès aux études supérieures pour les Sourds, en langue des signes[10].

Pour Corrado et Grémion, la LSF et la culture Sourde étaient colonisées par la langue et la culture entendantes. Pour libérer notre expression en LSF des restrictions imposées par le monde entendant, il nous fallait un espace d’expression. L’atelier de théâtre devait justement nous permettre de développer cette liberté d’expression, de mener des recherches sur l’art et de promouvoir la culture Sourde. Présenter des pièces de théâtre en LSF jouées par des Sourds eux-mêmes avait également pour objectif de changer la perception des entendants.

Sur la photo de la figure 2, nous voyons dix des douze acteurs Sourds pionniers de l’IVT. Chaque soir, après notre journée de travail, nous nous retrouvions pour poursuivre des échanges informels. Ces discussions nous ont permis de développer notre conscience linguistique et culturelle. Nous nous sommes rendu compte que, durant notre scolarité en internat, nous avions souvent recours à des expressions linguistiques et artistiques créatives. Pour Corrado, ces créations en langue des signes, ces images que nous produisions sans en être pleinement conscients, étaient magnifiques. Ce dernier insistait sur l’importance de préserver la beauté de la LSF, soulignant son esthétique et la nécessité de maintenir sa puissante expressivité visuelle par rapport à l’ASL[11]. Contrairement aux enfants entendants qui apprennent à réfléchir sur leur langue tout au long de leur scolarité, nous venions à peine de découvrir le potentiel notre propre langue. 

Corrado nous encourageait à utiliser la force visuelle de l’image en LSF, dite iconicité.  Cependant, nous craignions encore beaucoup le jugement du public. L’oralisme, avait couvert de honte les gestes, avait masqué notre identité Sourde. Corrado nous a alors encouragés à créer collectivement une pièce de théâtre inspirée de nos réflexions et de nos traumatismes, en utilisant des jeux de masques. Nous avons constitué un petit groupe, le seul à avoir le courage de monter sur scène après une année de recherche et de création collective, à une époque où la langue dans laquelle nous nous exprimions était encore méprisée et marginalisée.

Un grand groupe assis autour d'un immense plat ovale.
Figure 2. De gauche à droite : Michel Girod, Brigitte Bruno, Joel Liennel, Marie-Thérèse Abbou-L’Huillier, Daniel Abbou, Denis Tettiravou, Anne-Marie Girod, Victor Abbou, Suzanne Dahan et Chantal Liennel. Évelyne Abbou et Jean-Louis Guelt (pourtant participants de l’atelier) sont absents de cette photo. Crédit photo F. Cascalès.

Notre première représentation, le 21 mars 1978, intitulée […][12] a suscité un vif intérêt chez les entendants, qui ont d’ailleurs été nombreux à souhaiter apprendre « la langue des  » afin de surmonter les obstacles de communication avec les comédiens Sourds.

En l’absence de manuel de référence pour l’enseignement de la LSF, Bill Moody, entendant, interprète étasunien anglais-ASL, ayant une expérience de l’apprentissage de l’ASL auprès de professeurs Sourds étasunien·nes, a mis en place des cours de LSF à Vincennes. Il a proposé aux comédiens de participer à la préparation de l’enseignement de la LSF pour leur montrer comment l’enseigner aux entendants. Peu à peu, il a permis aux Sourds de devenir autonomes dans l’enseignement. En effet, les cours de LSF ont ouvert la communication entre Sourds et entendants et établi un pont entre les deux communautés, notamment lors des fêtes organisées par l’IVT.

Mon implication initiale dans le Réveil Sourd à l’IVT a marqué un tournant décisif dans ma vie, profondément influencé ma trajectoire et m’a permis de rencontrer des figures clés telles que Danielle Bouvet, Christian Cuxac, Harry Markowicz et Bernard Mottez[13]. Après deux ans à l’IVT, un fort désir de relever de nouveaux défis et de briser les barrières culturelles, linguistiques et sociales entre sourds et entendants m’animait.

Un jour, Danielle Bouvet m’a proposé de lui donner des cours individuels de LSF. Mais n’ayant jamais appris cette langue à l’école, je ne savais pas comment l’enseigner. Face à mes doutes, elle m’a encouragée à relever ce défi et m’a suggéré une première approche : utiliser un livre de contes pour raconter une histoire en signes. Mais sans accès à la culture écrite, comment aurais-je pu choisir ces livres ? C’est donc elle qui me les proposait. En observant ses premières tentatives, j’ai ajusté ses signes, corrigé la syntaxe et reformulé ses propos pour lui fournir un modèle linguistique précis. À la fin de chaque cours, je lui faisais réviser les signes afin qu’elle les mémorise et les réutilise en situation de communication, dans le but de renforcer ses compétences. Ainsi est née ma méthode d’enseignement de la LSF, fondée sur l’ajustement, la révision des signes et l’importance de la communication. Danielle découvrait la beauté de mes signes, tandis qu’elle me révélait la magie des contes – un plaisir dont nous, enfants sourds, avons souvent été privés. Au bout d’un an, cette expérience de partage et d’apprentissage a conduit à une double avancée : la conception d’une émission pour enfants sourds et la création d’une classe bilingue[14].

C’est ainsi que Danielle Bouvet a proposé à Jacqueline Joubert, productrice de l’unité Jeunesse de Récré A2, l’idée d’une émission de contes racontés en LSF par moi-même (une personne Sourde !) accompagnée de Danielle, entendante, assurant la voix off. Pour ce rendez-vous, j’ai présenté trois histoires, vêtue de ma combinaison rose avec une ceinture violette que je portais en hommage à ma première pièce de théâtre à IVT. (Fig.3)

Marie-Thérèse L'Huillier en combinaison rose claire, ceinture en tissu rose. Les mains levées, elle regarde vers sa main gauche. En légende, sur la photo : "Emission Récré A2, Mes mains ont la parole".
Figure 3. Ce vêtement représentait pour moi bien plus qu’un simple habit : il symbolisait une étape importante de mon parcours. Photo A2 : X. GASSMANN.

Jacqueline Joubert a été séduite par l’idée et l’émission Mes mains ont la parole – dont le titre symbolisait le droit à l’expression en LSF pour ceux qui en sont privés – a été diffusée pour la première fois le mardi 30 octobre 1979 à 18h (avec une rediffusion à 18h25) dans l’émission Récré A2.

Après huit mois de diffusion, l’émission a été sélectionnée par Sonika-Bo pour le 33ème Festival International du Film pour Enfants en mai 1980 au Palais des Festivals à Cannes (Fig.4). C’était un immense honneur pour moi ! Enfin, la LSF et la communauté Sourde étaient reconnues dans le monde médiatique.[15]

Carton d’invitation du Festival de Cannes 1980 – XXXIIIe Festival international du film, présentant une sélection de films pour enfants incluant en II, Mes mains ont la parole.
Figure 4. Carton d’invitation du Festival de Cannes 1980 – XXXIIIe Festival international du film, présentant une sélection de films pour enfants incluant en II, Mes mains ont la parole.

Malgré cela, la présence d’une femme sourde à la télévision a profondément transformé la perception du public, qui voyait souvent les Sourds comme des curiosités, surtout avant que la langue des signes ne soit reconnue. Cette émission en LSF a certainement contribué à déconstruire les stéréotypes, en montrant aux entendants que les Sourds possèdent une langue et une culture propres. Son succès s’est traduit par huit ans de diffusion, encourageant de nombreux entendants à devenir interprètes et permettant à des Sourds de se former comme conteurs en LSF.

Dans ce contexte de reconnaissance émergente, l’adaptation des contes en LSF représentait un véritable défi. Les structures très différentes de ces deux langues – le français, langue unilinéaire, et la LSF, langue multilinéaire et iconique – compliquaient encore davantage ce travail. Comment transposer en LSF les pronoms personnels, les objets directs et indirects, ou encore les pronoms relatifs tels que « qui » et « quoi », servant à désigner des personnes, des animaux ou des objets ? Sans le savoir, je me suis trouvée confrontée au problème de la « bifurcation de l’intention sémiotique entre les deux visées illustratives et non illustratives[16] » et du « transfert de personne[17] », phénomènes qui n’ont commencé à être décrits par Christian Cuxac qu’après 1983.

À cette époque, aucun interprète ne pouvait me transmettre le sens des contes de l’écrit vers la LSF ni assurer la traduction de la LSF vers la voix off. Par ailleurs, il n’existait encore aucune recherche universitaire sur la traduction entre le français et la LSF, ce qui rendait ce travail d’autant plus complexe. Je manquais également de figures Sourdes expertes en traduction en LSF auxquelles m’identifier. Afin de garantir une adaptation fidèle et d’éviter l’écueil du français signé, j’ai multiplié les échanges en LSF avec Danielle Bouvet en renforçant l’expression faciale, gestuelle et spatiale. À cette époque, je n’avais pas conscience que les structures de grande iconicité existaient déjà dans ma langue.

Lors d’un stage d’été à l’université Gallaudet en juillet 1979, j’ai justement eu l’opportunité de rencontrer des figures Sourdes importantes telles que Gil Eastman, producteur et animateur de l’émission Deaf Mosaic[18], ainsi que Carol Padden et Barbara Kannapell, chercheuses au Laboratoire de Linguistique et en sociolinguistique.[19] Leur expérience et leurs travaux m’ont alors fait prendre conscience de l’importance de l’étude de la grammaire de la LSF[20] pour mes projets d’émissions et d’enseignement. Par exemple, dans le domaine audiovisuel, j’ai compris que la langue des signes étant une langue visuelle, gestuelle et spatiale, le cadrage devait s’adapter aux contraintes linguistiques et non l’inverse.

Ce stage à Gallaudet a été un catalyseur pour toutes mes activités, tant dans le domaine de la télévision (Fig.5), que dans celui de l’enseignement bilingue ou de la recherche linguistique sur la LSF.

Marie-Thérèse L'Huillier avec son habit vu précédemment, les mains en pleine action.
Figure 5. Première apparition en France d’une personne Sourde en plein écran, s’exprimant en LSF. Émission pour la Jeunesse Récré A2 « Mes mains ont la parole » le 30 octobre 1979. Photo A2 : X. GASSMANN.

À mon retour de Gallaudet, j’ai commencé à collaborer avec Christian Cuxac, alors jeune doctorant en linguistique et déjà activement impliqué dans le Réveil Sourd et la création de l’Académie de la Langue des Signes Française (ALSF). Il m’avait proposé d’analyser avec lui un premier corpus constitué de discours en LSF de Guy Bouchauveau, Sourd, célèbre humoriste en LSF, connu dans le monde Sourd. Notre collaboration nous a ensuite amené à faire ensemble une présentation lors du Troisième Symposium International de Recherche sur les Langues des Signes à Rome en 1983 (Fig. 6). Cette expérience a suscité en moi le désir de devenir chercheuse en LSF, même si je n’ai réellement eu accès à l’université que trente ans plus tard.

M.-T. Abbou-L'Huillier signe, debout. C. Cuxac est assis au second plan.
Figure 6. C. Cuxac et M.-T. Abbou-L’Huillier lors de leur présentation simultanée en anglais parlé et en LSF à la conférence de Rome en 1983.
Photo : III ème Symposium International de Recherche sur les langues des signes à Rome

Cette expérience de recherche pratique avec Christian Cuxac m’a permis de prendre conscience de la complexité grammaticale de la LSF, comparable à celle du français. Cette prise de recul sur les deux langues m’a grandement aidée à comprendre leurs systèmes distincts pour l’adaptation des textes en LSF. J’ai alors décidé de modifier mes réflexes et d’explorer de nouvelles méthodes pour apprendre à lire directement sans passer par la prononciation, ainsi que pour écrire en français. J’ai développé une approche pédagogique novatrice pour l’apprentissage du français avec la LSF, fondée sur mes propres questions et recherches.

Une rencontre avec Françoise Dolto, lors d’une interview pour le dossier « Lecture » du journal VU[21],  m’a ensuite poussée à envisager l’écriture d’un livre. Elle m’avait expliqué que l’écrit est un outil puissant pour diffuser l’information. On peut trouver dans les livres des réponses à toutes ses curiosités et on peut toucher des entendants éloignés. La lecture permet de communiquer avec le monde du savoir et de renouer avec la culture de son propre groupe ethnique. C’est ainsi que j’ai décidé de rédiger Sourde, comment j’ai appris à lire et à écrire en 1991[22], puis l’article « Rôle du professeur Sourd dans la pratique bilingue et biculturelle »[23] (ainsi que plusieurs autres articles dans diverses revues).

Mes mains ont la parole avait mis en lumière les obstacles rencontrées par les enfants Sourds : Certains professeurs demandaient effectivement à leurs élèves Sourds de transcrire en français écrit ce qu’ils avaient compris de mes récits en langue des signes ou arguaient que la LSF n’était pas une véritable langue. Ce genre de démarche empêchait les enfants Sourds de goûter pleinement au plaisir « d’écouter » les trésors de la littérature enfantine en LSF. De plus, de nombreux parents entendants, influencés par les recommandations de certains enseignants oralistes, interdisaient à leurs enfants Sourds de regarder cette émission. Grâce à mon travail, j’avais compris que, bien que l’émission fut largement suivie par des enfants et adultes ignorants tout de la LSF, elle était méprisée par les professionnels de la surdité et interdite aux enfants Sourds.

En 1994, après l’arrêt de Mes mains ont la parole, Dominique Hof entendante et bilingue en LSF, responsable de l’action culturelle au SERAC, a pris connaissance d’un appel d’offres lancé par Jean-Marie Cavada[24], alors président de La Cinquième. Elle m’a contacté afin que l’on conçoive ensemble une nouvelle émission destinée aux Sourds, en adéquation avec la politique de développement régional de la chaîne.

La complémentarité entre Dominique, rédactrice en chef entendante, et moi, rédactrice en chef Sourde, a permis de dessiner deux perspectives culturelles distinctes, issues de deux mondes différents, et d’aborder à la fois des informations sur la vie socioculturelle en général et sur les droits civiques des personnes Sourdes. L’Œil et la Main a donc été conçue pour un public sourd et, il semblait évident qu’un.e présentat.eur.rice Sourd.e occupe un rôle central.

Il était essentiel que les présentateur.rice.s et invité.e.s Sourd.e.s puissent pleinement occuper leur place et s’exprimer librement. Pour garantir l’accessibilité et la fluidité de la communication, des interprètes étaient présents. Nous gardions en tête que, trop souvent, la place et la parole des Sourds étaient usurpées par des personnes entendantes qui prétendaient ou pensaient mieux connaître leur réalité. Nous voulions que les Sourds prennent eux-mêmes la parole et donnent une représentation authentique de leur vécu. De plus, notre objectif était de renforcer les liens entre le monde Sourd et le monde entendant, souvent distants et ignorants l’un de l’autre. En tant que rédactrices en chef, nous étions responsables de la définition et de la conception des sujets, que nous confiions ensuite aux présentat.eur.rice.s Sourd.e.s, afin qu’iels animent les discussions sur le plateau tout en assurant la cohérence rédactionnelle, tant en studio que lors des reportages.

L’aventure de L’œil et la main a officiellement débutée le 14 décembre 1994. Le magazine de 26 minutes était destiné à l’ensemble des Sourds et bénéficiait de diverses options d’accessibilité (LSF, sous-titres intégraux ou simplifiés via le système de CEEFAX). Jean-Marie Cavada[25] avait choisi Emmanuelle Laborit[26] et Daniel Abbou[27] comme présentateurs et confié la réalisation à Jacques Sangla et son équipe de professionnels Sourds Vidéo-Signes, basée à Toulouse. Cavada nous a également encouragées, en tant que femmes à nous affirmer dans notre collaboration avec l’équipe technique masculine de Vidéo-Signes (Fig.7).

De gauche à droite, Pascal Casas, cadreur Sourd, Jean-Marie Cavada (le logo de la chaîne, un cinq évidé sur fond bleu, entre les mains), Daniel Abbou, présentateur Sourd, Jacques Sangla, réalisateur Sourd, Pascal Jobet, assistant réalisateur Sourd, et Philippe Congard, entendant, responsable du doublage voix.
Figure 7. De gauche à droite, Pascal Casas, cadreur Sourd, Jean-Marie Cavada, Daniel Abbou, présentateur Sourd, Jacques Sangla, réalisateur Sourd, Pascal Jobet, assistant réalisateur Sourd, et Philippe Congard, entendant, responsable du doublage voix.
Photo : Dominique Hof, co-rédactrice en chef de L’Œil et la main.

L’éloignement entre les deux équipes (celle de Paris et celle de Toulouse) compliquait cependant la communication (déjà difficile au sein d’une équipe mixte Sourde et entendante). Fin mai 1995, La Cinquième et Jean-Marie Cavada ont donc décidé de séparer les deux équipes pour simplifier le travail de la rédaction basée à Paris.

La société de production Point de Jour, engagée sur les questions des minorités, a ensuite pris le relais et a soutenu les surcoûts liés à la double rédaction en chef (les interprètes et le sous-titrage).  Dominique et moi-même, en tant que rédactrices en chef, avons formé une équipe mixte de Sourds et d’entendants qu’il a fallu sensibiliser à la langue des signes et à la culture Sourde pour garantir une production en cohérence avec notre ligne éditoriale. Les défis de communication, notamment la traduction vers la LSF, le cadrage de cette langue et l’utilisation d’interprètes (Fig.8), compliquaient les échanges au sein de l’équipe et augmentaient l’anxiété avant chaque tournage.

Deux personnes parlent dans un micro, à côté d'une caméra, et MT L'Huillier se tient à côté.
Figure 8. De gauche à droite : Chantal Montaigu et Frédéric Marchesan, interprètes, Marie-Thérèse Abbou-L’Huillier, et Sophie Berger, interprète prenant le relais de l’une des interprètes précédentes.
Photo : Martine Grouas, secrétaire de L’Œil et la main.

À cette époque, sans réseaux sociaux, les rencontres internationales étaient rares, se limitant principalement aux Jeux olympiques Sourds, organisés tous les quatre ans, et à quelques événements tels que les festivals. L’Œil et la Main permettait alors de combler ce manque, en offrant une plateforme de visibilité et d’échanges pour la communauté Sourde.

L’Œil et la Main visait à sensibiliser le public entendant au monde des Sourds, en dédramatisant la surdité et en montrant que les Sourds étaient des citoyens capables de mener une vie « normale ». À une époque où le gouvernement ignorait les problèmes d’exclusion et d’inaccessibilité liés à la surdité, nous avons proposé à Jean-Marie Cavada, président de La Cinquième, de traduire le débat présidentiel de 1995 en LSF ; initiative qu’il a soutenue. Cette diffusion a non seulement rendu le débat accessible aux sourds, mais a aussi sensibilisé les personnalités politiques et attiré l’attention des médias. Nous avons ainsi reçu les félicitations d’Arlette Morel[28] pour cet engagement en faveur de l’accessibilité.

En 1997, Mme Gillot, députée du Val-d’Oise, nous a consultées en tant qu’expertes pour rédiger un rapport sur la situation des sourds en France. Lors de la présentation de ce rapport[29] à l’Assemblée nationale en 1998, un huissier a interdit la traduction en LSF, illustrant l’inaccessibilité des informations citoyennes pour les Sourds. Par la suite, lors d’une interview qu’ils nous ont accordée, Mme Gillot et Laurent Fabius, ancien Premier ministre, ont annoncé un engagement pour rendre les débats parlementaires accessibles en LSF sur France 3[30].

Deux femmes et un homme, en tailleurs et robes, sur une scène, derrière un pupitre.
Figure 9. Hommage que j’ai reçu de la part de ma communauté Sourde lors de la soirée des « Mains d’Or » pour l’action sociale, événement organisé en 1999 par l’Académie de la Langue des Signes (ALSF). Photo : ALSF
Une accolade entre Dominique Gillot, cheveux gris et tailleurs crème, et Marie-Thérèse L'Huillier en tailleur bleu.
Figure 10. J’ai également été décorée Chevalier de l’Ordre National du Mérite, une distinction remise par Dominique Gillot, ministre de la Santé, au nom du Président de la République. Photo : Roger L’Huillier

En raison de l’intégration de nouvelles émissions et des ajustements demandés par France 5 pour mieux représenter les diversités sourdes (signants, oralistes et devenus sourds), L’Œil et la Main a modifié son format. En 2000, l’émission a adopté une nouvelle formule, documentaire et mono-thématique, avec un animateur Sourd guidant les téléspectateurs. En 2003, la production a été suspendue avant d’être rapidement relancée. Cette série documentaire existe aujourd’hui encore[31].

L’émission L’Œil et la Main a joué un rôle pionnier en devenant le premier programme télévisé conçu par une équipe mixte Sourds – entendants pour un public mixte en France. Bien avant la reconnaissance officielle de la Langue des Signes Française (LSF), elle a défendu l’accessibilité des médias aux Sourds et a servi de médiateur entre les Sourds, le monde politique et les médias.

La loi du 11 février 2005 a marqué une avancée majeure en reconnaissant la LSF comme langue officielle. En conséquence, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a imposé aux chaînes de télévision d’adapter leurs programmes pour les rendre accessibles aux Sourds et malentendants, notamment aux heures de grande écoute, en utilisant des dispositifs comme les interprètes et le sous-titrage. Cette avancée a représenté une étape importante pour l’égalité des citoyens sourds en matière d’accès à la télévision. Cependant, cette accessibilité reste encore limitée à une seule émission spécialement conçue pour les adultes Sourds, sans une attention suffisante portée aux programmes destinés aux enfants.

À la suite de la mobilisation des Sourds dans les années 1975 pour la reconnaissance de leurs droits linguistiques, la télévision française a progressivement inclus des programmes accessibles à cette communauté. Ma première apparition à l’écran dans Mes mains ont la parole, en tant que personne Sourde utilisant la LSF, a joué un rôle important dans l’évolution du regard porté sur la communauté Sourde ainsi que sur le public entendant, montrant ainsi que la présence de personnes Sourdes dans les médias était possible. Peu à peu, des Sourds signants et militants ont proposé et défendu l’insertion de programmes accessibles aux Sourds au sein de la télévision française, contribuant ainsi à une meilleure visibilité de leur langue et de leur culture. Cependant, la télévision française s’est souvent limitée à l’incrustation d’interprètes ou à la présence du sous-titrage pour assurer l’accessibilité, sans aller jusqu’à concevoir une véritable émission animée par et pour les Sourds. Certaines initiatives ont néanmoins vu le jour, telle que Pôle-Signes, une émission mensuelle réalisée par Jacques Sangla[32].

En parallèle, j’ai observé une évolution notable de la présence des Sourds dans les métiers de l’audiovisuel, notamment grâce à l’ouverture des universités aux Sourds par le biais d’interprètes, facilitée par la législation. Des initiatives comme Websourd[33] et Média’Pi![34] ont poursuivi ce travail en produisant des contenus en LSF, favorisant l’intégration des Sourds dans les métiers de l’audiovisuel, et en préservant leur culture. Les nouvelles technologies offrent effectivement une opportunité précieuse pour faciliter l’interaction entre l’offre de contenu en langue des signes et le public Sourd. Toutefois, ces avancées restent fragiles et nécessitent une vigilance constante.

Le soutien aux jeunes Sourds dans l’accès aux professions de l’audiovisuel est essentiel pour garantir que les voix – ou plutôt leurs mains – Sourdes soient pleinement visibles /entendues et que leurs histoires soient racontées de manière authentique.

La présence de personnes Sourdes à des postes-clés de l’industrie audiovisuelle (en tant que journalistes, mais également réalisateurs, cadreurs et monteurs) renforce la reconnaissance de la LSF comme langue à part entière et garantit une meilleure connaissance de la surdité. C’est pourquoi j’ai toujours encouragé les jeunes Sourds à faire des stages dans le domaine de l’audiovisuel afin qu’ils et elles puissent occuper la place qui leur revient et enrichir les médias de leur regard unique.


[1]     L’usage de la majuscule concernant le terme « Sourd » marque l’appartenance culturelle et linguistique à la communauté Sourde, tandis que la minuscule (« sourd ») désigne simplement une personne atteinte de surdité sans implication culturelle et linguistique.

[2]    M-T. L’Huillier a été comédienne à IVT et en a été la co-fondatrice avec les douze pionniers comédiens Sourds le 21 février 1977.

[3]     Voir à ce sujet L’Œil et la main du 26 septembre 2011 : « Marie-Thérèse L’Huillier en toutes lettres » http://www.france5.fr/emissions/l-oeil-et-la-main/diffusions/26-09-2011_65321

[4]     Abbou-L’Huillier, « Les étapes traversées par les enfants au cours de leur entrée dans la parole (de septembre 1979 à février 1981) » dans Daniele Bouvet (dir.), La Parole de l’enfant : Pour une éducation bilingue de l’enfant sourd, Paris, Presses universitaires de France, 1992, pp.249–288.

[5]     Je suis ainsi devenue la première personne Sourde à apparaître en plein écran en utilisant la LSF (en France).

[6]     SDL-LSF Sciences du langage, didactique des langues étrangères, langue des signes française, Université Paris 8.  

[7]      La LSF est une langue à part entière, visuo-gestuelle, dotée d’une structure linguistique propre, aussi complexe et riche que celle des langues audio-vocales.

[8]      Lieu des prémices du « Réveil Sourd » qui donna lieu à la création d’IVT ainsi qu’à la création collective du théâtre par notre troupe de comédiens Sourds.

[9]     Nous n’utilisons pas le terme « oral » pour nous référer à la modalité phonatoire, mais en opposition à l’écrit (qui passe directement d’une personne à l’autre).

[10]   Gallaudet est la seule université au monde où l’ensemble des programmes de licence, master et doctorat dans plus de 40 disciplines (linguistique, psychologie, sociolinguistique, anthropologie, droit, enseignement, informatique, etc.) sont spécifiquement conçus pour des étudiants Sourds et malentendants. Tous les cours y sont dispensés en langue des signes américaine (ASL) et en anglais.

[11]    Extrait de l’interview de Marie-Thérèse L’Huillier &Ch. Liennel, « Réveil de la poésie en langue des signes », mai 2019 https://www.canal-u.tv/video/site_pouchet_cnrs/le_reveil_de_la_poesie_en_langue_des_signes.55825

[12]   La fermeture du monde sourd.

[13]   Danielle Bouvet, orthophoniste et chargée de cours en psychopédagogie de la langue maternelle à l’Université de Genève, Christian Cuxac, alors jeune chercheur en linguistique de la LSF, Harry Markowicz, linguiste étasunien de l’ASL à l’université de Gallaudet à Washingthon, et Bernard Mottez, sociologue du CMES (Centre d’études des mouvements sociaux), ont encouragé les Sourds à s’exprimer et à agir par eux-mêmes plutôt que de parler à leur place.

[14]   Première expérimentation bilingue en France en septembre 1979.

[15]   Cependant, à la dernière minute, Sonika-Bo m’a informée qu’en raison de problèmes techniques, l’émission ne serait pas projetée, mais intégrée aux bibliothèques.

[16]    Dans la LSF, on distingue deux manières de dire : la visée illustrative, qui consiste à « dire en montrant » (à travers des structures de grande iconicité ou des structures de transferts), et la visée non illustrative, qui consiste à « dire sans montrer » (en utilisant des signes lexicaux).

[17]    Les transferts de personne (prise de rôle) permettent au locuteur de devenir le personnage dont il parle en imitant un humain, un animal ou un objet, que ce soit dans les actions ou dans les discours.

[18]   Deaf Mosaic est une série télévisée primée aux Emmy Awards, produite et animée par Gil Eastman et Mary Lou Novitsky dans l’université Gallaudet. Elle a été diffusée mensuellement de 1985 à 1995 sur The Discovery Channel et certaines chaînes affiliées à PBS. Cette émission magazine était très populaire dans les années 1980 et 1990, offrant aux téléspectateurs Sourds et entendants des informations sur divers aspects de la communauté Sourde. ​

[19]   Cf. André Minguy, Le Réveil Sourd en France (Paris, L’Harmattan, 2009) dans lequel j’ai apporté mon témoignage (pp.128-130).

[20]   À cette époque, la LSF n’avait pas encore obtenu de statut officiel et était couramment désignée sous le terme générique de « langue des signes ». C’est alors que Bernard Mottez et Harry Markowicz ont proposé d’urgence de nommer la LSF en s’inspirant de l’American Sign Language (ASL) utilisée en Amérique. Leur initiative a été cruciale pour clarifier précisément le statut linguistique de la LSF et son utilisation dans la société. Comme l’ont souligné Mottez et Markowicz, la reconnaissance officielle d’une langue signifie beaucoup pour les Sourds, leur permettant de se sentir valorisés, ce qui les rend plus épanouis et plus forts.

[21]   Dossier « Lecture » dans VU n°21 – Mars 1987, p 6-7

[22]   Marie-Thérèse Abbou-L’Huillier, « Sourde, comment j’ai appris à lire et à écrire », Association Voies Livres, Pratiques et apprentissages de l’écrit. 62, 1992, pp.1-16.

[23]   Marie-Thérèse Abbou-L’Huillier, « Rôle du professeur sourd dans la pratique bilingue et biculturelle », dans  La parole des sourds, Psychanalyse et surdité, Revue du Collège de psychanalyse, n°46-47, 1993, pp. 210-217.

[24]   Jean-Marie Cavada avait été sensibilisé au problème de l’exclusion des Sourds du monde de l’information grâce à son émission La Marche du Siècle consacrée au « Peuple des Sourds » en 1992.

[25]   Jean-Marie Cavada était à l’époque président de La Cinquième

[26]   Après sa victoire au Molière 1993, E. Laborit interviewe J.-M. Cavada pour l’émission Décryptage.

[27]   En 1992, D. Abbou est invité par J.-M. Cavada sur le plateau de La Marche du siècle, lors d’une émission consacrée au « Peuple des Sourds ».

[28]   Intervention de Mme Arlette Morel lors du Symposium européen des interprètes (Albi, 30-31 janvier 1987). Présidente de la FNSF (Fédération Nationale des Sourds de France) de 1993 à 1997, elle déclarait : « Autrefois, en matière de politique, les sourds étaient influencés par leur entourage immédiat et votaient souvent comme leurs parents ou leurs amis sourds, car ils n’avaient pas accès aux débats télévisés où les candidats exposaient leurs programmes. Aujourd’hui, les meetings sont interprétés, et le débat opposant les deux candidats à la dernière élection présidentielle [1995] a été rediffusé avec une interprétation en LSF. C’est un grand progrès. Si on leur en donne les moyens, les sourds peuvent être des citoyens responsables et autonomes. Il est essentiel qu’ils aient accès à la culture, à la formation et à l’information. »

[29]   Le Droit des sourds, 115 propositions : rapport au Premier ministre

[30]   L’émission Questions au gouvernement, traduite en LSF et sous-titrée est devenue un rendez-vous régulier et continue à être diffusée ainsi jusqu’à aujourd’hui.

[31]   Depuis 30 ans, L’Œil et la Main est diffusée chaque lundi à 12h55 (sauf le premier lundi de chaque mois) et rediffusée le samedi aux alentours de 23h50 sur France 5. L’émission est également disponible en replay sur le site de France Télévisions.

[32]   Émission réalisée par une personne Sourde et diffusée sur France 3 Midi-Pyrénées de 1993 à 1995. Jacques Sangla avait déjà été à l’initiative d’émissions d’actualité en LSF, diffusées par vidéocassettes disponibles sur abonnements de 1988 à 1995.

[33]   Jacques Sangla, l’un des pionniers dans l’utilisation des sites web, a créé la société coopérative de services Websourd à Toulouse en 2005 (fermé en 2015). Avec une équipe mixte, Websourd produisait des programmes variés en LSF, accompagnés de sous-titres et sans version sonore, garantissant ainsi une accessibilité optimale pour les personnes signantes adultes comme enfants. La société partageait équitablement les bénéfices sans se soumettre aux standards éditoriaux. Cette initiative a permis de préserver une liberté créative fondée sur les normes visuelles spécifiques à la LSF.

[34]   Média’Pi! est créé par Noémie Churlet en 2016, et diffuse des informations exclusivement en LSF avec sous-titrage en français, sans version sonore. Média’Pi! vise à ouvrir les médias à la diversité, promouvoir la présence des sourds dans la société, et sauvegarder le patrimoine social et culturel des sourds. Son objectif principal est également d’améliorer la communication entre les cultures sourde et entendante, tout en dissipant les clichés persistants. (https://www.media-pi.fr/)