Introduction

Disability Studies et cinéma : dévalider le regard


Les auteurices

Romain Chareyron est professeur agrégé de français à l’Université de la Saskatchewan (Canada). Ses recherches en études cinématographiques françaises et francophones portent principalement sur les études du care et les Disability Studies, la représentation de la jeunesse, les identités queer et LGBTQIA+, ainsi que les star studies. Il a codirigé l’ouvrage collectif Screening Youth: Contemporary French and Francophone Cinema (Presses universitaires d’Édimbourg, 2019) et dirigé Trans Identities in the French Media: Representation, Visibility, Recognition (Lexington Books, 2023). Son prochain ouvrage collectif, Isabelle Adjani: The Actress as « Auteur », paraîtra en septembre 2026 aux Presses universitaires d’Édimbourg.

Barbara Fougère est jeune docteure associée à l’Institut ACTE, Paris 1, Panthéon-Sorbonne. Elle a soutenu en 2023 une thèse en études cinématographiques sur la place des personnes sourdes dans l’industrie du cinéma, sous la direction de José Moure (Paris 1, Panthéon-Sorbonne). Elle est membre active de l’association Retour d’Image et du Programme Handicap et Sociétés de l’EHESS. Avec Andrea Benvenuto et Olivier Schetrit, elle organise une série de séminaires consacrés 
au devenir archive du patrimoine visuel Sourd. 

Référence électronique pour citer cet article

Romain Chareyron & Barbara Fougère, « Disability Studies et cinéma : dévalider le regard. Introduction », Images secondes [En ligne], 06 | 2026, mis en ligne le 1er juillet 2026, URL : https://imagessecondes.fr/index.php/2026/07/introduction-4/

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Comme Lennard J. Davis en fait le constat dans son ouvrage Bending Over Backwards. Disability, Dismodernism, and Other Difficult Positions, « contrairement aux questions afférant à la race, à la classe sociale, au genre, ou à l’orientation sexuelle, les études sur le handicap constituent un champ d’études relativement nouveau »[1]. C’est en effet à partir des années 1980 que l’on constate un intérêt du monde académique pour le champ des Disability Studies, intérêt majoritairement en provenance des pays anglo-saxons ou nordiques. Bien que la dimension hautement interdisciplinaire qui caractérise le domaine des Disability Studies constitue l’une des raisons pour lesquelles ces dernières ont pris de l’ampleur dans ces pays au fil des ans, il s’agit également d’une des raisons pour lesquelles ce champ d’études peine encore à s’imposer dans le milieu de la recherche française, amenant certain·e·s chercheur·euse·s à avancer l’idée que « le fait que le monde académique français repose sur un enseignement traditionnel et cloisonné implique que, lorsque des travaux traitant du handicap sont produits, ils sont peu valorisés et, par conséquent, ne bénéficient pas de l’exposition qu’ils méritent »[2].

De fait, les Disability Studies se sont imposées dans le monde anglo-saxon et en Europe du Nord comme un champ de recherche à part entière, structuré par une approche critique des représentations, des normes sociales et des rapports de pouvoir liés au handicap. Issues des mouvements militants pour les droits civiques des personnes handicapées, ces études ont contribué à transformer le regard académique et social en déplaçant la focale du « déficit individuel » vers les mécanismes sociaux, culturels et politiques qui produisent l’exclusion. Aux États-Unis, par exemple, la fondation du Society for Disability Studies par un groupe d’universitaires américains en 1982 a marqué une étape décisive dans l’institutionnalisation de ce champ, faisant des Disability Studies un domaine de recherche interdisciplinaire. Le premier programme d’études en Disability Studies a quant à lui été créé en 1994 à l’Université de Syracuse, dans l’État de New York, et c’est en 1997 qu’est parue la première édition du « Disability Studies Reader », œuvre pionnière qui a jeté les bases d’un champ d’étude critique et interdisciplinaire, influençant profondément la manière dont le handicap est abordé dans le monde académique. Au Canada, L’Association canadienne d’études sur le handicap est fondée en 2004. Au Royaume-Uni, le social model of disability formulé dès les années 1970 par Michael Oliver et d’autres chercheurs militants a profondément changé la manière de penser le handicap : ce dernier n’est alors plus perçu comme un problème individuel, mais comme le résultat d’interactions sociales et de structures discriminatoires. Leurs travaux ont nourri une réflexion critique qui irrigue aujourd’hui aussi bien la sociologie que la littérature, les arts visuels ou l’histoire. Dans les pays scandinaves, de nombreux programmes universitaires intègrent désormais le handicap comme objet transversal, croisant études de genre, études postcoloniales et analyse des politiques publiques[3].

En France, la situation demeure sensiblement différente. Dans des pays comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, de puissants mouvements activistes – menés par les personnes elles-mêmes en situation de handicap – ont été les fers de lance de transformations sociétales majeures, qu’il s’agisse des politiques de prise en charge ou de l’accès à l’emploi. La France a suivi une autre trajectoire : en déléguant à l’État-providence la prise en charge du handicap comme fait sociétal, elle a considérablement réduit l’espace d’émergence des revendications des personnes directement concernées. Ainsi le célèbre adage « Rien sur nous sans nous »[4] qui a façonné les prises de position du monde militant anglo-saxon, n’a pas trouvé le même écho en France où l’approche « corrective » a longtemps primé. Comme le notent Gary L. Albrecht, Jean-François Ravaud et Henri-Jacques Stiker :

il n’y a pas eu un mouvement d’‘usagers’ en France, semblable à celui qui existe aux États-Unis […] La faiblesse du mouvement des personnes handicapées en France est sans doute due à la structuration et à l’emprise des grandes associations nationales, très importantes […][5].

En écho à une telle approche, la recherche tend alors à envisager le handicap à travers les prismes de la réadaptation, de la compensation ou de l’insertion professionnelle, plutôt que dans une perspective critique et interdisciplinaire.

Il nous faut cependant souligner que certains mouvements citoyens ont néanmoins vu le jour au sein de la société française. Notons parmi ceux-ci le « Réveil Sourd », durant les années 1970 à 1990, où la communauté sourde a affirmé sa spécificité culturelle et entrepris diverses actions en faveur de la défense et de la promotion de la langue des signes française. Ce mouvement, soutenu par un tissu associatif dynamique, s’est accompagné de revendications structurantes, telles que l’accessibilité, le développement de classes bilingues LSF/français et la reconnaissance institutionnelle de la langue des signes comme langue à part entière[6]. Le Comité de lutte des handicapés (1972) et son journal Handicapés méchants (1975-1979) créé dans le sillage de mai 1968 et mené par de petits groupes d’étudiant·e·s et de travailleur·euse·s handicapé·e·s a quant à lui œuvré à lutter contre l’exclusion, pour l’adaptation des logements et des transports, contre le paternalisme médical et social, pour l’autonomie ainsi qu’un accès au travail sans discrimination. Ces mobilisations, bien que limitées par leur ampleur, ont cependant ouvert la voie à des évolutions juridiques et institutionnelles majeures. La loi du 11 février 2005 sur l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées constitue à cet égard un tournant puisque les associations de personnes concernées ont joué un rôle central dans son élaboration[7].

Notons également qu’en France :

les Deaf et les Disability Studies ont circulé dans l’espace académique dès leurs apparitions (Mottez, 1975, 1979, 1981 ; Albrecht, Ravaud, Stiker, 2001), sans pour autant devenir des champs d’études spécifiques, et ceci non seulement en raison des découpages disciplinaires ou des réseaux de production scientifique et de formation académique propres à la France, mais aussi en raison de tensions théoriques et épistémologiques vis-à-vis des Studies[8].

Sans relever à proprement parler des Disability Studies, certaines initiatives ont néanmoins contribué très tôt à faire émerger une réflexion critique sur les dimensions sociales, culturelles et politiques du handicap. Dès 1977, Bernard Mottez, avec la complicité d’Harry Markowicz, ouvre à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) un séminaire de sociolinguistique consacré à la langue des signes et à la communauté sourde. Plusieurs chercheurs français poseront ensuite, dans les années 1980 et 1990, des jalons essentiels pour une pensée critique du handicap. Dans son ouvrage fondateur Corps infirmes et sociétés (1982), Henri-Jacques Stiker propose une analyse historique et anthropologique du handicap qui anticipe nombre des questionnements développés par les Disability Studies. Jean-François Ravaud et Isabelle Ville contribuent quant à eux à inscrire durablement l’étude du handicap dans le champ des sciences sociales françaises, notamment à travers leurs travaux sur les représentations sociales, les politiques publiques et les conditions de vie des personnes handicapées. Nicole Diederich, sociologue et chercheuse à l’INSERM, ouvre pour sa part des chantiers pionniers sur des questions longtemps invisibilisées, telles que la sexualité et la vie affective des personnes handicapées mentales, la stérilisation forcée ou encore les enjeux éthiques liés au diagnostic prénatal. Bien que ces travaux ne se revendiquent pas toujours explicitement des Disability Studies, ils en partagent plusieurs préoccupations fondamentales : déconstruire les normes, redonner une place centrale à la parole des personnes concernées et interroger les rapports de pouvoir qui structurent le traitement social du handicap.

Dans le prolongement de ces avancées, on observe l’émergence progressive d’un mouvement au sein duquel les personnes en situation de handicap investissent de plus en plus les sphères politique, associative et académique, refusant d’être uniquement les objets des politiques publiques pour en devenir pleinement des acteurs. Ce mouvement se déploie sous des formes diverses et complémentaires. Du côté de la recherche, l’association Alter – Société Européenne de Recherche sur le Handicap – créée en 1989, structure les échanges interdisciplinaires et principalement européens consacrés au handicap, tandis que le Programme Handicap & Sociétés de l’EHESS, lancé en 2006, se présente comme « un espace ouvert de rencontre entre disciplines, objets et chercheurs des sciences humaines et sociales, autour des questions de handicaps et de vulnérabilités », offrant « des outils théoriques et épistémologiques ainsi qu’une réflexion critique ». Un certain nombre de collectifs ont été créés en parallèle et parfois en forte opposition au rôle des grandes associations gestionnaires qui occupaient presque tout l’espace associatif, contestant à la fois leur modèle et l’institutionnalisation du handicap que la France perpétue malgré ses engagements envers la Convention de l’ONU. C’est le cas du CLHEE (Collectif Lutte et Handicaps pour l’Égalité et l’Émancipation), créé en 2016 par et pour des personnes handicapées, qui défend, dans une perspective intersectionnelle, la désinstitutionnalisation, l’autonomie de vie et l’accessibilité universelle. De son côté, « Les Dévalideuses », association handi-féministe fondée en 2019, articule lutte contre le validisme[9] et féminisme intersectionnel autour de problématiques telles que les violences sexistes, l’autonomie ou encore les représentations du handicap. C’est dans ce contexte de montée en puissance des revendications portées par les personnes concernées qu’il convient de situer le lancement, en 2024, d’une vaste consultation citoyenne par le CNCPH (Conseil national consultatif des personnes handicapées) – vingt ans après la loi du 11 février 2005 – pour « mettre à jour le pacte de notre société en matière d’accès aux droits des personnes handicapées »[10].

Une réflexion critique sur le handicap ne peut faire l’économie des débats internationaux récents, où les Disability Studies occupent une place centrale tout en faisant l’objet de remises en question significatives. Or, pour participer pleinement à ces débats et porter un regard véritablement critique sur ce champ, encore faut-il en connaître les textes fondateurs et les évolutions, ce qui suppose d’y avoir accès dans sa propre langue. C’est précisément pour répondre à ce besoin qu’a été créée Crashroom (https://crashroom.ooo/), une plateforme en libre accès qui favorise la diffusion de traductions de textes de référence issus des Disability Studies, mais également des récits d’expériences de personnes concernées elles-mêmes, avec une conception de l’accessibilité élargie – polices de caractères adaptées aux personnes dyslexiques ou malvoyantes… – qui fait de l’acte de lire lui-même un espace inclusif. On retrouve le même élan du côté de différents collectifs universitaires qui travaillent également à rendre ces corpus accessibles en français[11]. En France, il est d’ailleurs intéressant de noter que l’absence d’une discipline établie de Disability Studies a paradoxalement permis d’aborder ce champ en dialogue critique avec les disciplines qui y ont été pionnières, comme la sociologie. À titre d’exemple, créé en 2025 et faisant suite au séminaire Les Deaf Studies en question (2017-2025), le séminaire Introduction aux Deaf et Disability Studies en question à l’EHESS[12] vise à la fois à introduire les cadres théoriques et épistémologiques des Deaf et Disability Studies, à mettre en avant les passerelles entre les deux champs académiques et à présenter « les apports critiques et les tensions entre les recherches francophones et les travaux issus des traditions épistémologiques anglo-saxonnes. »[13]

En effet, malgré l’apport majeur des Disability Studies à la compréhension critique du handicap, des voix s’élèvent aujourd’hui pour critiquer leur tendance à analyser le handicap de manière trop « universelle », en laissant de côté les intersections avec le genre, la race ou la sexualité, ainsi que les spécificités nationales et religieuses. Souvent centrées sur des contextes nationaux occidentaux, ces approches invisibilisent la diversité des expériences vécues par les personnes handicapées à travers le monde. Par exemple, l’expérience d’une femme noire handicapée ne peut être réduite à celle d’un homme blanc handicapé, car elle se situe à l’intersection de plusieurs rapports de domination – sexisme, racisme et validisme. De même, les enjeux rencontrés par les personnes LGBTQ+ en situation de handicap montrent l’importance d’intégrer la sexualité dans l’analyse des normes corporelles. Pour répondre à ces limites se sont donc développés, à l’intérieur du champ, des courants critiques tels que les Critical Disability Studies, ainsi que des approches intersectionnelles comme les Feminist Disability Studies par exemple.

C’est autour de tels questionnements qu’une partie de la recherche actuelle semble porter, qu’il s’agisse de la place croissante du handicap dans les études féministes et queer intersectionnelles[14], des initiatives visant à intégrer des perspectives autochtones et à déconstruire les héritages coloniaux dans la compréhension du handicap[15], ou bien encore d’une critique du « modèle social du handicap » tel qu’il a été élaboré dans le monde anglo-saxon et dont un nombre grandissant de chercheurs remet en cause le caractère prétendument universel[16]. Jasbir K. Puar, dans The Right to Maim (2017)[17], va plus loin en inscrivant le handicap dans une critique biopolitique liant logiques de guerre, sécurité et nécropolitique. Dans un registre différent mais complémentaire, Decarcerating Disability: Deinstitutionalization and Prison Abolition (2020) de Liat Ben-Moshe[18] examine la manière dont les politiques de désinstitutionnalisation ont été perçues et comment elles ont influencé les systèmes de justice pénale, révélant les liens structurels entre validisme, racisme et logiques pénales. Le champ éditorial francophone s’est quant à lui récemment enrichi de plusieurs ouvrages qui tentent, chacun à leur manière, d’introduire, de renouveler ou d’élargir les cadres conceptuels des Disability studies, qu’il s’agisse d’introductions générales, de propositions théoriques alternatives ou d’approches historiques du handicap[19].

Ces différentes approches critiques, qu’elles relèvent d’une perspective intersectionnelle, décoloniale ou biopolitique, invitent donc à repenser les cadres d’analyse traditionnels du handicap. Elles ouvrent également la voie à une réflexion plus large sur les mécanismes de représentation et sur la manière dont les images participent à la construction – ou à l’effacement – de certaines subjectivités. C’est justement dans cette perspective que s’inscrit notre démarche en tant que rédacteur.rices de ce numéro, en interrogeant, à travers l’ensemble de ses contributions, le rôle et l’apport des Disability Studies dans le champ des études cinématographiques.

Précisons d’emblée que les Disability Studies ont déjà nourri une réflexion critique sur les productions artistiques, en révélant comment certaines formes de représentation participent à la construction et à la perpétuation des stéréotypes liés au handicap[20]. Dans le domaine du cinéma, nous pouvons citer la notion de « cinéma de l’isolement » (cinema of isolation) ou de « prothèse narrative » (narrative prosthesis). Le premier, initialement formulé par Martin F. Norden, désigne certaines modalités de représentation où les personnages handicapés sont présentés comme des individus isolés, souvent coupés du monde social, ce qui reflète et renforce leur marginalisation dans la société[21]. Le second a quant à lui été développé par David T. Mitchell et Sharon L. Snyder[22], et analyse l’usage du handicap comme une béquille narrative, où les personnages handicapés servent de support symbolique ou dramaturgique permettant au récit de se construire et d’avancer. Dans ce cadre, le corps handicapé devient un simple outil au service du récit, souvent au détriment d’une représentation qui rendrait compte de la diversité des manières dont les personnes handicapées se vivent et se définissent elles-mêmes. Si ces analyses ont permis de mettre en lumière certains mécanismes de représentation dominants, il est néanmoins essentiel de poursuivre cette démarche en explorant de nouvelles perspectives contemporaines. Il s’agit non seulement d’examiner la façon dont les récits cinématographiques peuvent déconstruire ces stéréotypes et offrir des représentations plus nuancées du handicap, mais aussi, d’interroger plus largement la place des personnes en situation de handicap dans l’industrie du cinéma et leur point de vue.

L’apport des Disability Studies au champ des représentations audiovisuelles prend alors tout son sens, en ce qu’il permet de souligner la nécessité d’un cinéma situé, conscient des normes et des rapports de pouvoir qui traversent toute production d’images. En interrogeant les codes implicites de perception et de représentation, ce champ critique révèle comment le cinéma et les médias visuels tendent à valoriser certains corps, certaines voix ou certaines expériences, tout en en reléguant d’autres à la marge, dans l’invisibilité ou la stigmatisation. Loin de se limiter à la recherche d’une représentation « correcte » ou « positive » du handicap, les Disability Studies mettent en avant une interrogation plus radicale : qui regarde qui, depuis quel point de vue, et avec quelles capacités sensorielles ou cognitives ? Cette perspective ouvre la voie à une relecture de l’acte même de voir et de faire voir, en rendant visibles les mécanismes par lesquels certaines subjectivités sont rendues audibles ou crédibles, tandis que d’autres sont effacées. L’objectif de ce numéro est donc d’examiner comment certain·e·s artistes s’emparent de la question du handicap, et de s’interroger à la fois sur les formes de retranscription qu’ils et elles en proposent, ainsi que sur la manière dont ces œuvres sont reçues et comprises – voire réappropriées – par différents publics.

En tant que rédacteur.rices de cette édition, nous avons ainsi souhaité proposer une réflexion sur l’apport des Disability Studies dans la fabrication et la réception d’œuvres audiovisuelles contemporaines, en nous appuyant sur la capacité de ce champ d’études à déplacer le regard porté sur le handicap. En effet, les Disability Studies posent comme principe fondamental que :

les personnes concernées, qui sont actrices de leur devenir et de leur libération, sont considérées comme détentrices de savoirs propres […] L’expérience des barrières sociales (physiques, mentales, psychiques) élevées sur la route des personnes handicapées donne à ces dernières une parole qui peut apporter des connaissances de même valeur que n’importe quelle donnée dite objective[23].

Les vécus et les paroles de celles et ceux qui sont trop souvent restés en marge ont une légitimité pleine et entière. C’est à ces expériences – entendues comme source de production de savoirs et ressource esthétique – que ce numéro entend donner toute sa place.

Dans cette perspective, nous avons souhaité observer comment les Disability Studies ont contribué (et contribuent encore) à transformer le langage audiovisuel. Plutôt que de contenir le handicap dans un discours normatif, médical ou stigmatisant, de nouvelles formes narratives et esthétiques tendent effectivement à épouser avec davantage de justesse les potentialités propres aux individus en situation de handicap. Ces créations ouvrent des voies d’expression qui ne cherchent plus à « corriger » ou à « dépasser » l’expérience du handicap, mais à en faire le point d’ancrage d’une nouvelle manière de penser, traduire et mettre en récit.

Partant de ce principe, la question de l’accessibilité est centrale. Loin de se réduire à un supplément technique, le sous-titrage, l’audiodescription ou la mise en scène de multiples modes sensoriels forment des dimensions esthétiques à part entière, qui transforment l’expérience du spectateur et redéfinissent ce que peut être le cinéma. Ce déplacement invite à concevoir les représentations audiovisuelles non pas comme universelles et neutres, mais comme situées, produites depuis un contexte, un regard et une expérience particuliers. Penser le cinéma depuis cette perspective, c’est reconnaître sa capacité à mettre en lumière ou à invisibiliser, à inclure ou à exclure, et donc à participer activement à la construction sociale du handicap dans nos sociétés contemporaines.

Ce numéro d’Images secondes se veut un espace collectif et ouvert, où les voix des chercheurs, artistes, personnes directement concernées se croisent et se répondent pour inventer de nouveaux modes de représentation, enrichir la compréhension de la réception des œuvres, et ouvrir de nouvelles façons de penser le cinéma. Trop souvent invisibilisées, ces voix constituent pourtant un moteur essentiel de transformation des pratiques et des imaginaires audiovisuels. Leur implication ouvre par ailleurs de nouvelles perspectives en posant des questions inédites et essentielles. C’est pourquoi il nous a semblé essentiel de mettre en lumière le travail de personnalités pionnières, telles que Diane Maroger, Marie-Thérèse L’Huillier, ou Olivier Schetrit, afin de montrer que, bien avant l’émergence récente des Disability Studies dans le paysage académique français, les liens entre handicap/surdité et création artistique faisaient déjà l’objet d’une réflexion soutenue en France.

Il s’agira enfin de montrer que le handicap/surdité n’est plus seulement un objet de représentation mais qu’il peut devenir un véritable outil d’analyse critique. Les Disability Studies nous invitent à considérer qu’il est aujourd’hui possible de voir « à travers » le handicap, et non plus simplement de le regarder. Elles ont permis l’émergence d’un vocabulaire, de méthodes et d’outils théoriques qui conçoivent le handicap non pas comme un frein mais comme un levier. Reconsidérer les manifestations cinématographiques et audiovisuelles du handicap à la lumière de ces perspectives, c’est donc ouvrir un espace où se redessine la manière même dont nous comprenons les images et leurs effets. Notons que, si certains articles de ce numéro ne s’appuient pas directement sur le cadre théorique des Disability Studies, leur démarche intellectuelle ne saurait être dissociée de l’influence de ce champ d’études. La diffusion et la circulation progressive des concepts et questionnements issus des Disability Studies ont de fait rendu possible un tel renouvellement des approches : en déplaçant le regard porté sur le handicap, en interrogeant les catégories normatives qui le sous-tendent et en ouvrant la voie à une lecture critique des productions culturelles, ce champ a permis d’élaborer des analyses qui, même sans s’y référer explicitement, en portent la trace et l’héritage. Ce numéro doit donc être envisagé comme un espace ouvert de discussion, non cadré, accueillant la pluralité des approches et des expériences autour des relations entre cinéma et handicap. Il entend interroger la manière dont ce dernier peut devenir un moteur de création et de pensée, ouvrant la voie à des récits inédits, à de nouvelles formes de représentation et à un renouvellement du regard spectatoriel, tout en permettant de repenser certains enjeux esthétiques, narratifs et théoriques du cinéma.

Les images ne parlent jamais seules : elles sont toujours médiées par des cadres visibles et invisibles. Ce qui façonne notre accès aux images révèle donc également les zones d’ombre qui les traversent. Le témoignage de Marie-Thérèse L’Huillier, militante sourde, rappelle que les enjeux de représentations passent aussi, parfois, par la mise en scène d’une langue. En revenant sur son rôle pionnier dans la mise en lumière de la langue des signes française à la télévision, elle montre que rendre visible relève autant d’un geste politique que d’une démarche artistique. L’article de Jessica Ragazzini et Maxime Savoie consacré à Kenny de Claude Gagnon s’attache à une autre manière de rendre visible : en analysant comment le film échappe aux clichés pour articuler l’expérience vécue du handicap à une critique de ses représentations médiatiques traditionnelles, les aut.eur.rice.s montrent qu’il est possible de déplacer les cadres de représentation et de faire apparaître ce qui, trop souvent, reste tenu hors champ.

Le handicap peut fonctionner comme point de bascule narratif, donnant naissance à des thématiques inédites, impliquant des modes de représentation originaux et incitant le spectateur à adopter un regard renouvelé sur la question du handicap. Cet axe thématique est l’occasion d’examiner des modes de représentation centrés sur l’expérience vécue des individus en situation de handicap. Le texte de Gemma King et l’entretien avec l’anthropologue Sourd Olivier Schetrit, montrent de quelle manière la surdité permet de repenser en profondeur les formes et les langages du cinéma. L’article de Gemma King, à partir du film Sound of Metal (Darius Marder, 2019), met en lumière ce qu’elle nomme le « son empathique », qui permet au spectateur de partager la perception auditive singulière du protagoniste et d’ouvrir un horizon de réflexion autour du Deaf gain. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Olivier Schetrit – auteur de la thèse de doctorat « La culture Sourde – approche filmique de la création artistique et des enjeux identitaires des Sourds » – se penche sur les évolutions qui ont accompagné la représentation de cette communauté au cours des dernières décennies. Il met en avant l’émergence de réalisat.eur.rice.s sourd.e.s qui, en développant une « esthétique sourde » fondée sur le corps, le visuel et le silence, proposent une alternative à un cinéma dont les normes effacent la diversité des expériences. Malgré des freins persistants, il estime que l’avenir de cette représentation passe par une plus grande inclusion et la reconnaissance du Deaf gain dans le langage cinématographique.

Nous nous intéresserons également à l’importance du collectif dans la création d’œuvres qui viennent là encore remettre en question certains tropes visuels et narratifs dans lesquels les individus en situation de handicap sont souvent enfermés. Cette partie sera l’occasion de montrer comment les dynamiques de groupe ouvrent un espace où les personnes en situation de handicap s’expriment en leur propre nom et se constituent comme metteurs en scène de leur propre expérience. Il est également important de mettre en avant la façon dont cette orientation ouvre des perspectives inédites en matière de construction narrative, de stratégies de mise en scène et de modalités de réception. Marina Ledrein propose un échange avec le collectif MOUVEMENT(s), réunissant personnes concernées par la psychiatrie, soignant·es et chercheur·ses-artistes. Ce collectif défend l’art comme moyen de résistance et de soin. Leur film Chorée (2021) explore l’impact de la souffrance psychique sur le corps et met en scène une réappropriation de soi à travers une démarche artistique et collective de maîtrise de l’image. Dans son article « Éducation à l’image et inclusion. Sur le tournage d’un film d’horreur à Wuppertal », Sarah Neelsen s’intéresse au Medienprojekt Wuppertal, le plus important collectif de production vidéo à destination des jeunes en Allemagne fondé sur une approche pratique et participative, où ces derniers deviennent producteurs de films, encadrés par des médiateurs et diffusés en salles. L’auteure se penche plus particulièrement sur l’une de ses rédactions – « Regards » fondée en 2018 – composée de personnes avec et sans handicap qui conçoivent documentaires et fictions. L’article analyse l’une de ces productions – « Metalhead », réalisé en 2024 – proposée dans le cadre d’un cycle de films d’horreur et qui constitue une réappropriation transgressive des codes du genre.

Le cinéma constitue un espace où l’on partage une expérience qui ne sera pourtant jamais identique pour chacun. Selon nos configurations sensorielles, comment recevons-nous un film ? C’est à partir de cette question que Louis Daubresse, Maylis Laureti et Nicolas Becker développent une réflexion sur la mise en commun des savoirs issus de l’expérience du handicap. Pour eux, cette expérience devient une véritable éthique à partir de laquelle (re)lire les images, fabriquer des sons, et inventer des manières de penser susceptibles de transformer notre façon collective de voir et d’écouter. Bruiteur, sound designer et compositeur français ayant remporté l’Oscar du meilleur mixage sonore pour Sound of Metal, Nicolas Becker nous livre dans un entretien inédit la démarche qui a été la sienne lors de la « mise en son » du film et sa démarche de « traduction » de l’expérience de perte progressive de l’audition du protagoniste. Dans « L’oreille qui n’entend pas face au silence qui s’écoute », Louis Daubresse propose, de son côté, une réflexion sur la manière dont son handicap auditif a façonné son rapport au cinéma. En interrogeant sa perception singulière du silence filmique, il explore comment sa posture de chercheur et de spectateur se trouve traversée par une dimension affective, sensible et fluctuante, faisant du « je » le lieu d’une analyse incarnée. Dans « Différer l’expérience, partager le sensible », Maylis Laureti part d’une série de films-essais pour interroger ce que signifie faire circuler une expérience sensible d’un sujet à l’autre. Pour elle, le handicap ouvre la possibilité de redistribuer les rapports entre des perceptions toujours singulières, et de penser une forme de partage du sensible qui ne prétend jamais à l’uniformité.

D’autres contributions envisagent le handicap non pas comme un objet d’étude, mais comme « une méthode » : un outil critique capable de déplacer les cadres habituels d’analyse, d’écriture et de création. Dans cette perspective, Gabriele Stera explore les potentialités du sous-titrage entendu non seulement comme dispositif d’accessibilité, mais comme véritable geste artistique. Avec la notion de « film de sous-titrage », il montre comment certaines pratiques inventives inscrivent le sous-titrage au cœur d’une poétique filmique. Diane Maroger, réalisatrice née avec la maladie des os de verre, propose une réflexion à la fois personnelle et politique sur le regard porté sur le handicap et sur le corps des femmes au cinéma. Inspirée par les Disability Studies, elle retrace son parcours jalonné de projets documentaires – Du côté des femmes invisibles (Visible Women), Wounded Womb, Maternité interdite – qui interrogent les tabous entourant la sexualité et la maternité des femmes en situation de handicap. Son travail, tout comme ses engagements au festival « Retour d’Image » dont elle est la fondatrice, montrent combien la découverte des Disability Studies lui ont ouvert des espaces critiques pour repenser les représentations et pour imaginer de nouvelles pratiques artistiques.

En articulant différentes approches, ce numéro d’Images Secondes invite à repenser les liens entre cinéma et handicap. Il propose de faire du handicap un prisme qui révèle, accueille et articule la pluralité des manières de voir, d’entendre et de ressentir. « Dévalider le regard », ici, consiste à reconnaître que la diversité des expériences n’est pas une exception, mais constitue une composante essentielle de l’œuvre filmique, tant au niveau de sa création que de sa réception. Interroger le cinéma à travers le handicap – et interroger le handicap à travers le cinéma – revient ainsi à ouvrir un espace commun où se croisent disciplines, vécus et pratiques. L’enjeu n’est pas de circonscrire un champ, mais au contraire de le faire déborder, de multiplier les points de vue et d’inventer des façons de penser ensemble.

Barbara Fougère souhaite remercier Andrea Benvenuto (EHESS) pour ses relectures attentives, ses corrections et ses recommandations bibliographiques.


[1] Lennard J. Davis, Bending Over Backwards. Disability, Dismodernism, and Other Difficult Positions, New York & London, New York University Press, 2002, p.10. « unlike race, class, gender, sexual preference, and the like, disability is a relatively new category », nous traduisons.

[2] Hannah Thompson, « État présent: French and Francophone Disability Studies », French Studies, vol. 71, n°2, 2017, p.242. « French academia’s heavy reliance on traditional disciplines means that when disability-centred work is produced, it is not valued and thus not well represented. », nous traduisons.

[3] L’Université d’Islande propose un Master en Disability Studies abordant les droits des personnes en situation de handicap, leur place dans la société, et préparant à des rôles de leadership dans ce domaine; en Suède, l’Université d’Uppsala héberge le « Centre for Disability Research », un centre de recherche interdisciplinaire autour du handicap.

[4] Traduction française du slogan militant anglophone « Nothing about us without us ».

[5] Gary L. Albrecht, Jean-François Ravaud & Henri-Jacques Stiker, « L’émergence des disability studies : état des lieux et perspectives », Sciences Sociales et Santé, vol. 19, n°4, décembre 2001, p. 50)

[6] Pour de plus amples informations, voir André Minguy, Le Réveil sourd en France : pour une perspective bilingue, Paris, L’Harmattan, 2009 ; Sylvain Kerbourc’h, Le mouvement sourd (1970-2006). De la langue des signes française à la reconnaissance sociale des sourds, Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 2012.

[7] Le projet de loi a été élaboré après une large concertation menée durant dix-huit mois avec des associations représentant des personnes en situation de handicap, les élus et les partenaires sociaux. Cependant, si la concertation a été large, elle n’a pas été sans tensions. Certaines associations, notamment celles défendant la langue des signes, ont dû mener un véritable combat pour que leurs revendications soient intégrées au texte final, en particulier concernant la reconnaissance de l’enseignement bilingue LSF/français. Sur ce point, voir : Magali Leske, La loi handicap du 11 février 2005 – quelle reconnaissance de la langue des signes française ?, Maîtrise Droit Public et Science Politique, Université de Nantes, 2009.

[8] Consultable en ligne : https://enseignements.ehess.fr/2025-2026/ue/46 (dernière consultation 18/06/2026)

[9] Le validisme (ou capacitisme) désigne un système de préjugés et de discriminations à l’égard des personnes en situation de handicap. Voir Zig Blanquer, Nos existences handies, Tahin Party, 2024.

[10] Consultable en ligne : https://handicap.agriculture.gouv.fr/consultation-du-cncph-je-donne-mon-avis-pour-la-nouvelle-loi-handicap-2025-a373.html (dernière consultation 18/06/2026)

[11] On pense par exemple aux traductions proposées par Célia Bouchet, Mathéa Boudinet, Maryam Koushyar Soucasse et Gaëlle Larrieu dans La théorie féministe au défi du handicap, Cambourakis, coll. « Sorcières », 2025, mais également à la traduction de Soline Vennetier de l’ouvrage de Carol Padden et Tom Humphries, Être Sourd aux États-Unis. Les voix d’une culture, préfacé par le collectif de recherche sur les Deaf Studies (Aubervilliers, éditions EHESS, coll. « Cas de figure », 2020).

[12] Séminaire organisé par Andrea Benvenuto (maîtresse de conférences, EHESS / Centre d’étude des mouvements sociaux (CEMS)), Olivier Schetrit (ingénieur de recherche, CNRS / Centre d’étude des mouvements sociaux (CEMS)) et Marie Assaf (jeune docteure, EHESS). Consultable en ligne : https://enseignements.ehess.fr/2025-2026/ue/46 (dernière consultation 18/06/2026).

[13]Andrea Benvenuto, Olivier Schetrit, Marie Assaf, Introduction aux Deaf et Disability Studies en question, consultable en ligne : https://enseignements.ehess.fr/2025-2026/ue/46 (dernière consultation 18/06/2026)

[14] Alison Kafer, Feminist, Queer, Crip, Bloomington, Indiana University Press, 2013 ; Shelley L. Tremain, Foucault and Feminist Philosophy of Disability, Ann Arbor, University of Michigan Press, 2017 ; Rosemarie Garland-Thomson, Extraordinary Bodies: Figuring Physical Disability in American Culture and Literature, New York, Columbia University Press, 1997.

[15] Shaun Grech & Karen Soldatic (dir.), Disability in the Global South: The Critical Handbook, Cham, Springer International Publishing, 2016 ; John T. Ward (dir.), Indigenous Disability Studies, Abingdon, Oxon & New York, NY, Routledge, 2025.

[16] Christopher M. Bell (dir.), Blackness and Disability: Critical Examinations and Cultural Interventions, East Lansing & Münster, Michigan State University Press / LIT Verlag, 2012 ; Nirmala Erevelles, Disability and Difference in Global Contexts: Enabling a Transformative Body Politic, New York, Palgrave Macmillan, 2011 ; Anne Waldschmidt, Hanjo Berressem & Moritz Ingwersen (dir.), Culture — Theory — Disability: Encounters between Disability Studies and Cultural Studies, Bielefeld, transcript Verlag, 2017.

[17] Jasbir K. Puar, The Right to Maim: Debility, Capacity, Disability, Durham & London, Duke University Press, 2017.

[18] Liat Ben-Moshe, Decarcerating Disability: Deinstitutionalization and Prison Abolition, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2020.

[19] Marion Chottin, Corinne Doria, Handicap, déficience, différence : Une introduction aux disability studies, Lyon, ENS Éditions, coll. « Sociétés, espaces, temps », 2026 ; Myriam Winance, Les approches sociales du handicap : Une recherche politique, Paris, École des Mines, coll. « Sciences sociales », 2024 ; Ninon Dubourg, Gildas Brégain, Fabrice Bertin (dir.), Histoires des handicaps à travers les siècles : Identifications, institutions, trajectoires, sociabilités, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2026.

[20] Gérard Bonnefon, Handicap et cinéma, préface de Patrick Brion, Lyon, Chronique sociale, 2004 ; Guy Jouannet, L’écran sourd : les représentations du sourd dans la création audiovisuelle et cinématographique, Paris, CTNERHI – INJS, 1999.

[21] Pour plus d’informations, voir Martin F. Norden, The Cinema of Isolation: A History of Physical Disability in the Movies, New Brunswick, Rutgers University Press, 1994.

[22] David T. Mitchell & Sharon L. Snyder, Narrative Prosthesis: Disability and the Dependencies of Discourse, Ann Arbor, University of Michigan Press, 2000.

[23] Albrecht, Ravaud et Stiker, 2001, op. cit., p. 44.