{"id":8372,"date":"2026-07-01T21:38:56","date_gmt":"2026-07-01T19:38:56","guid":{"rendered":"https:\/\/imagessecondes.fr\/?p=8372"},"modified":"2026-07-01T21:47:43","modified_gmt":"2026-07-01T19:47:43","slug":"maroger","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2026\/07\/maroger\/","title":{"rendered":"Le cin\u00e9ma pour confronter les non-dits"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-154b8e1c27586914d412598efd8016a5\" style=\"font-size:30px\"><strong>Entretien avec Diane Maroger<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1751\" height=\"1300\" src=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-1751x1300.jpg\" alt=\"Dans une chambre aux rideaux tir\u00e9s, la po\u00e9tesse Cheryl Marie Wade, cheveux gris et longs, est assise dans un fauteuil roulant et regarde un \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision allum\u00e9 devant elle. \u00c0 sa droite, sur un lit \u00e0 l'avant-plan, Diane Maroger, la trentaine et les cheveux mi-longs, tourne le visage vers nous.\" class=\"wp-image-8369\" srcset=\"https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-1751x1300.jpg 1751w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-300x223.jpg 300w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-768x570.jpg 768w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-1536x1140.jpg 1536w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-2048x1520.jpg 2048w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-700x520.jpg 700w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-680x505.jpg 680w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-280x208.jpg 280w\" sizes=\"(max-width: 1751px) 100vw, 1751px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<details class=\"wp-block-details is-layout-flow wp-block-details-is-layout-flow\"><summary><strong>Biographie de Diane Maroger<\/strong><\/summary>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Diane Maroger est associ\u00e9e chez DECIA FILMS, charg\u00e9e du d\u00e9veloppement artistique. Dipl\u00f4m\u00e9e de la F\u00c9MIS, elle est d\u2019abord cheffe monteuse de documentaires pour la t\u00e9l\u00e9vision (Arte, France TV, RTBF), de films prim\u00e9s en festivals et de courts-m\u00e9trages d\u2019art. Elle r\u00e9alise en 2002 <em>Maternit\u00e9 interdite,<\/em> un documentaire coproduit et diffus\u00e9 par France 3 (Cl\u00e9 d\u2019Or du Festival de Lorquin). En 2003, elle fonde, avec un collectif d\u2019artistes en situation de handicap, le Festival \u00ab <a href=\"https:\/\/retourdimage.eu\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">RETOUR D\u2019IMAGE<\/a> \u00bb, premier en France \u00e0 nourrir une r\u00e9flexion innovante sur les repr\u00e9sentations du handicap au cin\u00e9ma. L\u2019accessibilit\u00e9 des \u0153uvres et l\u2019\u00e9change avec une diversit\u00e9 d\u2019audiences, notamment les professionnels du film et le jeune public, y sont fondamentaux. Elle est nomm\u00e9e Chevalier de l\u2019ordre national du M\u00e9rite en 2017 pour ses contributions au cadre l\u00e9gal de l\u2019accessibilit\u00e9 du secteur cin\u00e9matographique. Elle \u00e9crit et d\u00e9veloppe actuellement plusieurs projets artistiques personnels. Une s\u00e9lection de ses travaux vid\u00e9o dont il est question dans cet entretien est \u00e0 d\u00e9couvrir du 3 avril au 13 septembre 2026 au Palais de Tokyo (Paris), lors de la saison Normes corps, dans l\u2019exposition \u00ab <a href=\"https:\/\/palaisdetokyo.com\/ressource\/edito-normes-corps\/\">Cheryl Marie Wade Reine m\u00e8re des noueux<\/a> \u00bb.<\/p>\n<\/details>\n\n\n\n<details class=\"wp-block-details is-layout-flow wp-block-details-is-layout-flow\"><summary><strong>L&rsquo;association Retour d&rsquo;image<\/strong><\/summary>\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" width=\"2000\" height=\"800\" fetchpriority=\"low\" src=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-2000x800.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-8393\" style=\"width:447px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-2000x800.png 2000w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-300x120.png 300w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-768x307.png 768w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-1536x615.png 1536w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-2048x819.png 2048w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-700x280.png 700w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-680x272.png 680w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-280x112.png 280w\" sizes=\"(max-width: 2000px) 100vw, 2000px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Retour d\u2019image en quelques dates&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2003&nbsp;: Cr\u00e9ation de l\u2019association Retour d\u2019image et premi\u00e8re \u00e9dition de son festival \u00e9ponyme, avec une r\u00e9trospective critique Cin\u00e9ma et Handicap. Trois autres \u00e9ditions du Festival ont suivi, en 2005 avec un focus documentaire, 2007 avec un focus sur le cyborg et en 2010 avec un focus sur le cin\u00e9ma africain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2012&nbsp;: Production et direction du Festival Un autre regard&nbsp;:&nbsp; projections, rencontres, actions \u00e9ducatives et journ\u00e9e professionnelle sur l\u2019accessibilit\u00e9 du cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2013&nbsp;: L\u2019association se constitue comme centre de ressources Cin\u00e9ma et Handicap &nbsp;et s\u2019engage dans la r\u00e9alisation d\u2019une s\u00e9rie de vid\u00e9os sur l\u2019accessibilit\u00e9 du cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2014&nbsp;: Retour d\u2019image con\u00e7oit et organise la premi\u00e8re formation pour les collaborateurs aveugles \u00e0 l\u2019\u00e9criture de versions audiod\u00e9crites, en partenariat avec l\u2019INA. En 2022, une nouvelle session est organis\u00e9e en partenariat avec \u00c9cole TITRA.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2019&nbsp;: Publication du Rapport de l\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019image inclusive.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2024-2025 : Rencontres autour de programmations th\u00e9matiques : Sport et handicap, R\u00e9trospective, Sant\u00e9 mentale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Depuis sa cr\u00e9ation, Retour d\u2019image suscite la r\u00e9flexion sur la repr\u00e9sentation du handicap dans les films et favorise l\u2019accessibilit\u00e9 du cin\u00e9ma.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, l\u2019association d\u00e9veloppe ses actions autour de trois principaux axes&nbsp;: la programmation de films mettant en sc\u00e8ne le handicap, l\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019image, le conseil et l\u2019accompagnement des professionnels du secteur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Retour d\u2019image organise des rencontres cin\u00e9matographiques qui permettent l\u2019\u00e9change entre tous les publics, quel que soit leur profil.<\/strong> Les films pr\u00e9sent\u00e9s sont s\u00e9lectionn\u00e9s par un comit\u00e9 de visionnage qui r\u00e9unit des professionnels du cin\u00e9ma concern\u00e9s par le handicap. La s\u00e9lection s\u2019appuie tout autant sur des crit\u00e8res li\u00e9s \u00e0 la qualit\u00e9 cin\u00e9matographique de l\u2019\u0153uvre qu\u2019\u00e0 la mani\u00e8re dont celle-ci met en sc\u00e8ne le handicap. Les auteurs des films sont pour certains des cin\u00e9astes handicap\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces s\u00e9ances s\u2019inscrivent dans un dispositif d\u2019accessibilit\u00e9 pens\u00e9 comme un v\u00e9ritable levier de m\u00e9diation, permettant \u00e0 chacun d\u2019exprimer sa sensibilit\u00e9 et sa lecture d\u2019un film.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019association propose des actions d\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019image o\u00f9 chacun est pleinement participant<\/strong>. \u00c0 travers des ateliers de cr\u00e9ation (r\u00e9alisation de courts-m\u00e9trages, cr\u00e9ation sonore, \u00e9criture sc\u00e9naristique, programmation, r\u00e9alisation de versions audiod\u00e9crites ou sous-titr\u00e9es), les participants s\u2019initient aux pratiques du cin\u00e9ma. Ces projets sont con\u00e7us dans une d\u00e9marche p\u00e9dagogique inclusive, en collaboration avec des intervenants artistiques sp\u00e9cialis\u00e9s. Ils se d\u00e9roulent au sein d\u2019\u00e9tablissements scolaires, d\u2019instituts sp\u00e9cialis\u00e9s ou d\u2019associations du champ m\u00e9dico-social.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur son site internet, <a href=\"http:\/\/www.retourdimage.eu\">Retour d\u2019image<\/a> met \u00e0 disposition de nombreuses ressources : catalogue de films th\u00e9matique, fiches cin\u00e9ma, \u00e9tudes, rapports, articles et entretiens, vid\u00e9os, carte des cin\u00e9mas \u00e9quip\u00e9s pour l\u2019audiodescription\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi ces ressources, la collection de fiches cin\u00e9ma apporte un \u00e9clairage sur des films embl\u00e9matiques des repr\u00e9sentations du handicap, au fur et \u00e0 mesure de l\u2019histoire du cin\u00e9ma occidental. L\u2019objectif de cette collection est \u00e0 terme de constituer une frise d\u2019environ 50 films de 1900 \u00e0 nos jours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Retour d\u2019image accompagne les professionnels du cin\u00e9ma et de la culture pour renforcer leur engagement en faveur de l\u2019accessibilit\u00e9.<\/strong> \u00c0 ce titre, l\u2019association m\u00e8ne des actions de sensibilisation, de formation et de conseil, aupr\u00e8s de diff\u00e9rents r\u00e9seaux et m\u00e9tiers, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale et locale. Elle joue ainsi un r\u00f4le d\u2019interface entre les secteurs du cin\u00e9ma et du handicap.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Reconnue pour son expertise, l\u2019association a contribu\u00e9 \u00e0 plusieurs publications de r\u00e9f\u00e9rence, telles que le guide \u00ab&nbsp;Cin\u00e9ma et accessibilit\u00e9&nbsp;\u00bb du minist\u00e8re de la Culture, ou encore le \u00ab Guide de l\u2019audiodescription&nbsp;: principes essentiels, outils d\u2019\u00e9valuation et bonnes pratiques professionnelles&nbsp;\u00bb. Retour d\u2019image participe \u00e0 l\u2019Observatoire de l\u2019accessibilit\u00e9 du CNC.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Conduite par un conseil d\u2019administration engag\u00e9, l\u2019association s\u2019appuie sur une \u00e9quipe compos\u00e9e de deux salari\u00e9s permanents, une dizaine d\u2019intervenants r\u00e9guliers, un comit\u00e9 de visionnage et diff\u00e9rents groupes de travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les projets de Retour d\u2019image pour 2026 : \u00e9tablir un rendez-vous r\u00e9gulier pour sa programmation cin\u00e9ma, d\u00e9velopper un label pour la qualit\u00e9 de l\u2019audiodescription avec la CST, r\u00e9aliser de nouvelles actions \u00e9ducatives faisant le lien entre s\u00e9ances en salle et pratiques artistiques, \u00e9tendre ses formations et sensibilisations \u00e0 de nouveaux professionnels du cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour contacter Retour d\u2019image&nbsp;: <a href=\"mailto:adm.retourdimage@gmail.com\">adm.retourdimage@gmail.com<\/a> &#8211; T\u00e9l&nbsp;: 09 60 14 77 16.<\/p>\n<\/details>\n\n\n\n<details class=\"wp-block-details is-layout-flow wp-block-details-is-layout-flow\"><summary><strong>R\u00e9f\u00e9rence \u00e9lectronique pour citer cet article<\/strong><\/summary>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Romain Chareyron et Barbara Foug\u00e8re, \u00ab Le cin\u00e9ma pour confronter les non-dits. Entretien avec Diane Maroger&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Images secondes<\/em>&nbsp;[En ligne], 06 | 2026, mis en ligne le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;juillet 2026, URL&nbsp;:&nbsp;<a href=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2026\/07\/maroger\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2026\/07\/maroger\/<\/a><\/p>\n<\/details>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u2261 Version pdf \u00e0 t\u00e9l\u00e9charger<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-773d833c9fd88d99e77addd8be6073d7\" style=\"font-size:20px\"><strong>Pourriez-vous nous raconter vos d\u00e9buts en tant que r\u00e9alisatrice et l&rsquo;origine de votre premier projet documentaire&nbsp;?<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis n\u00e9e avec la maladie des os de verre, et j\u2019ai tr\u00e8s jeune \u00e9t\u00e9 port\u00e9e vers les arts. Je vivais davantage ma petite taille comme un handicap que mes probl\u00e8mes de motricit\u00e9, et je me suis interrog\u00e9e, de mani\u00e8re tr\u00e8s solitaire au d\u00e9part, sur le regard port\u00e9 sur la diff\u00e9rence dans les films et dans le milieu du cin\u00e9ma, en particulier en ce qui concerne le corps f\u00e9minin objectiv\u00e9 par le regard masculin. La premi\u00e8re fois que j\u2019ai voulu m\u2019exprimer \u00e0 ce sujet, c\u2019\u00e9tait \u00e0 la fin de mes \u00e9tudes \u00e0 la F\u00c9MIS. J\u2019avais con\u00e7u un projet de fin d\u2019\u00e9tudes tr\u00e8s personnel qui a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9 par le comit\u00e9 d\u2019\u00e9valuation, mais pas \u00e0 cause de son contenu. D\u2019une part, mon projet impliquait autant de tournage que de montage \u2013 or j\u2019\u00e9tais en d\u00e9partement montage. D\u2019autre part, il s\u2019agissait de travailler sur le champ contre-champ avec un ami cor\u00e9alisateur valide. Chacun allait filmer son champ depuis sa hauteur de regard, puis je monterais nos plans avec des plans tir\u00e9s de films de fiction c\u00e9l\u00e8bres montrant des couples norm\u00e9s en champ-contrechamp. J\u2019imaginais un dialogue-po\u00e8me sur le face \u00e0 face, la rencontre homme-femme dont je serais l\u2019une des protagonistes, avec ma hauteur de regard diff\u00e9rente. Le&nbsp; jury a refus\u00e9 ce dispositif parce que cet ami \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019IDHEC et que cela introduisait un regard professionnel dans l\u2019\u00e9quation. Mais, d\u00e8s lors, j\u2019ai su que ce que j\u2019avais \u00e0 faire et \u00e0 montrer \u00e9tait unique. Mon besoin d\u2019interroger la norme \u00e9tait pos\u00e9. Aujourd\u2019hui, le regard situ\u00e9 notamment des artistes en situation de handicap est de plus en plus per\u00e7u dans les \u00e9coles d\u2019art comme n\u00e9cessaire, mais dans les ann\u00e9es 1980-1990 aucun enseignant d\u2019art ne m\u2019a accompagn\u00e9e pour mener ce type de recherches.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s la F\u00c9MIS, j&rsquo;ai travaill\u00e9 trois ans non-stop comme monteuse pour devenir autonome financi\u00e8rement, sans concevoir de projet de film. Je trouvais la pratique du montage plus int\u00e9ressante en documentaire qu\u2019en fiction, car on construit le r\u00e9cit. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, la F\u00c9MIS \u00e9tait davantage tourn\u00e9e vers la fiction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre deux montages, je lisais des livres de <em>Disability Studies<\/em> que me procuraient des amis chercheurs aux \u00c9tats-Unis, \u00e0 la crois\u00e9e des champs de la culture et du handicap. Et je suis tomb\u00e9e sur les textes incroyables de la po\u00e9tesse Cheryl Marie Wade dans le<em> Disability Studies Reader<\/em> de Lennard Davis<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Ce livre m&rsquo;a fait prendre conscience de l\u2019existence de toute une communaut\u00e9 d\u2019artistes travaillant d\u00e9j\u00e0 de la mani\u00e8re dont j&rsquo;avais besoin de le faire. Je ne trouvais pas de r\u00e9f\u00e9rence \u00e9quivalente en France. En Europe, je connaissais le travail du cin\u00e9aste Stephen Dwoskin que j&rsquo;avais d\u00e9couvert avant mes \u00e9tudes, gr\u00e2ce \u00e0 <em>L\u2019\u00c9cran handicap\u00e9<\/em> (un num\u00e9ro de <em>Cin\u00e9maction<\/em>)<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au cours de ce travail de documentation personnelle, des personnages potentiels pour un film me sont apparus. Il s\u2019agissait de femmes qui brisaient des tabous : d\u00e9formations du corps, d\u00e9sir, sexe, peur\u2026 Je faisais partie de l&rsquo;Association des cin\u00e9astes documentaristes (ADDOC) dans laquelle plusieurs auteurs faisaient des films de cr\u00e9ation tr\u00e8s intimes (le journal film\u00e9 de Dominique Cabrera <em>Demain et encore demain<\/em>, par exemple). Je voulais&nbsp; filmer l\u2019exp\u00e9rience de r\u00e9v\u00e9lation \u00e0 elle-m\u00eame d\u2019une femme handicap\u00e9e lorsqu\u2019elle rencontre des femmes qui ont d\u00e9frich\u00e9 le terrain, en participant au champ litt\u00e9raire des <em>Disability Studies<\/em> ou au courant artistique de la \u00ab Crip Culture \u00bb. J&rsquo;ai obtenu l&rsquo;Aide \u00e0 l\u2019\u00e9criture du CNC et pu d\u00e9velopper avec un producteur le projet d\u2019un road-movie documentaire qui s&rsquo;est alors appel\u00e9 <em>Du c\u00f4t\u00e9 des femmes invisibles, voyages d\u00e9di\u00e9s \u00e0 une enfant<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-61568e7b58ce4ba7933079f00192fa92\" style=\"font-size:20px\"><strong>Pourriez-vous nous expliquer ce projet qui vous a finalement amen\u00e9e \u00e0 filmer sur deux continents&nbsp;?<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec l\u2019appui du CNC et de ce producteur qui travaillait principalement avec France T\u00e9l\u00e9visions, je suis partie en rep\u00e9rages sur la c\u00f4te Ouest des \u00c9tats-Unis, \u00e0 Berkeley, berceau du mouvement des droits civiques des personnes handicap\u00e9es, pour rencontrer des femmes dont j\u2019avais lu les textes, et qui en \u00e9taient venues \u00e0 faire de leur handicap un mat\u00e9riau pour leur art. Ces femmes incarnaient des questions tr\u00e8s difficiles \u00e0 regarder pour la majorit\u00e9, mais pas pour moi ! J&rsquo;avais une faim \u00e9norme de les regarder. Ayant grandi dans une famille o\u00f9 tout le monde \u00e9tait valide et grand, j\u2019avais manqu\u00e9 de ce que l\u2019on appelle des \u00ab&nbsp;role models&nbsp;\u00bb. Je me positionnais donc entre l&rsquo;Europe et les \u00c9tats-Unis, comme une passeuse.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" width=\"2560\" height=\"1900\" src=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-scaled.jpg\" alt=\"Dans une chambre aux rideaux tir\u00e9s, la po\u00e9tesse Cheryl Marie Wade, cheveux gris et longs, est assise dans un fauteuil roulant et regarde un \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision allum\u00e9 devant elle. \u00c0 sa droite, sur un lit \u00e0 l'avant-plan, Diane Maroger, la trentaine et les cheveux mi-longs, tourne le visage vers nous.\" class=\"wp-image-8369\" srcset=\"https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-scaled.jpg 2560w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-300x223.jpg 300w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-1751x1300.jpg 1751w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-768x570.jpg 768w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-1536x1140.jpg 1536w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-2048x1520.jpg 2048w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-700x520.jpg 700w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-680x505.jpg 680w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.1-1-280x208.jpg 280w\" sizes=\"(max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 1.<\/strong> Diane Maroger et Cheryl Marie Wade en 2000. Image : Sylvia Calle.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai surtout film\u00e9 Cheryl Marie Wade (1948-2013), po\u00e9tesse am\u00e9ricaine en fauteuil roulant qui performait des po\u00e8mes \u00e0 la fois parl\u00e9s et chant\u00e9s, en jouant de son corps et en d\u00e9taillant ses sensations. Parall\u00e8lement je suivais le parcours d\u2019une jeune doctorante grecque \u2013 Joana \u2013&nbsp; venue \u00e9tudier aux \u00c9tats-Unis pour chercher une libert\u00e9 qu&rsquo;elle ne pouvait pas avoir en vivant en Europe. Je voulais montrer pourquoi elle ne pouvait pas l&rsquo;avoir. Le fait qu\u2019elle soit grecque n\u2019\u00e9tait pas anodin. Je suis moi-m\u00eame d&rsquo;origine grecque par ma m\u00e8re, et j&rsquo;avais, comme Joana, conscience que dans ce pays, les personnes handicap\u00e9es, on les cachait (dans les ann\u00e9es 1970-1980), puis elles se cachaient ou vivaient de mendicit\u00e9. On \u00e9tait donc plus proches de <em>Los Olvidados<\/em> de Bu\u00f1uel que du cin\u00e9ma fran\u00e7ais\u2026 Je suis donc all\u00e9e filmer Joana lors de son mariage en Gr\u00e8ce.&nbsp; Mon film-voyage op\u00e9rait un mouvement d\u2019Est en Ouest, entre l&rsquo;Europe et les \u00c9tats-Unis. Le chemin vers l\u2019Ouest de Joana (qui s&rsquo;\u00e9tait install\u00e9e en Californie) devait \u00eatre mis en perspective lors de son retour dans sa famille pour ce mariage. Or le film s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 l\u00e0 car les parents de Joana ont eu peur de moi (porteuse d\u2019un handicap visible) filmant avec une \u00e9quipe cet \u00e9v\u00e9nement. Ils avaient engag\u00e9 le photographe du village qui filmait tous les mariages. Ils ont refus\u00e9 le fait que nous prenions Joana pour sujet, pour un vrai film, aux yeux de leur communaut\u00e9. Jona a d\u00fb accepter le refus de son p\u00e8re. Je n&rsquo;avais plus mon personnage : elle \u00e9tait tellement g\u00ean\u00e9e qu&rsquo;on a eu du mal \u00e0 se retrouver ensuite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y aurait pu y avoir une autre fin : les photos prises pendant le mariage par une photographe grecque, Io Paschou, qui \u00e9tait mon assistante sur le tournage. Mais Io a fait des photos \u00e0 partir de&nbsp; ce qu&rsquo;elle cherchait, elle. Et l\u00e0 c&rsquo;est toute la question de qui tient l&rsquo;appareil. \u00c0 mes yeux, par ses choix de contraste et de cadre,&nbsp; elle cherchait \u00e0 montrer quelque chose de monstrueux. Elle ne s&rsquo;en rendait certainement pas compte, mais il s\u2019en d\u00e9gageait une fascination fellinienne&nbsp; pour le corps d\u00e9form\u00e9. Ses images sont r\u00e9ussies \u00e0 ce titre. Sur ces photos, Joana semblait tr\u00e8s isol\u00e9e, sans personne autour d&rsquo;elle. Il est vrai que le mariage en lui-m\u00eame \u00e9tait \u00e9trange, ce n&rsquo;\u00e9tait pas seulement dans le regard de la photographe. Je pense que j\u2019aurais film\u00e9 ce couple autrement, pour r\u00e9v\u00e9ler ce qui, dans le dispositif du mariage, menait \u00e0 cela. En tout cas, si j\u2019avais mont\u00e9 ces photographies dans le film, il aurait fallu que je passe du temps \u00e0 les analyser et \u00e0 les d\u00e9construire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 mon retour, Nelly, un autre personnage du film que l\u2019on devait voir au d\u00e9but du voyage,&nbsp;&nbsp; a aussi eu besoin de se retirer du projet. Elle&nbsp; avait la m\u00eame maladie que moi mais vingt ans de plus, et venait d\u2019un milieu populaire. Son histoire m\u2019int\u00e9ressait car elle avait beaucoup \u00ab guinch\u00e9 \u00bb \u00e0 Paris dans les ann\u00e9es 1950. Son exp\u00e9rience d\u2019avoir eu un corps diff\u00e9rent de la norme dans les bals \u00e0 cette \u00e9poque \u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rente de la mienne. Apr\u00e8s avoir attendu que le film se fasse pendant deux ans, le temps qu\u2019une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9 dise oui, elle ne pouvait plus se projeter dans un tournage qui lui demanderait de l\u2019\u00e9nergie. Aujourd\u2019hui la communaut\u00e9 a th\u00e9oris\u00e9 le \u00ab crip time \u00bb comme une temporalit\u00e9 souple, des temps de travail n\u00e9gociables permettant le care collectif<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> \u2013 ce que je trouve tr\u00e8s int\u00e9ressant. Mais je ne disposais pas de telles ressources \u00e0 l\u2019\u00e9poque et, concernant Nelly, le retrait fut d\u00e9finitif. En perdant ces deux personnages, mais surtout pour des raisons de production, j\u2019ai d\u00fb arr\u00eater le film.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-6b48e46990a1e77b24599afd7ee782d2\" style=\"font-size:20px\"><strong>M\u00eame si, en termes de production, le projet a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 pendant 25 ans, les archives qu\u2019il a g\u00e9n\u00e9r\u00e9es jouent-elles encore un r\u00f4le pour vous aujourd\u2019hui&nbsp;?<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oui. Ma d\u00e9marche pour ce film accomplie entre 1998 (rep\u00e9rages) et 2000 (derniers tournages) m\u2019a permis de rapporter des dizaines d\u2019heures de rushs qu\u2019actuellement je revisite en vue d\u2019un projet d\u2019exposition avec Lucie Camous<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> et \u00c9tienne Chosson de Crashroom<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. Ces jeunes curateurs font un travail remarquable pour rendre visibles les artistes du courant&nbsp;\u00ab&nbsp;crip&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> dans les centres d\u2019art contemporain fran\u00e7ais et les \u00e9coles d\u2019art. Avec eux, une exposition se pr\u00e9pare pour 2026 au Palais de Tokyo, dont mes rushs tourn\u00e9s avec la po\u00e9tesse Cheryl Marie Wade seront partie int\u00e9grante.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-0d9dcdb629853e5d55b4519fedaa9d46\" style=\"font-size:20px\"><strong>Quand <em>Du c\u00f4t\u00e9 des femmes invisibles<\/em> s\u2019interrompt, un autre projet se profile&nbsp;?<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En d\u00e9veloppant <em>Du c\u00f4t\u00e9 des femmes invisibles<\/em>, je faisais des recherches en France, aupr\u00e8s d\u2019une association qui s&rsquo;appelait R\u00e9ponses Initiative Femmes Handicap\u00e9es (RIFH). Dans cette association, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 des femmes avec qui r\u00e9fl\u00e9chir, qui provenaient d&rsquo;origines sociales tr\u00e8s diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lors d&rsquo;une table ronde organis\u00e9e par RIFH, on a abord\u00e9 la question de la vie affective et de l&rsquo;intimit\u00e9 en institution. Une femme a t\u00e9moign\u00e9 de la st\u00e9rilisation forc\u00e9e qu&rsquo;elle avait subie \u00e0 l&rsquo;issue de sa scolarit\u00e9 en institution, car elle \u00e9tait en couple avec un gar\u00e7on rencontr\u00e9 l\u00e0-bas et ils voulaient se marier. Je me suis rapproch\u00e9e d&rsquo;elle. \u00c0 ce moment-l\u00e0, on commen\u00e7ait \u00e0 m&rsquo;identifier comme r\u00e9alisatrice de documentaires sur les femmes en situation de handicap puisque, pour mon projet entre Europe et \u00c9tats-Unis, j&rsquo;avais fait des rep\u00e9rages et rencontr\u00e9 une parlementaire europ\u00e9enne en fauteuil roulant de la communaut\u00e9 lesbienne. Un jour, cette femme me t\u00e9l\u00e9phone pour me faire part d\u2019un appel \u00e0 projets de la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne, ouvert uniquement aux r\u00e9alisateurs en situation de handicap, afin d\u2019alerter sur la violence \u00e0 l\u2019\u00e9gard des personnes handicap\u00e9es. Comme je venais de rencontrer ce couple qui avait abord\u00e9 la question tr\u00e8s taboue de la st\u00e9rilisation, je leur ai propos\u00e9 de t\u00e9moigner dans ce cadre. C\u2019est ainsi que j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 le court-m\u00e9trage <em>Maternit\u00e9 interdite<\/em> (1999)<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>. Le jury de la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne \u00e9tait pr\u00e9sid\u00e9 par Stephen Dwoskin et j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 laur\u00e9ate du prix.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;avais beaucoup travaill\u00e9 avec le couple en amont sur la prise de parole. L\u2019image du couple \u00e9tait compos\u00e9e comme un tableau, dans la volont\u00e9 de montrer des corps qui s&rsquo;expriment, avec une parole difficile. Leurs visages \u00e9taient d\u00e9cadr\u00e9s car ils avaient pos\u00e9 l\u2019anonymat comme condition pour t\u00e9moigner. Je les ai amen\u00e9s vers des questions telles que : songe-t-on \u00e0 porter plainte dans ce genre de situation ? Il y avait une vraie douleur dans la parole, la voix peinait \u00e0 sortir car les parents de la jeune femme avaient \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9s dans cet acte. Je pense que dans ce film, le hors-champ est puissant. C\u2019est ce regard et l\u2019environnement validiste qui pesaient tr\u00e8s lourd.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1871\" height=\"1300\" src=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.2-1-1871x1300.jpg\" alt=\"Dans une atmosph\u00e8re d'int\u00e9rieur en cama\u00efeu de beiges, une femme et un homme sont assis face cam\u00e9ra c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, cadr\u00e9s serr\u00e9. Seule la partie basse de leurs visages est visible, leurs yeux hors champ. La femme, assise \u00e0 gauche, est en train de parler. Dans une autre image, m\u00eame cadre, sa main est pos\u00e9e sur son c\u0153ur. On aper\u00e7oit la roue de son fauteuil roulant entre eux.\" class=\"wp-image-8370\" srcset=\"https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.2-1-1871x1300.jpg 1871w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.2-1-300x209.jpg 300w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.2-1-768x534.jpg 768w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.2-1-1536x1068.jpg 1536w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.2-1-2048x1423.jpg 2048w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.2-1-700x487.jpg 700w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.2-1-680x473.jpg 680w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.2-1-280x195.jpg 280w\" sizes=\"(max-width: 1871px) 100vw, 1871px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1882\" height=\"1300\" src=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.3-1-1882x1300.jpg\" alt=\"Dans une atmosph\u00e8re d'int\u00e9rieur en cama\u00efeu de beiges, une femme et un homme sont assis face cam\u00e9ra c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, cadr\u00e9s serr\u00e9. Seule la partie basse de leurs visages est visible, leurs yeux hors champ. La femme, assise \u00e0 gauche, est en train de parler. Dans une autre image, m\u00eame cadre, sa main est pos\u00e9e sur son c\u0153ur. On aper\u00e7oit la roue de son fauteuil roulant entre eux.\" class=\"wp-image-8371\" srcset=\"https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.3-1-1882x1300.jpg 1882w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.3-1-300x207.jpg 300w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.3-1-768x531.jpg 768w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.3-1-1536x1061.jpg 1536w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.3-1-2048x1415.jpg 2048w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.3-1-700x484.jpg 700w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.3-1-680x470.jpg 680w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IS6-Maroger-fig.3-1-280x193.jpg 280w\" sizes=\"(max-width: 1882px) 100vw, 1882px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Figures 2 et 3. <\/strong>Captures d\u2019\u00e9cran du court m\u00e9trage <em>Wounded Wombs<\/em> (2000)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gr\u00e2ce au prix remport\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de France 3, j&rsquo;ai pu \u00e9crire un projet de moyen m\u00e9trage documentaire centr\u00e9 sur l\u2019\u00e9mancipation de ce couple. J&rsquo;ai film\u00e9 leur trajectoire pendant un an. \u00c0 partir de l\u00e0, ils ont pu prendre leur envol.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-4000a028d8ac185c3d1e7fbdbdfb1ee9\" style=\"font-size:20px\"><strong><em>Maternit\u00e9 interdite<\/em><a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup><sup>[8]<\/sup><\/sup><\/a> et <em>Du c\u00f4t\u00e9 des femmes invisibles<\/em> sont finalement des projets en dialogue puisqu&rsquo;ils parlent tous les deux de la sexualit\u00e9 des femmes handicap\u00e9es, de mani\u00e8re totalement diff\u00e9rente. Alors que <em>Du c\u00f4t\u00e9 des femmes invisibles<\/em> est explicite, des femmes y parlent de plaisir et d&rsquo;\u00e9rotisme, <em>Maternit\u00e9 interdite<\/em> parle de son invisibilisation, du tabou. Quel regard&nbsp;? Quelles images&nbsp;?<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le titre de mon premier projet, <em>Du c\u00f4t\u00e9 des femmes invisibles, voyages d\u00e9di\u00e9s \u00e0 une enfant<\/em>,me posait question parce qu&rsquo;il \u00e9tait difficile de dire si ces femmes \u00e9taient trop visibles ou invisibles. Quand on est soi-m\u00eame femme et handicap\u00e9e, on est en r\u00e9alit\u00e9 invisible aux yeux de potentiels partenaires amoureux valides parce qu&rsquo;on est trop visible. \u00c7a, c&rsquo;\u00e9tait quelque chose de super important dans ma propre prise de conscience, \u00e0 l\u2019origine de mon besoin de faire un film : pourquoi ce qui est trop visible est si difficile \u00e0 regarder chez une femme ? J&rsquo;ai ainsi louvoy\u00e9 entre un titre fran\u00e7ais qui mettait en avant l&rsquo;invisible et un qui mettait en avant le visible, puisque le titre anglais \u00e9tait <em>Visible Women<\/em>&#8230; La question de la sexualit\u00e9 des femmes handicap\u00e9es, le fait que nous soyons d\u00e9sirantes, \u00e9tait \u00e0 ce moment-l\u00e0 totalement in-regardable pour le grand public. Pour moi, la traiter \u00e9tait essentiel parce qu\u2019invisibiliser, c&rsquo;\u00e9tait nier. <em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour <em>Maternit\u00e9 interdite<\/em>, la productrice Sophie Salbot, d&rsquo;Ath\u00e9na\u00efse (qui a produit le documentaire <em>Koji Inoue, photographe au-del\u00e0 des signes <\/em>r\u00e9alis\u00e9 par Brigitte Lemaine et r\u00e9cemment, <em>Nous<\/em> d&rsquo;Alice Diop), s&rsquo;est impos\u00e9e comme une \u00e9vidence car elle comprenait que les enjeux li\u00e9s au corps handicap\u00e9 sont similaires aux enjeux du corps colonis\u00e9. On nous a longtemps emp\u00each\u00e9 de nous auto-repr\u00e9senter, des \u00ab experts \u00bb (m\u00e9decins, parents, c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s) ont toujours pris la parole ou agi sur notre corps, \u00e0 notre place\u2026 Sophie percevait ce que je voulais faire et je savais qu&rsquo;elle serait tout le temps de mon c\u00f4t\u00e9. Expliquer verbalement comment filmer les corps <em>handi<\/em> a toujours \u00e9t\u00e9 d\u00e9licat pour moi. J&rsquo;arrivais \u00e0 dire ce que je voulais au son (c\u2019\u00e9tait avant ma perte d&rsquo;audition) alors que l&rsquo;image, comme je tournais parfois moi-m\u00eame avec une petite cam\u00e9ra et dessinais, il m\u2019\u00e9tait plus difficile de la confier \u00e0 un tiers, de lui faire confiance. En effet, quand on regarde comment sont film\u00e9es les femmes en situation de handicap au cin\u00e9ma ou \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision par des valides, les angles de vue sont souvent d\u00e9formants, augmentant le handicap, mettant en avant leurs accessoires (roues des fauteuils, par exemple). Cette mani\u00e8re de regarder totalement validiste me mettait hors de moi depuis l\u2019enfance. J&rsquo;ai eu la chance d\u2019avoir une tr\u00e8s bonne cheffe op\u00e9ratrice (Claire Bailly Dubois) pour ce film : la lumi\u00e8re \u00e9tait juste, il y avait une harmonie dans l&rsquo;image&#8230; Elle a su donner toute leur place aux personnes dans ce film tr\u00e8s pudique. J&rsquo;ai aussi film\u00e9 seule quelques sc\u00e8nes o\u00f9 l\u2019on voit \u00e0 quel point Nathalie, le personnage principal, s&rsquo;accrochait \u00e0 mes yeux \u2013 et j&rsquo;aime que ce lien intime et fort soit dans le film, mais je n&rsquo;aurais pas pu tout filmer, devant \u00eatre enti\u00e8rement pr\u00e9sente pour les personnes film\u00e9es, sans technique entre nous, pour les encourager. Je suis donc tr\u00e8s heureuse de ces collaborations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons pu montrer ce qui enferme le corps handicap\u00e9, notamment l\u2019institution et ses technologies pour redresser le corps, tout en cadrant les premiers concern\u00e9s exactement comme je le voulais. Et un an plus tard, je me suis lanc\u00e9e dans la programmation de films dans le cadre de Retour d&rsquo;image.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-e33e0a896523fd8e956f7d78a5f22ad5\" style=\"font-size:20px\"><strong>Justement, pourriez-vous nous parler de <a href=\"https:\/\/retourdimage.eu\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Retour d&rsquo;image<\/a>, que vous avez fond\u00e9 ?<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019existait pas en France d\u2019espace d\u2019\u00e9change sur le regard que le cin\u00e9ma porte sur le corps handicap\u00e9, ni pour remettre en question nos repr\u00e9sentations collectivement. En cr\u00e9er un me semblait aussi n\u00e9cessaire que faire mes propres films. L\u2019id\u00e9e m\u2019est donc venue d\u2019un festival qui se fonderait sur les regards situ\u00e9s des personnes concern\u00e9es (le terme \u00ab anti-validiste&nbsp;\u00bb n\u2019existait pas encore en fran\u00e7ais) et sur une v\u00e9ritable exigence artistique, cin\u00e9phile. Il y avait certes un Festival du court m\u00e9trage sur le handicap, mais il \u00e9tait projet\u00e9 dans un salon de vente de mat\u00e9riel pour les personnes handicap\u00e9es ! Cela ne correspondait pas du tout \u00e0 mon projet. Il fallait que notre festival soit accueilli dans les lieux culturels de prestige et que la question de l\u2019image du handicap au cin\u00e9ma soit reconnue par les historiens, les critiques francophones, comme une th\u00e9matique \u00e0 part enti\u00e8re. J\u2019ai eu l\u2019opportunit\u00e9 de le r\u00e9aliser \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019Ann\u00e9e europ\u00e9enne des personnes handicap\u00e9es, en 2003 \u2013 ann\u00e9e qui a marqu\u00e9 le d\u00e9but d\u2019une prise de conscience, qui donna ensuite lieu \u00e0 la loi de 2005.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La France devait montrer que des lieux culturels s\u2019\u00e9taient rendus accessibles. Parmi eux, des cin\u00e9mas qui avaient travaill\u00e9 dans ce sens voulaient valoriser leurs efforts en \u00e9tant partenaires du projet. Ce fut le cas du MK2 Biblioth\u00e8que et des 400 coups \u00e0 Angers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons mis sur pied un comit\u00e9 de visionnage constitu\u00e9 de professionnels et d&rsquo;\u00e9tudiants \u00e0 80&nbsp;% concern\u00e9s, tous cin\u00e9philes, en association artistique avec, notamment, \u00ab La Compagnie du 3\u00e8me \u0153il \u00bb, une troupe d\u2019acteurs pour certains handicap\u00e9s, dirig\u00e9e par Bruno Netter. Cet acteur de th\u00e9\u00e2tre respect\u00e9, apr\u00e8s avoir perdu la vue, s\u2019\u00e9tait attach\u00e9 \u00e0 subvertir les repr\u00e9sentations classiques du handicap en confiant des projets \u00e0 de grands metteurs en sc\u00e8ne. Sa troupe \u00e9tait constitu\u00e9e d\u2019artistes au parcours auto-d\u00e9termin\u00e9, sans lien avec les ESAT artistiques (des structures sp\u00e9cialis\u00e9es dirig\u00e9es par des professionnels valides qui \u00e9mergeaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque). Des critiques de cin\u00e9ma qui comprenaient le projet nous ont aussi conseill\u00e9 des films. On avait deux ressources importantes : le London Disability Film Festival organis\u00e9 avec le British Film Institute, et l\u2019ouvrage sur le handicap dans le cin\u00e9ma Hollywoodien de Martin Norden <em>The Cinema of Isolation<\/em><a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>. Au bout d\u2019un an de visionnage, de recherches et de r\u00e9flexion, la s\u00e9lection comprenait une trentaine de longs m\u00e9trages du patrimoine international, des films r\u00e9cents ou in\u00e9dits, et des courts-m\u00e9trages issus de la \u00ab&nbsp;Crip Culture&nbsp;\u00bb \u2013 produits et r\u00e9alis\u00e9s par des artistes se revendiquant handicap\u00e9s, contestant la norme \u00e9tablie. Le budget pour montrer cette programmation en salle fut tr\u00e8s cons\u00e9quent car il \u00e9tait essentiel de mettre en place des dispositifs d&rsquo;accessibilit\u00e9 pour chaque film, afin que les spectateurs en situation de handicap soient nombreux dans la salle et s\u2019expriment lors des d\u00e9bats suite aux projections. L\u2019\u00e9quipe d\u2019audiodescripteurs \u00e9tait pilot\u00e9e par une artiste non voyante, une premi\u00e8re en France. La r\u00e9daction du catalogue a \u00e9galement conduit l&rsquo;\u00e9quipe \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux termes utilis\u00e9s pour r\u00e9sumer et commenter les films sans validisme. \u00ab Retour d\u2019image \u00bb a cr\u00e9\u00e9 une charte qui mettait en valeur l\u2019importance d\u2019une communication qui ne v\u00e9hicule pas les mod\u00e8les m\u00e9dical ou charitable du handicap encore pr\u00e9dominants \u00e0 l\u2019\u00e9poque dans le journalisme de cin\u00e9ma. Le catalogue du premier festival en 2003 intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Une r\u00e9trospective critique&nbsp;\u00bb est, je pense, exemplaire<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par la suite, Retour d\u2019image, devenu une association cin\u00e9ma et handicap, a produit trois \u00e9ditions \u00e9ponymes, en 2005, en 2007 \u00e0 la Cit\u00e9 des Sciences, et en 2010 dans plusieurs cin\u00e9mas. En 2012, nous avons produit un festival national, voulu par les minist\u00e8res des Affaires sociales et de la Culture \u2013 le festival Un Autre Regard. Dans ce cadre, une journ\u00e9e professionnelle sur l\u2019accessibilit\u00e9 du cin\u00e9ma r\u00e9unissait des d\u00e9cideurs de l\u2019industrie du cin\u00e9ma et des repr\u00e9sentants d\u2019associations, auteurs concern\u00e9s, etc. Ces rencontres, qui ont \u00e9t\u00e9 film\u00e9es, ont constitu\u00e9 un fonds d\u2019images \u00e0 l\u2019origine de la cr\u00e9ation du centre de ressources de Retour d\u2019image, qui met \u00e0 disposition en open source 30 vid\u00e9os p\u00e9dagogiques sur l\u2019accessibilit\u00e9 au cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/retourdimage.eu\/\" target=\"_blank\" rel=\" noreferrer noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2000\" height=\"800\" src=\"https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-2000x800.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-8393\" srcset=\"https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-2000x800.png 2000w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-300x120.png 300w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-768x307.png 768w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-1536x615.png 1536w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-2048x819.png 2048w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-700x280.png 700w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-680x272.png 680w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/RI_logo_RVB-280x112.png 280w\" sizes=\"(max-width: 2000px) 100vw, 2000px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-832cfcb38047e00de42d363960146772\" style=\"font-size:20px\"><strong>Quels sont vos projets aujourd\u2019hui ?<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s quinze ann\u00e9es consacr\u00e9es \u00e0 Retour d&rsquo;image, je suis devenue associ\u00e9e d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de production (Decia Films, fond\u00e9e par David Rosier) o\u00f9 j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 des projets de documentaire et de fiction. Cette ann\u00e9e, je me r\u00e9serve du temps pour travailler sur des projets personnels filmiques et d\u2019\u00e9criture, notamment l\u2019exposition cit\u00e9e plus haut, qui ouvrira au Palais de Tokyo en avril 2026&nbsp; : \u00ab&nbsp;La derni\u00e8re performance de la reine-m\u00e8re des noueux&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m&rsquo;occupe aussi du Fonds pour la R\u00e9ussite et l&rsquo;Inclusion Dans les Arts (F.R.I.D.A) qui a pour vocation de soutenir les jeunes en situation de handicap engag\u00e9.e.s dans des \u00e9tudes d\u2019art longues afin de se professionnaliser, notamment dans le cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019inclusion scolaire et la diss\u00e9mination des <em>Disability Studies<\/em> ont fait \u00e9merger une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019artistes contemporain.e.s au regard situ\u00e9, qui travaillent \u00e0 partir de leur exp\u00e9rience du handicap. Une remarquable exposition les a rassembl\u00e9s au Centre R\u00e9gional d\u2019Art Contemporain d\u2019Occitanie d\u2019octobre 2024 \u00e0 janvier 2025. Sa curatrice, Lucie Camous, est elle-m\u00eame concern\u00e9e. La presse d\u2019art a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ceptive. On voit que les lignes bougent. \u00c0 mon sens, la soci\u00e9t\u00e9 a besoin des apports de tels artistes car le handicap et la maladie sont plus pr\u00e9sents lorsque l\u2019environnement et le climat social se d\u00e9gradent. Les questions de vuln\u00e9rabilit\u00e9 des corps, d\u2019\u00e9cologie et de soin sont intrins\u00e8quement li\u00e9es. Je r\u00e9fl\u00e9chis aussi \u00e0 un projet de r\u00e9sidence accessible pour permettre \u00e0 des artistes d\u2019y travailler.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Lennard Davis, <em>Disability Studies Reader<\/em>, Londres, Routledge, 1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9dition,1997<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Olga B\u00e9har (dir.), <em>L\u2019\u00c9cran handicap\u00e9<\/em>, Collection <em>Cin\u00e9maction<\/em>, n\u00b0 27, Cond\u00e9-sur-Noireau, \u00c9d. Charles Cordet, 1984.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Voir \u00c9laina Gauthier-Mamari, \u00ab&nbsp;MedHums 101: What is Crip Time ? \u00bb, <em>Polyphony<\/em>, 24 janvier 2024. Consultable en ligne :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<a href=\"https:\/\/thepolyphony.org\/2024\/01\/26\/medhums-101-what-is-crip-time\/\">https:\/\/thepolyphony.org\/2024\/01\/26\/medhums-101-what-is-crip-time\/<\/a>, derni\u00e8re date de consultation : 11 janvier 2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>Voir Lucie Camous, &nbsp;\u00ab Ostensible \u00bb, consultable en ligne :&nbsp; <a href=\"https:\/\/luciecamous.com\/ostensible\/\">https:\/\/luciecamous.com\/ostensible\/<\/a>, derni\u00e8re consultation : 11 janvier 2026 ; et <a href=\"https:\/\/linktr.ee\/ostensible_collectif\">https:\/\/linktr.ee\/ostensible_collectif<\/a>, derni\u00e8re consultation : 11 janvier 2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Voir \u00ab&nbsp;Crashroom \u00bb, consultable en ligne :<a href=\"https:\/\/crashroom.ooo\"> <\/a><a href=\"https:\/\/crashroom.ooo\">&nbsp;https:\/\/crashroom.ooo<\/a>, derni\u00e8re date de consultation : 11 janvier 2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Contraction du terme anglais \u00ab cripple\u00bb, signifiant infirme, estropi\u00e9, dont l\u2019emploi est revendiqu\u00e9 dans la communaut\u00e9 des personnes handicap\u00e9es de fa\u00e7on militante, pour op\u00e9rer un retournement de stigmate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=6PBXVFKS-N8&amp;t=27s\"> <\/a><em>Maternit\u00e9 interdite <\/em>(<em>Wounded Wombs)<\/em>, Diane Maroger, 15\u201936, 1999. Visible en ligne : <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=6PBXVFKS-N8&amp;t=27s\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=6PBXVFKS-N8&amp;t=27s<\/a>, derni\u00e8re date de consultation : 11 janvier 2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> <em>Maternit\u00e9 interdite <\/em>(<em>Wounded Wombs<\/em>), Diane Maroger, At\u00e9na\u00efse, INA, France 3, 53\u2019, 2003. Partie 1 de <em>Maternit\u00e9 interdite <\/em>visible en ligne&nbsp;: <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Vpimllkn1zQ\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Vpimllkn1zQ<\/a> \/, derni\u00e8re date de consultation : 11 janvier 2026. Partie 2 de<em> Maternit\u00e9 interdite<\/em>&nbsp;visible en ligne : <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=UGxQA-XhlkY&amp;t=50s\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=UGxQA-XhlkY&amp;t=50s<\/a>, derni\u00e8re date de consultation : 11 janvier 2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> Martin Norden, <em>The Cinema of Isolation, A History of Disability In Hollywood Films<\/em>, New Brunswick, Rutgers University Press, 1994<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> Programme Retour d\u2019image, \u00e9dition 2003, consultable en ligne : <a href=\"https:\/\/retourdimage.eu\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/Festival_retour_d_image_2003_programme.pdf\">&nbsp;https:\/\/retourdimage.eu\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/Festival_retour_d_image_2003_programme.pdf<\/a>, derni\u00e8re consultation : 11 janvier 2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Diane Maroger est associ\u00e9e chez DECIA FILMS, charg\u00e9e du d\u00e9veloppement artistique. Dipl\u00f4m\u00e9e de la F\u00c9MIS, elle est d\u2019abord cheffe monteuse de documentaires pour la t\u00e9l\u00e9vision (Arte, France TV, RTBF), de films prim\u00e9s en festivals et de courts-m\u00e9trages d\u2019art. Elle r\u00e9alise en 2002 Maternit\u00e9 interdite, un documentaire coproduit et diffus\u00e9 par France 3 (Cl\u00e9 d\u2019Or du Festival de Lorquin). En 2003, elle fonde, avec un collectif d\u2019artistes en situation de handicap, le Festival \u00ab RETOUR D\u2019IMAGE \u00bb, premier en France \u00e0 nourrir une r\u00e9flexion innovante sur les repr\u00e9sentations du handicap au cin\u00e9ma. L\u2019accessibilit\u00e9 des \u0153uvres et l\u2019\u00e9change avec une diversit\u00e9 d\u2019audiences, notamment les professionnels du film et le jeune public, y sont fondamentaux. Elle est nomm\u00e9e Chevalier de l\u2019ordre national du M\u00e9rite en 2017 pour ses contributions au cadre l\u00e9gal de l\u2019accessibilit\u00e9 du secteur cin\u00e9matographique. Elle \u00e9crit et d\u00e9veloppe actuellement plusieurs projets artistiques personnels, et son travail sur la po\u00e9tesse Cheryl Marie Wade est \u00e0 d\u00e9couvrir au sein de l&rsquo;exposition \u00ab Normes Corps \u00bb qui se tient du 3 avril au 13 septembre 2026, au Palais de Tokyo, \u00e0 Paris.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[307],"tags":[],"class_list":["post-8372","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-disability-studies"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/s9TfUI-maroger","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8372","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8372"}],"version-history":[{"count":23,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8372\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8661,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8372\/revisions\/8661"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8372"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8372"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8372"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}