{"id":8158,"date":"2026-07-01T21:18:00","date_gmt":"2026-07-01T19:18:00","guid":{"rendered":"https:\/\/imagessecondes.fr\/?p=8158"},"modified":"2026-07-01T21:18:01","modified_gmt":"2026-07-01T19:18:01","slug":"daubresse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2026\/07\/daubresse\/","title":{"rendered":"L&rsquo;oreille qui n&rsquo;entend pas face au silence qui s&rsquo;\u00e9coute"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-fa349fc79619ad5c2800f9b6611d32d0\" style=\"font-size:30px\"><strong>Louis Daubresse<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" style=\"font-size:30px\"><strong><strong>L&rsquo;oreille qui n&rsquo;entend pas face au silence qui s&rsquo;\u00e9coute&nbsp;: singularit\u00e9s d&rsquo;une exp\u00e9rience de recherche<\/strong><\/strong><\/h1>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<details class=\"wp-block-details is-layout-flow wp-block-details-is-layout-flow\"><summary><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/summary>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La perspective premi\u00e8re de cet article consiste en un bilan autor\u00e9flexif sur les particularit\u00e9s de mon travail de chercheur, qui n\u2019a eu de cesse d\u2019exploiter ma sensibilit\u00e9 et ma posture atypique. En effet, il s\u2019agit d\u2019interroger plus pr\u00e9cis\u00e9ment la mani\u00e8re dont mon handicap auditif a pu jouer un r\u00f4le d\u00e9terminant dans le rapport aux images et aux sons, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans les moments cin\u00e9matographiques o\u00f9 le silence fonctionne comme modalit\u00e9 d\u2019action. Autrement dit, je tente de penser la mani\u00e8re dont cet objet de recherche qu\u2019est le silence s\u2019est imbriqu\u00e9 avec ma propre exp\u00e9rience sonore, forc\u00e9ment singuli\u00e8re, et la mani\u00e8re aussi dont ma th\u00e8se s\u2019est donc trouv\u00e9e charg\u00e9e d\u2019une dimension affective \u00e9l\u00e9mentaire. Dans la suite du texte sont tour \u00e0 tour \u00e9voqu\u00e9s le rapport monomaniaque qui me lie intimement aux films, les conditions fluctuantes d\u2019audiovisionnage des silences filmiques auxquelles j\u2019ai \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 et le processus d\u2019identification qui s\u2019op\u00e8re par rapport aux personnages sourds \u2013 pris dans un silence endog\u00e8ne \u2013 que j\u2019ai vu appara\u00eetre \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Occupant \u00e0 la fois la place de l\u2019observateur et de l\u2019observ\u00e9, du sujet et de l\u2019objet, du d\u00e9montrant et de l\u2019exemplifiant, je tends \u00e0 faire fusionner toutes ces cat\u00e9gories dans le texte en employant syst\u00e9matiquement le pronom personnel \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb et en me questionnant sans cesse en tant que corps r\u00e9cepteur dont la condition distinctive n\u00e9cessite de ma part une adaptation de tous les instants.<\/p>\n\n\n\n<details class=\"wp-block-details is-layout-flow wp-block-details-is-layout-flow\"><summary><strong>Mots-cl\u00e9s<\/strong><\/summary>\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n<\/details>\n<\/details>\n\n\n\n<details class=\"wp-block-details is-layout-flow wp-block-details-is-layout-flow\"><summary><strong>Mots-cl\u00e9s<\/strong><\/summary>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">analyse filmique, cin\u00e9philie, <em>deaf gaze<\/em>, \u00e9coute, entendance et malentendance, handicap, r\u00e9ception sensible, silence, spectateur, subjectivit\u00e9, surdit\u00e9<\/p>\n<\/details>\n\n\n\n<details class=\"wp-block-details is-layout-flow wp-block-details-is-layout-flow\"><summary><strong>R\u00e9f\u00e9rence \u00e9lectronique pour citer cet article<\/strong><\/summary>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Louis Daubresse, \u00ab L&rsquo;oreille qui n&rsquo;entend pas face au silence qui s&rsquo;\u00e9coute : singularit\u00e9s d&rsquo;une exp\u00e9rience de recherche \u00bb,&nbsp;<em>Images secondes<\/em>&nbsp;[En ligne], 06 | 2026, mis en ligne le 1<sup>er<\/sup> juillet 2026, URL&nbsp;:&nbsp;<a href=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2026\/07\/daubresse\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">http:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2026\/07\/daubresse\/<\/a><\/p>\n<\/details>\n\n\n\n<details class=\"wp-block-details is-layout-flow wp-block-details-is-layout-flow\"><summary><strong>L&rsquo;auteur<\/strong><\/summary>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Louis Daubresse est docteur en \u00e9tudes cin\u00e9matographiques et audiovisuelles. Sa th\u00e8se, soutenue \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de la Sorbonne Nouvelle, sur les esth\u00e9tiques du silence dans le cin\u00e9ma contemporain, sera prochainement publi\u00e9e aux Presses du Septentrion. Il a \u00e9crit des articles sur la disparition de la parole au cin\u00e9ma ou sur l&rsquo;inversion temporelle dans divers films. Charg\u00e9 de cours \u00e0 Paris III, \u00e0 Lille, \u00e0 Poitiers, \u00e0 Lyon II ou encore \u00e0 Montpellier &#8211; Paul Val\u00e9ry, puis ATER \u00e0 Clermont-Auvergne et \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Lorraine, il y a enseign\u00e9 entre autres l\u2019analyse filmique, l\u2019approche des genres cin\u00e9matographiques, l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma et les \u00e9critures sonores. Il effectue actuellement un postdoctorat ayant re\u00e7u un financement gr\u00e2ce \u00e0 la Fondation Balzan et consacr\u00e9 aux enjeux figuratifs et culturels du tatouage \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran.<\/p>\n<\/details>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u2261 Version pdf \u00e0 t\u00e9l\u00e9charger<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-1b56ce75b12f2e8ee5dff3099e8f51be\" style=\"font-size:20px\"><strong>Introduction<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mettre en exergue son propre corps dans une d\u00e9marche herm\u00e9neutique peut para\u00eetre quelque peu incongru mais c&rsquo;est cette perspective que je souhaiterais ici mettre en avant. La distance morale habituellement \u00e9tablie entre un chercheur et son champ d\u2019investigation se trouve rompue puisque l\u2019auteur de ces lignes, atteint d\u2019un handicap auditif, s\u2019implique directement dans la construction th\u00e9orique qui va suivre<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Apr\u00e8s avoir effectu\u00e9 une th\u00e8se soutenue en 2018 et intitul\u00e9e <em>Esth\u00e9tique(s) du silence dans le cin\u00e9ma contemporain\u00a0: histoire, h\u00e9ritage et ruptures<\/em>, j\u2019ai fait para\u00eetre un ouvrage reprenant son contenu et sa structure sous une forme quasiment identique<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. Il est d\u00e9sormais temps de proc\u00e9der, en un mouvement r\u00e9trospectif, \u00e0 un bilan autor\u00e9flexif sur les particularit\u00e9s de ce long travail entrepris depuis plus de douze ans, moins pour en reformuler le r\u00e9sultat que pour interroger son \u00e9laboration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Me passionnait en tout premier lieu le silence \u00e0 l\u2019\u00e9cran, film\u00e9 dans son caract\u00e8re audible, avant de le consid\u00e9rer plus largement comme modalit\u00e9 d\u2019action filmique. L\u2019objectif premier de mon initiative visait \u00e0 questionner les usages audiovisuels du silence, dans sa complexit\u00e9 prot\u00e9iforme et dans ses multiples incarnations, toujours sur la base d\u2019une apparition en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne sonore et plus particuli\u00e8rement dans les cin\u00e9mas moderne et contemporain. Qu\u2019ils soient <em>mainstream<\/em> ou art-et-essai, tous se laissent habiter par le regard d\u2019un v\u00e9ritable auteur. Mais au-del\u00e0 de l\u2019enqu\u00eate permettant de soulever les occurrences du silence, le contenu de mes \u00e9crits s\u2019est mis \u00e0 organiser implicitement une sorte d&rsquo;\u00e9go-histoire<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> ax\u00e9e sur ma relation visc\u00e9rale au cin\u00e9ma. De plus, observer la place qu&rsquo;occupe le silence \u2013 formel ou figuratif, dramaturgique ou scriptural, atmosph\u00e9rique ou mutique \u2013 dans un certain nombre de films pr\u00e9s\u00e9lectionn\u00e9s ou d\u00e9couverts au fil du temps, d\u00e9crire des bandes sonores et se placer dans la mouvance des <em>film sound studies<\/em> semble relever du paradoxe quand on est soi-m\u00eame atteint d&rsquo;une surdit\u00e9 postnatale<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>. Et c\u2019est bien ce qui m\u2019a stimul\u00e9 : appr\u00e9hender la normo-\u00e9coute depuis ma malentendance (en tant que \u00ab&nbsp;demi-sourd<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb) alors que, de mani\u00e8re quelque peu p\u00e9remptoire, le cin\u00e9ma propose la plupart du temps de \u00ab&nbsp;voir la surdit\u00e9 depuis l\u2019entendance<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il s\u2019agissait \u2013 et il s\u2019agit toujours \u2013 de se battre contre un premier pr\u00e9jug\u00e9&nbsp;: les personnes sourdes n\u2019entendraient que le silence et\/ou ne sauraient le diff\u00e9rencier de tout ce qui rel\u00e8ve du bruit. Il y a pourtant diff\u00e9rents degr\u00e9s de surdit\u00e9 (l\u00e9g\u00e8re, moyenne, s\u00e9v\u00e8re, profonde, totale) mais aussi multiples types de perception tronqu\u00e9e sur le plan auditif. Certaines fr\u00e9quences hertziennes peuvent s\u2019av\u00e9rer parfaitement audibles pour les malentendants et inaudibles pour des bien-entendants. De toute fa\u00e7on, chaque personne poss\u00e8de son propre champ auditif et ses irr\u00e9gularit\u00e9s intelligibles<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>. Les Sourds<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> entendent, certes diff\u00e9remment. Le silence en tant qu\u2019exp\u00e9rience sensorielle leur appartient aussi. Plus symboliquement, un silence global symptomatise l\u2019invisibilit\u00e9 des personnes en situation de handicap. No\u00e9mie Aulombard-Arnaud, elle-m\u00eame polyhandicap\u00e9e, d\u00e9plore ce pi\u00e8ge social dans lequel on a voulu la placer \u00e0 son insu de mani\u00e8re stigmatisante&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ensuite, silence. Le silence qui vient apr\u00e8s les mots et les attentes. Le silence est l\u00e0&nbsp;; arrivent les r\u00f4les et les exigences que je me vois ass\u00e9n\u00e9es, ces v\u00e9rit\u00e9s qui en disent plus long sur l\u2019instance qui la dit que sur ce qu\u2019elles visent. Ces mots disent que je ne suis rien qu\u2019une alt\u00e9rit\u00e9 irr\u00e9m\u00e9diable, que je suis l\u2019Autre, qui dois jouer un r\u00f4le, cantonn\u00e9e et r\u00e9pondant \u00e0 des attentes qu\u2019on m\u2019impose. C\u2019est un point de vue \u2013 toujours le m\u00eame, celui du Soi-m\u00eame, celui du dominant \u2013 qui raconte et d\u00e9crit, se raconte et se d\u00e9crit. Ce sont les mots criminels de certaines structures. Constructions politiques que l\u2019on croit naturelles. L\u2019\u00e9vidence du naturel tombe peu \u00e0 peu<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Refusant d\u2019\u00eatre enferm\u00e9e dans un silence r\u00e9sign\u00e9, l\u2019autrice lutte jour apr\u00e8s jour pour prouver que sa pathologie n\u2019en fait ni un individu invalide ni une personne incapable de s\u2019exprimer pour elle-m\u00eame<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>. En ce qui nous concerne plus directement, il faut battre en br\u00e8che l\u2019id\u00e9e que le silence cin\u00e9matographique ne pourrait \u00eatre r\u00e9ellement entendu que par un spectateur normo-entendant. C&rsquo;est contre ce parti-pris que je me suis implicitement efforc\u00e9 d&rsquo;\u00e9laborer une tentative d&rsquo;analyse audiovisuelle \u00e0 partir d&rsquo;un corpus cons\u00e9quent et n&rsquo;incluant pas uniquement des films portant, tout ou partie, sur les handicaps auditifs m\u00eame si, durant mon doctorat, j&rsquo;allais en convoquer plusieurs \u2013 notamment pour savoir si la dimension acoustique de la surdit\u00e9 s&rsquo;av\u00e8re (in)communicable. S&rsquo;\u00e9veillait ainsi le d\u00e9sir de m&rsquo;interroger sur la perception des films avant m\u00eame de m&rsquo;y engager de fa\u00e7on plus discursive. Maurice Merleau-Ponty dit d\u2019ailleurs que \u00ab&nbsp;c&rsquo;est par la perception que nous pouvons comprendre la signification du cin\u00e9ma&nbsp;: le film ne se pense pas, il se per\u00e7oit<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quoi qu&rsquo;il en soit, j&rsquo;ai eu affaire \u00e0 un sujet de th\u00e8se dans lequel j&rsquo;\u00e9tais partie prenante mais sans forc\u00e9ment en avoir imm\u00e9diatement conscience. Il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 peu \u00e0 peu que cela n&rsquo;\u00e9tait pas simplement d\u00fb \u00e0 une affinit\u00e9 \u00e9lective ou \u00e0 des go\u00fbts cin\u00e9philiques. Le silence ne se cantonnait pas \u00e0 quelques films dans lesquels j&rsquo;avais rep\u00e9r\u00e9 son insistante pr\u00e9sence, se concr\u00e9tisant cin\u00e9matographiquement par l\u2019effacement de la verbomanie, la d\u00e9faite du dialogue-roi ou le renoncement aux accompagnements musicaux. Depuis toujours, le silence faisait partie de mon quotidien, de mani\u00e8re \u00e0 la fois envahissante et r\u00e9confortante, en une sorte de dichotomie irr\u00e9ductible. D\u00e8s que je d\u00e9sactive ou \u00f4te mon appareil auditif, je me coupe de mon environnement sonore et me retrouve dans un silence privatif \u2013 mais le plus souvent r\u00e9g\u00e9n\u00e9rateur. Mon corps d\u00e9ficient est pris dans l\u2019enjeu m\u00eame si rien ne l\u2019indique au pr\u00e9alable<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Penser la mani\u00e8re dont mon objet de recherche s&rsquo;est imbriqu\u00e9 avec mon propre handicap et dont ma th\u00e8se s&rsquo;est trouv\u00e9e charg\u00e9e d&rsquo;une dimension affective \u00e9l\u00e9mentaire, telle serait la ligne directrice de cet article. Aussi, je proposerai dans un premier temps de revenir sur le rapport fragmentaire mais productif qui me lie aux films, parfois selon des dispositions monomaniaques. En un second mouvement, nous nous focaliserons sur la mani\u00e8re dont le silence de certains films pourtant tr\u00e8s vari\u00e9s m\u2019ont amen\u00e9 \u00e0 des t\u00e2tonnements et \u00e0 des conditions fluctuantes de visionnage. La troisi\u00e8me et derni\u00e8re partie de cette op\u00e9ration introspective tiendra en une r\u00e9flexion sur les \u0153uvres cin\u00e9matographiques qui mettent en avant l&rsquo;exp\u00e9rience subjective d&rsquo;un silence endog\u00e8ne par le biais de personnages atteints de surdit\u00e9 pour voir dans quelle mesure, selon moi, de tels films parviennent \u00e0 transmettre concr\u00e8tement ou non cette d\u00e9faillance auriculaire<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019utilisation du pronom personnel \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb dans mon discours y est de prime importance, non pas par \u00e9gotisme ou narcissisme mais parce que mes inclinations et mes intuitions jouent ici un r\u00f4le majeur. \u00c9tudiant Montaigne, Gis\u00e8le Mathieu-Castellani d\u00e9gage cinq fonctions discursives du \u00ab je \u00bb : 1) Le \u00ab je \u00bb renvoyant au sujet anonyme de l&rsquo;observation (\u00e9quivalent au nous) ; 2) le \u00ab je \u00bb renvoyant au sujet du discours d&rsquo;exp\u00e9rience qui vient \u00e0 l&rsquo;appui d&rsquo;une d\u00e9monstration (exemple personnel venant corroborer les exemples \u00e9trangers) ; 3) le \u00ab je \u00bb renvoyant au sujet du discours personnel du commentaire (position critique et r\u00e9flexive) ; 4) le \u00ab je \u00bb renvoyant au sujet observateur et au sujet observ\u00e9 ; 5) le \u00ab je \u00bb renvoyant au sujet : le \u00ab je \u00bb fondant l&rsquo;expression du sujet en son rapport au corps propre<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>. Occupant \u00e0 la fois la place de l\u2019observateur et de l\u2019observ\u00e9, du sujet et de l\u2019objet, du d\u00e9montrant et de l\u2019exemplifiant, je tends \u00e0 faire fusionner toutes ces cat\u00e9gories dans le pr\u00e9sent texte en me questionnant en tant que corps r\u00e9cepteur dont la condition distinctive n\u00e9cessite de ma part une adaptation de tous les instants.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-d8d23621ea35b77b6315441d4b0b457b\" style=\"font-size:20px\"><strong>Une pratique cin\u00e9-maniaque<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon rapport au cin\u00e9ma en tant qu\u2019art et rite spectatoriel (d\u00e9signant ici ce qui est propre \u00e0 la condition d\u2019un spectateur) peut tenir, je l\u2019avoue sans mal, de l\u2019ordre de l\u2019obsession<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>. On aurait pu croire que le cin\u00e9ma devait m\u2019\u00eatre \u00e9tranger car je serais en inad\u00e9quation avec lui \u00e0 cause de ma surdit\u00e9 ; il ne m\u2019aurait r\u00e9serv\u00e9 qu\u2019un accueil dubitatif et m\u2019inciterait presque \u00e0 ressentir ce d\u00e9phasage. Mais ma d\u00e9faillance auditive m\u2019avait d\u2019embl\u00e9e rejet\u00e9 sur le terrain de l\u2019oculaire et l\u2019objet cin\u00e9matographique devenait logiquement l\u2019instrument de vision privil\u00e9gi\u00e9. Depuis toujours, les films \u2013 en tant qu\u2019images-en-mouvement et \u00e9v\u00e9nements lumineux \u2013 exercent une app\u00e9tence sans pareil sur ma personne. L\u2019\u00e9cran large enclenche en moi un pouvoir hypnotique<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>. La salle obscure reste une aire-refuge m\u00eame si elle a aussi \u00e9t\u00e9, durant une p\u00e9riode, un lieu oppressant o\u00f9 je ne pouvais plus rester \u00e0 cause d\u2019une passag\u00e8re phobie sociale. Cette relation \u00e9quivoque a pu s\u2019av\u00e9rer de l\u2019ordre d\u2019une conduite parfois maladive : me rendre \u00e0 3 s\u00e9ances quotidiennes, tenter de voir divers films (\u0153uvres d\u2019art-et-essai, <em>blockbusters<\/em>, s\u00e9ries B de genre ou reprises de classiques) sans que je ne sache plus si c\u2019est, comme le d\u00e9finit \u00c9lie Castiel, de la cin\u00e9phagie (art de consommer le plus de films sur un temps d\u00e9termin\u00e9 en un acte de d\u00e9votion) ou de la cin\u00e9philie (d\u00e9couverte, connaissance, int\u00e9r\u00eat pour l\u2019histoire du cin\u00e9ma)<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>. Enfonc\u00e9 dans mon fauteuil, je me sens l\u2019\u00e9gal des autres. Je n\u2019ai nullement besoin de communiquer ou d\u2019interagir. Je reste en silence et j\u2019attends\/entends de mes voisins qu\u2019ils fassent de m\u00eame par accord tacite. Mon oreille doit rester aux aguets devant les films diffus\u00e9s mais le fait de les voir en version originale sous-titr\u00e9e ou en version fran\u00e7aise pour sourds-et-malentendants m\u2019enl\u00e8ve une lourde \u00e9pine du pied&nbsp;: je n\u2019ai pas \u00e0 porter toute mon attention sur la captation des dialogues ni sur leur reconstitution \u00e0 partir des seuls phon\u00e8mes que j\u2019aurais r\u00e9ussi \u00e0 saisir. Cette aide scripturale me soulage grandement m\u00eame si elle vaut aussi pour les autres spectateurs adeptes de la VO. Si j\u2019ai un doute sur une r\u00e9plique que j\u2019aurais mal assimil\u00e9, \u00e0 cause d\u2019un d\u00e9faut d\u2019articulation de l\u2019acteur, d\u2019un mixage d\u00e9faillant en postproduction ou tout simplement du fait de ma malentendance, il m\u2019arrive de passer par une tierce-personne dite \u00ab&nbsp;bien-\u00e9coutante&nbsp;\u00bb pour savoir ce qu\u2019elle per\u00e7oit et, \u00e9ventuellement, me le traduire. Il ne s\u2019agit pas de rectifier ou de corriger mon audiovisionnage du film mais de relever des points de comparaison entre ce que j\u2019en re\u00e7ois et ce qu\u2019un individu \u00ab&nbsp;valide&nbsp;\u00bb est cens\u00e9 appr\u00e9hender.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai curieusement tendance \u00e0 me positionner sur le flanc droit de la salle afin d\u2019avoir une acoustique assez \u00e9tendue, ce qui peut para\u00eetre contre-intuitif&nbsp;: je devrais choisir plut\u00f4t les rang\u00e9es sur la gauche face \u00e0 l\u2019\u00e9cran, l\u00e0 o\u00f9 mon oreille appareill\u00e9e pourrait \u00eatre plus proche des enceintes de diffusion<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>. Ce positionnement inattendu me permet aussi d\u2019appr\u00e9cier la spatialit\u00e9 sonore de la salle&nbsp;: la circulation du flux venant du film et les \u00e9ventuels bruits extra-filmiques (grignotages, bavardages, grincements de si\u00e8ges), m\u00eame s\u2019il va sans dire que ma d\u00e9ficience auditive pourrait bien m\u2019emp\u00eacher d\u2019en percevoir un certain nombre. Se d\u00e9veloppe alors un regain d&rsquo;attention visuelle par rapport au contenu des images projet\u00e9es&nbsp;: visages (regards, expressions faciales, mouvements maxillaires) et corps (silhouettes, postures et d\u00e9placements)&nbsp;; objets (dimensions, formes, usages) et gestes (vitesse, amplitude, pr\u00e9cision)&nbsp;; \u00e9clairages (couleurs, nuances) et espaces (profondeur, contenu des lieux)&nbsp;; cadrages (\u00e9chelles, variation) et mouvements (fr\u00e9quence, complexit\u00e9) sans oublier les op\u00e9rations de montage. Quand j\u2019\u00e9tudie plus pr\u00e9cis\u00e9ment un film, mon <em>ekphrasis<\/em> a sa part subjective car cette traduction de d\u00e9tails figuratifs r\u00e9v\u00e8le, que je le veuille ou non, ma propre r\u00e9ceptivit\u00e9. S\u2019y jouent en effet mon sens de l\u2019observation \u2013 pas plus efficace ou plus performant que pour quelqu\u2019un autre, simplement diff\u00e9rentiel \u2013 et ma sensibilit\u00e9 audiovisuelle \u2013 qui a aussi ses propres limites. Mes id\u00e9es peuvent vite se disperser en tous sens l\u00e0 o\u00f9 je me dois de revenir au film comme r\u00e9f\u00e9rent premier, \u00e0 ce qu\u2019il me dit mais aussi aux effets sensibles qu\u2019il enclenche chez moi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On se demande souvent si le handicap auditif peut \u00eatre v\u00e9ritablement compens\u00e9 au cin\u00e9ma. La r\u00e9ponse variera entre les sourds profonds qui parviennent \u00e0 anticiper, \u00e0 deviner ou \u00e0 sp\u00e9culer \u00e0 partir des seules donn\u00e9es visuelles et d\u2019autres sourds qui estiment que l\u2019absence de sous-titrage adapt\u00e9 cr\u00e9e un rapport d\u00e9ficitaire. Pour ma part, je pense que la relation au film n\u2019est jamais fauss\u00e9e, simplement d\u00e9plac\u00e9e par rapport aux mod\u00e8les canoniques. Il n\u2019y a pas de spectateur ordinaire au cin\u00e9ma \u2013 ou alors il n\u2019y a que des spectateurs ordinaires<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>. Faut-il avoir r\u00e9ellement compris le contenu d\u2019un film pour non seulement l\u2019appr\u00e9cier \u00e0 sa juste valeur mais plus encore pour \u00eatre en mesure d\u2019en tirer des assertions critiques ou une ex\u00e9g\u00e8se pertinente ? \u00c0 mon sens, \u00e9videmment que non. Il n\u2019y a de toute fa\u00e7on pas de politique univoque de r\u00e9ception mais, au contraire, un gigantesque faisceau d\u2019impressions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un ouvrage percutant du philosophe et universitaire am\u00e9ricain Steven Shaviro insiste tr\u00e8s longuement sur les r\u00e9actions visc\u00e9rales et organiques produites par le cin\u00e9ma sur sa personne<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>. Shaviro pr\u00e9cise que les sons comme les images tendent selon lui vers la condition de traces non signifiantes et r\u00e9fractaires \u00e0 l&rsquo;ordre dominant de la compr\u00e9hension discursive<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>. En tant que spectateur souffrant de troubles de l&rsquo;attention, lui-m\u00eame se laisse affecter par les continuit\u00e9s et les coupures, les mouvements et les arr\u00eats, les gradations de couleur et de luminosit\u00e9, sans chercher \u00e0 tout contr\u00f4ler. Le cin\u00e9ma le met compulsivement et convulsivement face \u00e0 une alt\u00e9rit\u00e9 qui stimule son propre corps, dans une interaction imm\u00e9diate et non conceptualisable<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>. Shaviro met en avant le fait qu\u2019il n\u2019est pas en mesure d\u2019\u00e9tablir une vision synoptique du film qu\u2019il regarde<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>. Or, toute la difficult\u00e9 pour moi se tient dans la capacit\u00e9 attentionnelle, r\u00e9guli\u00e8rement sujette \u00e0 des intermittences. Il faut bien admettre que l\u2019effort de contention se dilue plus ou moins vite selon les spectateurs mais, en ce qui me concerne, peut se rel\u00e2cher par frustration si jamais j\u2019ai le sentiment d\u2019\u00eatre pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une information sonore pourtant essentielle. Parfois, cette insatisfaction provoque inversement la volont\u00e9 de d\u00e9passer le suppos\u00e9 obstacle du handicap. Mais c\u2019est aussi l\u00e0 que r\u00e9side un v\u00e9ritable danger&nbsp;: m\u2019\u00e9parpiller dans des consid\u00e9rations d\u00e9cousues et parfois vaines \u00e0 propos du film, croyant ainsi pouvoir me le r\u00e9approprier. D\u2019o\u00f9 le fait que chercher \u00e0 compenser \u00e0 tout prix ma surdit\u00e9 face \u00e0 une \u0153uvre filmique, susceptible de me mettre en d\u00e9faut, n\u2019a rien d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9. Je dois accepter la liaison bancale qui me rattache au cin\u00e9ma. Mais de cet accord imparfait na\u00eet une forme de connivence empathique&nbsp;: je prends la mesure de mes propres insuffisances face au film. Celui-ci m\u2019adopte tel que je suis. Il m\u2019invite \u00e0 le penser malgr\u00e9 ou avec le caract\u00e8re lacunaire de mes observations<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>. Et ma cin\u00e9manie s\u2019exacerbe quand elle vient justement \u00e0 rencontrer le silence.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-1765d730fffdce0f86560d88a2fcb582\" style=\"font-size:20px\"><strong>Comment le son du silence cin\u00e9matographique m\u2019affecte<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sourds et entendants se retrouvent sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9 face \u00e0 aux films totalement <em>a-sonores<\/em> : certaines \u0153uvres exp\u00e9rimentales de Stan Brakhage ou de Paolo Gioli, le cin\u00e9ma muet de la premi\u00e8re heure depuis les Fr\u00e8res Lumi\u00e8re et Georges M\u00e9li\u00e8s jusqu\u2019\u00e0 celui d\u2019Erich Von Stroheim ou les captations avant-gardistes d\u2019Andy Warhol. C\u2019est quand le silence advient dans des \u0153uvres initialement sonoris\u00e9es qu\u2019il devient davantage plausible de le confronter \u00e0 la malentendance. Lorsque surgissent, soudainement ou progressivement, des silences \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de films putativement parlants, mon degr\u00e9 d\u2019attention se hisse toujours \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur. Je vois dans ces am\u00e9nagements sonores et dans leurs retomb\u00e9es visuelles une forme de \u00ab&nbsp;M\u00eame&nbsp;\u00bb l\u00e0 o\u00f9 ils pourraient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s par d\u2019autres comme des \u00e9tranget\u00e9s audiovisuelles<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>. De tels moments renvoient \u00e0 une certaine r\u00e9alit\u00e9 (psycho)acoustique qui est la mienne. Mais insistons sur le fait qu\u2019au cin\u00e9ma comme dans le r\u00e9el, le silence s\u2019entend, invite \u00e0 \u00e9couter de mani\u00e8re approfondie et permet aussi d\u2019ou\u00efr tout ce qui pourrait l\u2019exc\u00e9der. M\u00eame sans vouloir refaire une typologie du silence cin\u00e9matographique, signalons qu\u2019il se manifeste sous plusieurs apparences&nbsp;: films tourn\u00e9s sans piste audio, s\u00e9quences d\u00e9pourvues de son ou instants consid\u00e9rablement calmes, si bien qu\u2019on devrait en parler sous sa forme plurielle. En effet, \u00e0 titre d\u2019exemples, il y a des silences formels comme celui dans <em>Bande \u00e0 Part<\/em> (Jean-Luc Godard, 1964), des silences absolus dans certaines s\u00e9quences de <em>2001, l\u2019Odyss\u00e9e de l\u2019Espace<\/em> (Stanley Kubrick, 1968), des silences anormaux tout au long d\u2019<em>En D\u00e9calage <\/em>(Juanjo Gim\u00e9nez Pe\u00f1a, 2021), des silences l\u00e9g\u00e8rement nuanc\u00e9s au sein de <em>No Country for Old Men<\/em> (Ethan et Joel Coen, 2007), des silences davantage occup\u00e9s comme le montre l\u2019ouverture d\u2019<em>Il \u00e9tait une fois dans l\u2019Ouest <\/em>(Sergio Leone, 1968) et des silences plus largement ritualis\u00e9s chez Andre\u00ef Tarkovski ou Theo Angelopoulos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9laborer mon corpus de th\u00e8se, j\u2019avais des souvenirs tr\u00e8s pr\u00e9cis de certains extraits de films o\u00f9 le silence joue un r\u00f4le fondamental sur le plan sc\u00e9nographique. D\u2019autres \u0153uvres, recommand\u00e9es par mon entourage, sont venues \u00e0 moi durant mon travail de recherche. Quelques films m\u2019ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des passages silencieux que je n\u2019avais absolument pas anticip\u00e9s et ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 ma r\u00e9flexion de fond. La somme de ces objets tr\u00e8s disparates, comprenant aussi bien Marguerite Duras, Jean-Pierre Melville, Sharunas Bartas, Jacques Audiard que Tsa\u00ef Ming-liang, m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 des bifurcations m\u00e9thodologiques. Avant m\u00eame de trouver des liens entre eux et d\u2019en dynamiser la pens\u00e9e, je me suis demand\u00e9 comment parvenir \u00e0 les examiner en tant que <em>disabled person<\/em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;pour produire un discours investi, m\u00eame sans intentionnalit\u00e9, par un <em>disabled&nbsp;gaze<\/em>, voire plus pr\u00e9cis\u00e9ment par un point de vue sourd. Mal entendre permet-il de mieux \u00e9couter ou de forcer d&rsquo;autant plus l&rsquo;\u00e9coute, selon la formule de l&rsquo;ing\u00e9nieur du son Daniel Deshays<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\"><sup>[26]<\/sup><\/a> ? \u00catre habitu\u00e9 \u00e0 vivre en large partie dans le silence ne me permettrait-il pas d\u2019\u00eatre plus \u00e0 m\u00eame d\u2019en rep\u00e9rer les r\u00e9surgences au sein des films&nbsp;? De plus, j\u2019ai parfois eu affaire \u00e0 des \u0153uvres volontairement absconses, telles que <em>L\u2019Ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Marienbad <\/em>(Alain Resnais, 1961),&nbsp;<em>Few of us <\/em>(Sharunas Bartas, 1995)&nbsp;ou <em>Ossos <\/em>(Pedro Costa, 1997), et dont le sens profond m\u2019\u00e9chappe quelle que soit la bonne volont\u00e9 que je peux y mettre. II y a des silences qui ne peuvent pas faire l\u2019objet de la moindre interpr\u00e9tation tangible ; d\u00e9semparant leurs spectateurs, qu\u2019ils soient \u00ab&nbsp;valides&nbsp;\u00bb ou en situation de handicap, ils couvrent des myst\u00e8res ne pouvant \u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9couvrir tous ces films de prime abord (en salles si l\u2019occasion se pr\u00e9sentait, sinon \u00e0 mon domicile) sans rien attendre de pr\u00e9cis, ne m\u2019autorisant pas la moindre interruption et ne prenant aucune note, aura constitu\u00e9 une premi\u00e8re \u00e9tape. Les visionnages suivants se sont engag\u00e9s avec des consignes volontairement impos\u00e9es de fa\u00e7on \u00e0 \u00e9prouver mes capacit\u00e9s de discernement et \u00e0 s\u00e9parer le visuel du sonore pour mieux les r\u00e9unir apr\u00e8s. Ainsi, revoir ces films en lecture muette, sans leur bande sonore, s\u2019est av\u00e9r\u00e9 un exercice tr\u00e8s productif. Les revisiter par l\u2019op\u00e9ration inverse, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9pourvus de leur flux imagier, a \u00e9t\u00e9 assez d\u00e9stabilisant, pas toujours aussi f\u00e9cond que pr\u00e9vu, et parfois \u00e9court\u00e9. Une \u00e9vidence se rappelait \u00e0 l\u2019ordre&nbsp;: une tr\u00e8s large majorit\u00e9 de films appartenant au cin\u00e9ma narratif-repr\u00e9sentatif, m\u00eame sans \u00eatre fonci\u00e8rement <em>mainstream<\/em>, restent tributaires du visuel. Regarder les yeux ferm\u00e9s, c\u2019est n\u00e9anmoins ce vers quoi tend Duras, dont une partie de l\u2019\u0153uvre filmographique (surtout <em>India Song<\/em>, 1975, et <em>Son nom de Venise dans Calcutta D\u00e9sert<\/em>, 1976) a occup\u00e9 une place-charni\u00e8re dans ma th\u00e8se<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\"><sup>[27]<\/sup><\/a>. Difficile toutefois pour moi, en tant que sourd, de faire l\u2019exp\u00e9rience du cin\u00e9ma en aveugle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une autre probl\u00e9matique se dessinait \u00e0 l\u2019aune de tels contacts rapproch\u00e9s avec certaines \u0153uvres cin\u00e9matographiques d\u00e9licates \u00e0 expertiser&nbsp;: comment int\u00e9grer ma malentendance dans le travail de d\u00e9corticage&nbsp;? Je n\u2019ai pas voulu que ma d\u00e9faillance auditive apparaisse ni comme un obstacle ni comme un don, mais en tant que sp\u00e9cificit\u00e9. Par la nature m\u00eame de mon audition, je n\u2019entends les films qu\u2019en piste mono. L\u2019appareil auditif sur mon oreille gauche peut filtrer quelques sons, privil\u00e9gier les fr\u00e9quences voco-compatibles, \u00e9toffer certains bruits ou en amoindrir d\u2019autres. II proc\u00e8de automatiquement par recrutement s\u00e9lectif et par amplification. Mais quand je souhaite me tenir au plus pr\u00e8s d\u2019un film pour mieux le sonder, le regardant plan par plan depuis mon ordinateur ou mon t\u00e9l\u00e9viseur, je passe par la fonction Bluetooth dont b\u00e9n\u00e9ficie mon aide technique et qui offre les m\u00eames avantages qu\u2019un traditionnel casque audio ou que des \u00e9couteurs. Gr\u00e2ce \u00e0 cette modalit\u00e9, la piste audio du film se transmet directement \u00e0 mon oreille par le biais de ma proth\u00e8se et non par les baffles de l\u2019\u00e9quipement d\u2019audiovisionnage. Le micro externe de l\u2019appareil auditif se d\u00e9sactive alors, m\u2019isolant de l\u2019environnement sonore imm\u00e9diat \u2013 rendu silencieux \u2013 et renfor\u00e7ant la connexion directe au film regard\u00e9. Telle configuration cr\u00e9e un effet encore plus immersif et me place dans une capsule auditive d\u2019o\u00f9 rien, en dehors du flux filmique, ne ressort. La distance entre la source d\u2019\u00e9mission et le foyer d\u2019\u00e9coute s\u2019en trouve supprim\u00e9e. L\u2019effet de r\u00e9verb\u00e9ration, m\u00eame minime, est compl\u00e8tement \u00e9limin\u00e9. \u00c0 partir de l\u00e0 commence l\u2019exploration approfondie des \u00e9l\u00e9ments sonores sous couvert de silence souvent relatif. Malgr\u00e9 leur caract\u00e8re parfois imperceptible, ces \u00e9l\u00e9ments m&rsquo;interpellent directement. La plupart de ces silences r\u00e9v\u00e8lent des r\u00e9sidus sonores, des d\u00e9p\u00f4ts qui persistent, insistent et deviennent exclusifs. \u00c9quip\u00e9 de mon appareil auditif, il me faut les guetter, les traquer et les circonscrire. Que ce soit un clapotis r\u00e9gulier de gouttes d\u2019eau, un l\u00e9ger grincement de branche d\u2019arbre, le bourdonnement persistant d\u2019une mouche, un claquement de pas r\u00e9sonnant sur un parquet, un sourd reflux de vague ou un lointain \u00e9clat de voix, je cherche \u00e0 m\u2019approprier de tels bruits car ils participent logiquement \u00e0 la construction signifiante de ces instants cin\u00e9matographiques o\u00f9 presque tout semble se taire. Et c\u2019est parce que je crains de n\u00e9gliger un bruit inh\u00e9rent au film que je vais forcer d\u2019autant plus l\u2019\u00e9coute.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une question se pose \u00e9galement : serait-il possible de voir ces films de fa\u00e7on sourde, sans mes aides techniques<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\"><sup>[28]<\/sup><\/a> ? Malgr\u00e9 son caract\u00e8re d\u00e9ceptif, la r\u00e9ponse est non, moins par dogmatisme que par volont\u00e9 de rester fid\u00e8le \u00e0 ma condition usuelle de spectateur sollicitant une technologie en tant qu\u2019appui. Certes, je garde un souvenir tr\u00e8s fort d\u2019une projection de <em>Stalker<\/em> (Andre\u00ef Tarkovski, 1979) que je d\u00e9couvris pour la premi\u00e8re fois dans une salle parisienne et durant la projection duquel mon appareil auditif tomba en panne, faute de pile. Plut\u00f4t que de quitter la s\u00e9ance pour aller acheter des rechanges en pharmacie, j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 rester et continuer de regarder le film en assumant ma posture totalement d\u00e9savantageuse. Tr\u00e8s curieusement, le silence de mon \u00e9coute s\u2019alliait \u00e0 plusieurs reprises au silence \u00e9th\u00e9r\u00e9 de cette Zone \u2013 \u00e9trange territoire g\u00e9ographique totalement d\u00e9sert\u00e9 depuis plusieurs d\u00e9cennies comme expliqu\u00e9 au d\u00e9but du film \u2013 dans laquelle les personnages principaux s\u2019aventurent. Cette co\u00efncidence entre ma subjectivit\u00e9 et l\u2019univers di\u00e9g\u00e9tique m\u2019a conduit \u00e0 revenir par la suite sur cette m\u00eame Zone et, aid\u00e9 de mon appareil auditif, \u00e0 l\u2019analyser. Mais en dehors de ce cas tr\u00e8s pr\u00e9cis, je n\u2019ai jamais cherch\u00e9 \u00e0 faire interf\u00e9rer ma mutilation personnelle et un film quelconque. J\u2019en viens alors \u00e0 une derni\u00e8re grande interrogation&nbsp;: qu\u2019en est-il pour les \u0153uvres qui mettent en sc\u00e8ne des protagonistes portant un handicap similaire au mien&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-a9ebdcd6bc845f6616aa1bfee7ecd3fb\" style=\"font-size:20px\"><strong>Se solidariser des h\u00e9ros sourds<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsqu\u2019appara\u00eet \u00e0 l\u2019\u00e9cran un personnage vivant une surdit\u00e9 plus ou moins marqu\u00e9e, il est \u00e9vident que je m\u2019y identifie de prime abord. Loin d\u2019\u00e9prouver une quelconque \u00ab&nbsp;panique sourde<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\"><sup>[29]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb ou de ressentir un \u00ab&nbsp;malaise primordial<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\"><sup>[30]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb, je me reconnais <em>de facto<\/em> dans les situations inconfortables qu\u2019il subit ou me solidarise des humiliantes exp\u00e9riences sociales qu\u2019il affronte. Il faut n\u00e9anmoins que les films concern\u00e9s soient habit\u00e9s par un <em>deaf gaze<\/em> au sens o\u00f9 l\u2019entend Barbara Foug\u00e8re&nbsp;:&nbsp;d\u2019un point de vue narratif, le personnage doit s\u2019identifier en tant que sourd, l\u2019histoire doit \u00eatre racont\u00e9e de son point de vue et remettre en question l\u2019ordre audiste. D\u2019autre part, sur le plan formel, le spectateur doit ressentir l\u2019exp\u00e9rience de la surdit\u00e9 ; le plaisir procur\u00e9 ne saurait \u00eatre li\u00e9 \u00e0 l\u2019objectification de la personne<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\"><sup>[31]<\/sup><\/a>. Ainsi, le processus d\u2019identification avec le personnage principal d\u2019un drame policier comme <em>Copland<\/em> (James Mangold, 1997) va de soi pour moi&nbsp;: interpr\u00e9t\u00e9 par Sylvester Stallone, ce sh\u00e9rif d\u2019une ville du New Jersey est atteint d\u2019une cophose lat\u00e9rale et porte difficilement son handicap. Comme toute personne qui n&rsquo;entend que d\u2019une seule oreille, il est toujours oblig\u00e9 de tourner celle intacte vers ses interlocuteurs, leur fait r\u00e9p\u00e9ter les phrases qu\u2019il n\u2019aurait pas entendues ou se penche spontan\u00e9ment en avant vers eux<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\"><sup>[32]<\/sup><\/a>. Face \u00e0 de nombreux coll\u00e8gues souvent m\u00e9prisants \u00e0 son \u00e9gard, il se retrouve en situation d\u2019inf\u00e9riorisation. Le climax, dans lequel le sh\u00e9rif se fait violemment agresser, perdant du m\u00eame coup le reste de son ou\u00efe, laisse place \u00e0 une immersion sonore et \u00e0 un jeu audiovisuel sur la pure sensation o\u00f9 les bruits deviennent ouat\u00e9s. La souffrance physique occasionn\u00e9e et le d\u00e9s\u00e9quilibrage sensoriel d\u00e9clenchent chez le h\u00e9ros un \u00e9tat d\u2019alerte. C&rsquo;est quand il est rendu compl\u00e8tement sourd et jet\u00e9 dans un rapport d\u00e9natur\u00e9 au monde que cet homme rena\u00eet de lui-m\u00eame et se dote d&rsquo;une r\u00e9activit\u00e9 essentielle. \u00c0 cet instant pr\u00e9cis, la mise en sc\u00e8ne du film permet de faire aboutir la cr\u00e9ation d&rsquo;un corps ultra-sensible, pris dans la difficult\u00e9 d&rsquo;\u00eatre-au-monde et dans la n\u00e9cessit\u00e9 de faire n\u00e9anmoins face \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat des choses malgr\u00e9 sa d\u00e9ficience. \u00c0 chaque fois que je revois le film, ce silence soudain et impos\u00e9 au h\u00e9ros dans les dix derni\u00e8res minutes suscite une violente \u00e9motion en mon for int\u00e9rieur car j\u2019y retrouve un savoir empirique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le film de Jacques Audiard intitul\u00e9 <em>Sur mes l\u00e8vres<\/em> et sorti en 2000 me semble lui aussi \u00e0 la fois particuli\u00e8rement r\u00e9aliste et fid\u00e8le \u00e0 la condition sourde de son h\u00e9ro\u00efne, Carla, jou\u00e9e par Emmanuelle Devos. Ses appareils auditifs tiennent le r\u00f4le de liants entre le r\u00e9el sonore et son int\u00e9riorit\u00e9 psycho-perceptive. Je serai plus r\u00e9serv\u00e9 sur la cr\u00e9dibilit\u00e9 de ses capacit\u00e9s ph\u00e9nom\u00e9nales de lecture labiale&nbsp;; mais peu importe car <em>Sur mes l\u00e8vres<\/em> inclut efficacement de nombreux d\u00e9tails sur les aides techniques acoustiques. Des sifflements de type Larsen ou des environnements trop charg\u00e9s sur le plan d\u00e9cib\u00e9lique en constituent aussi les habituels effets secondaires. Carla est devenue compl\u00e8tement d\u00e9pendante de son appareillage pour pouvoir entendre d\u2019elle-m\u00eame mais retire r\u00e9guli\u00e8rement ses proth\u00e8ses afin de se m\u00e9nager des silences apaisants, notamment quand elle se rend aux toilettes ou rentre chez elle en fin de journ\u00e9e. De tels moments d\u00e9-sonoris\u00e9s sont indispensables \u00e0 toute personne malentendante car ils permettent de mettre au repos son activit\u00e9 auditive pour mieux la renouveler le lendemain. Le personnage de <em>Sur mes&nbsp;l\u00e8vres<\/em> s\u2019auto-prescrit du silence et en tire des aspects b\u00e9n\u00e9ficiaires<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\"><sup>[33]<\/sup><\/a>. Il n\u2019en va pas de m\u00eame pour Rubens, le batteur de rock destroy dans <em>Sound of Metal <\/em>(Darius Marder, 2019). Contrairement \u00e0 celui de Jacques Audiard o\u00f9 la surdit\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 install\u00e9e, ce film ind\u00e9pendant am\u00e9ricain nous en montre la douloureuse \u00e9mergence chez un adulte auparavant normo-entendant. La privation acoustique dans laquelle Rubens glisse inexorablement est angoissante et tout bonnement handicapante. Ce n&rsquo;est que lors de l\u2019ultime s\u00e9quence que ce personnage d\u00e9couvre enfin les possibilit\u00e9s que lui offre cette \u00e9coute du silence, et peut alors \u00eatre rapproch\u00e9 de Carla, en ce sens qu\u2019il commence \u00e0 reconstruire sa connexion au monde sur la base de ce silence originairement clinique et ind\u00e9sirable.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais la consid\u00e9ration que j\u2019aurais spontan\u00e9ment tendance avoir \u00e0 l\u2019\u00e9gard de personnages sourds ou malentendants par le biais du <em>deaf gaze<\/em> peut aussi, revers de la m\u00e9daille, d\u00e9boucher sur une posture autrement plus critique concernant la plausibilit\u00e9 de certains traits formels : lors d\u2019une s\u00e9quence en bo\u00eete de nuit, le personnage de Chieko dans <em>Babel<\/em> (Alejandro Gonz\u00e1lez I\u00f1\u00e1rritu, 2006), totalement sourde, devrait percevoir <em>a minima<\/em> quelques infrabasses mais le montage mise sur une sorte de n\u00e9ant sonore n\u00e9anmoins assez intuitif&nbsp;; au milieu d\u2019une r\u00e9union professionnelle, Carla, dans <em>Sur mes l\u00e8vres<\/em>, per\u00e7oit presque trop bien les diff\u00e9rentes voix alors qu\u2019elle devrait \u00eatre davantage embarrass\u00e9e par les multiples prises de parole. Toutefois, je n\u2019y vois point de f\u00e2cheuses maladresses&nbsp;: il s\u2019agit simplement d\u2019une tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re d\u00e9formation de la malentendance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 titre de comparaison, le point d\u2019\u00e9coute de protagonistes sourds ne nous est jamais partag\u00e9 ni m\u00eame sugg\u00e9r\u00e9 dans des films o\u00f9 ils tiennent pourtant un r\u00f4le central comme <em>L\u2019\u00c2me-s\u0153ur <\/em>(Fredi M. Murer, 1985), <em>L\u2019\u00c9t\u00e9 de Giacomo<\/em> (Alessandro Comodin, 2012) ou <em>La Famille B\u00e9lier <\/em>(\u00c9ric Lartigau, 2014), \u00e0 notre grand regret. En revanche, dans <em>Sans un bruit <\/em>(John Krasinski, 2018), deux silences se rencontrent, se chevauchent et se lient l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Pour rappel, cette fiction post-apocalyptique nous fait suivre des survivants humains sur une Terre envahie par de redoutables monstres non-voyants mais \u00e0 l\u2019ou\u00efe particuli\u00e8rement d\u00e9velopp\u00e9e. Les individus ne doivent pas y produire le moindre son strident sous peine d&rsquo;attirer leur attention. Leur quotidien repose sur un protocole strict&nbsp;: amoindrir le bruit des d\u00e9placements, calfeutrer le son des objets manipul\u00e9s, avoir le contr\u00f4le absolu sur leurs propres mouvements. \u00c0 ce silence ambiant parfaitement perceptible au d\u00e9but du film et devenu v\u00e9ritable r\u00e9gime de vie s\u2019en ajoute un autre encore plus profond et radical&nbsp;: celui d\u2019une jeune adolescente sourde dont l\u2019implant cochl\u00e9aire n\u2019est d\u2019aucune efficacit\u00e9. Deux plans successifs \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un supermarch\u00e9 laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019abandon font entendre d\u2019abord le calme consid\u00e9rable, quelque peu inqui\u00e9tant, qui enveloppe le lieu et d\u2019o\u00f9 ne se d\u00e9gage qu\u2019une l\u00e9g\u00e8re brise. De ce premier plan montrant les \u00e9talages \u00e9vid\u00e9s succ\u00e8de un autre plan rapproch\u00e9 sur la fillette. Il ne reste alors plus rien du silence atmosph\u00e9rique&nbsp;: plus rien \u00e0 entendre, plus rien \u00e0 percevoir. La bande sonore nous immerge purement et simplement dans la cophose du personnage. Un silence entendable, que je n\u2019ai eu cesse de chercher au travers de l\u2019histoire du cin\u00e9ma, et un silence de l\u2019inaudibilit\u00e9, que j\u2019\u00e9prouve \u00e0 titre personnel, viennent former ici une \u00e9tonnante synergie pour mon plus grand plaisir en tant que r\u00e9cepteur sourd. Si G\u00e9rard Bonnefon dit que les personnages handicap\u00e9s qu\u2019on voit \u00e0 l\u2019\u00e9cran interpellent chacun d\u2019entre nous sur ses propres repr\u00e9sentations de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, vue non comme une menace mais comme une possibilit\u00e9 de rencontre avec l\u2019autre<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\"><sup>[34]<\/sup><\/a>, j\u2019ai pour ma part tout loisir d\u2019y \u00e9tablir une possibilit\u00e9 de rencontre avec moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 de <em>Sans un bruit<\/em>, les films cit\u00e9s dans cette troisi\u00e8me sous-partie proposent les uns et les autres une exp\u00e9rimentation passag\u00e8re de la surdit\u00e9 sous une forme filmique plus ou moins bien reconstitu\u00e9e. Ensemble, ils d\u00e9bouchent sur ce que Jacques Ranci\u00e8re appellerait un partage du sensible<a href=\"#_ftn35\" id=\"_ftnref35\"><sup>[35]<\/sup><\/a>, visant entre autres \u00e0 une conscientisation. Au travers du silence qu\u2019elles nous font vivre, ces \u0153uvres, s\u2019adressant \u00e0 un public majoritairement entendant, l\u2019am\u00e8nent \u00e0 concevoir enfin ce que dissimule le handicap auditif&nbsp;: la difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre, les obstacles du quotidien, le sentiment d\u2019une incompl\u00e9tude, la frustration, le d\u00e9nigrement et, pour finir, la r\u00e9alisation de soi en tant que personne handicap\u00e9e. En observant et en \u00e9tudiant ces m\u00eames films, ne serai-je pas en train de d\u00e9doubler leur <em>deaf gaze<\/em>&nbsp;? Je m\u2019identifie en tant que sourd \u00e0 des personnages eux-m\u00eames sourds et tente, tout comme eux, d\u2019\u00e9chapper \u00e0 toute objectification r\u00e9ductrice. C\u2019est l\u00e0 sans doute que mon exp\u00e9rience cin\u00e9matographique atteint son point culminant et trouve tout son sens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En fin de compte, au c\u0153ur de ma relation avec le septi\u00e8me art jaillirait ce que Jennifer Barker formule comme \u00e9tant id\u00e9alement un contact litt\u00e9ral, tangible, physique entre deux corps, celui du film et celui du spectateur, tous deux press\u00e9s l&rsquo;un contre l&rsquo;autre de mani\u00e8re adjacente<a href=\"#_ftn36\" id=\"_ftnref36\"><sup>[36]<\/sup><\/a>. Et pour Vivian Sobchack, le syst\u00e8me commutatif des sens corporels devrait permettre la mobilisation de toutes les modalit\u00e9s sensorielles m\u00eame quand seule l&rsquo;une d&rsquo;elles serait exclusivement convoqu\u00e9e<a href=\"#_ftn37\" id=\"_ftnref37\"><sup>[37]<\/sup><\/a>. Cette interaction tendrait donc vers une tactilit\u00e9 retrouv\u00e9e et une possibilit\u00e9 synesth\u00e9sique, voire une possibilit\u00e9 cinesth\u00e9sique&nbsp;: prenant acte de mon audition d\u00e9faillante, le film peut m\u2019envelopper malgr\u00e9 tout dans son \u00e9paisseur et m\u2019immerger en son sein, glisser en moi et p\u00e9n\u00e9trer tous mes sens, pour finalement laisser une empreinte mn\u00e9monique d\u2019autant plus saisissante qu\u2019elle se lie \u00e0 un contact suppos\u00e9ment biais\u00e9. Les instants de silence cin\u00e9matographique r\u00e9sonnent comme des paroxysmes dans ce proc\u00e9d\u00e9 cinesth\u00e9sique mais me confrontent aussi \u00e0 l\u2019une de mes peurs les plus profondes&nbsp;: l\u2019angoisse de me r\u00e9veiller un matin sans ne plus pouvoir rien entendre et d\u2019\u00eatre alors plong\u00e9 irr\u00e9vocablement dans un silence incurable\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, dans un ultime geste conclusif, je voudrais que nous nous interrogions rapidement sur les cas de figure inverses&nbsp;: ceux o\u00f9 s&rsquo;instaure une po\u00e9tique de la parole au cin\u00e9ma passant par une d\u00e9licate et ardue perception des voix. Cette approche, finalement naturaliste, se retrouve notamment chez des cin\u00e9astes fran\u00e7ais apparent\u00e9s \u00e0 la modernit\u00e9 cin\u00e9matographique. Les \u00ab&nbsp;mod\u00e8les&nbsp;\u00bb de Robert Bresson (comme il aime appeler ses acteurs) s\u2019expriment d\u2019une voix blanche et sous-audible dans <em>Au hasard Balthazar<\/em> (1966) ou dans <em>L\u2019Argent <\/em>(1983). Dani\u00e8le Huillet et Jean-Marie Straub placent parfois leurs com\u00e9diens dans des lieux publics soumis \u00e0 une forte pollution sonore, comme c\u2019est le cas pour <em>Othon <\/em>(1970). Jean-Luc Godard n\u2019att\u00e9nue pas le brouhaha dans les bistros o\u00f9 des personnages tentent de converser au sein de<em> Vivre sa vie <\/em>(1962) ou d\u2019<em>Une femme mari\u00e9e <\/em>(1964). Jacques Tati pour <em>Les Vacances de Monsieur Hulot<\/em> (1953) et Fran\u00e7ois Truffaut avec <em>La Sir\u00e8ne du Mississipi<\/em> (1969) utilisent diff\u00e9rents bruits circonvoisins comme effets de masquage par-dessus les r\u00e9pliques. On peut aussi citer l\u2019exemple plus r\u00e9cent d\u2019Arnaud des Palli\u00e8res dont la voix-<em>off<\/em> dans <em>Disneyland, mon vieux pays natal<\/em> (2001) est \u00e0 la limite de l\u2019intelligibilit\u00e9. Et pour <em>Michael Kohlhaas<\/em> (2013), le m\u00eame cin\u00e9aste fait appel \u00e0 Mads Mikkelsen, acteur danois non francophone, pour jouer le personnage principal, et dont l\u2019accent scandinave tr\u00e8s prononc\u00e9 \u00e9corche volontairement les r\u00e9pliques \u00e9nonc\u00e9es dans la langue de Moli\u00e8re. De tels films placent les spectateurs non-handicap\u00e9s dans une situation reconstitu\u00e9e de malentendance. Ils provoquent alors chez eux des r\u00e9actions similaires (inconfort, d\u00e9rangement, agacement puis renonciation ou intensification) \u00e0 celles des spectateurs sourds et habituellement soumis \u00e0 une exp\u00e9rience cin\u00e9matographique non inclusive. Par ces films, la normo-\u00e9coute se confronte \u00e0 diff\u00e9rentes limites et ses imperfections sont constat\u00e9es. On r\u00e9alise qu\u2019elle a au cin\u00e9ma comme dans la r\u00e9alit\u00e9, des manquements insurmontables. Le cin\u00e9ma peut non seulement t\u00e9moigner de ce qu\u2019est la surdit\u00e9 mais il peut aussi, en fin de compte, r\u00e9v\u00e9ler l\u2019inexistence effective de l\u2019entendance ainsi que la nature v\u00e9ritablement sourde de tout \u00eatre humain.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Fabrice Bertin proc\u00e8de d\u2019une fa\u00e7on assez similaire en s\u2019appuyant sur sa propre surdit\u00e9 pour l\u2019\u00e9laboration de son ouvrage <em>Les Sourds, une minorit\u00e9 invisible<\/em> (Paris, Autrement, 2010) qui croise des perspectives historiques, sociologiques et anthropologiques autour de l\u2019appr\u00e9hension de ce handicap \u00e0 travers les \u00e2ges et de l\u2019\u00e9mancipation progressive de celui-ci puisqu\u2019il s\u2019impose d\u00e9sormais comme v\u00e9ritable construction culturelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Louis Daubresse, <em>Silence(s) dans le cin\u00e9ma contemporain&nbsp;: histoire et esth\u00e9tique<\/em>, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2024.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Sur le principe de l\u2019\u00e9go-histoire, qui consiste initialement pour les historiens \u00e0 \u00e9tudier sous forme historiographique leur propre parcours, je renvoie \u00e0 l\u2019ouvrage dirig\u00e9 par Pierre Nora, <em>Essais d\u2019\u00e9go-histoire<\/em>, Paris, Gallimard, 1987.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Diagnostiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quatre ans, la cause de ma surdit\u00e9 reste ind\u00e9finie. Cette \u00e9nigme concernant la naissance de ce handicap a activ\u00e9 aussi une fascination pour les \u0153uvres cin\u00e9matographiques r\u00e9tro-temporelles qui proposent, par leur montage, de revenir progressivement en arri\u00e8re dans le pass\u00e9 pour d\u00e9couvrir ce qui est \u00e0 la source des d\u00e9nouements dramatiques montr\u00e9s en ouverture (ex&nbsp;: <em>Memento<\/em>, Christopher Nolan, 2000&nbsp;; <em>Peppermint Candy<\/em>, Lee Chang-dong, 2000&nbsp;; <em>Irr\u00e9versible<\/em>, Gaspar No\u00e9, 2002). De m\u00eame, j\u2019\u00e9prouve aussi un attrait tout particulier pour le concept du <em>prequel<\/em>, \u00e0 savoir une suite qui se place \u00e0 une \u00e9poque ant\u00e9rieure \u00e0 celle du pr\u00e9c\u00e9dent volet et interroge les origines des personnages ainsi que l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 causale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Le sociologue fran\u00e7ais Bernard Mottez souligne cette particularit\u00e9 propre aux demi-sourds, audiologiquement sourds, parfois appareill\u00e9s oralisants, mais qui s\u2019av\u00e8rent impossibles \u00e0 classer&nbsp;car bizarres, \u00e9tranges, hybrides. Les entendants et les autres sourds sont mal \u00e0 l\u2019aise face \u00e0 un demi-sourd car ils ne savent pas ce qu\u2019ils peuvent en attendre ni comment se comporter avec lui. Ni tout \u00e0 fait l\u2019un ni tout \u00e0 fait l\u2019autre, n\u2019entendant gu\u00e8re, il ferait mieux pourtant, d\u2019agir strictement en tant que sourd, car on lui refuse socialement le droit d\u2019\u00eatre en m\u00eame temps des deux c\u00f4t\u00e9s du fait de la vision imp\u00e9rieusement dichotomique du monde. Il faut pourtant consid\u00e9rer cette situation comme l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019\u00e9tablir un continuum constructif. Voir Bernard Mottez, <em>Les Sourds existent-ils&nbsp;?<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 2006, p. 81.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Expression utilis\u00e9e par Barbara Foug\u00e8re, pour d\u00e9signer cette majorit\u00e9 d\u2019humains sans incapacit\u00e9s auditives et poss\u00e9dant quelques pr\u00e9somptions en la mati\u00e8re, dans sa th\u00e8se <em>Surdit\u00e9 et cin\u00e9ma&nbsp;: un choc qui fait empreinte<\/em>, dirig\u00e9e par Jos\u00e9 Moure, Universit\u00e9 Paris I \u2013 Panth\u00e9on Sorbonne, soutenue le 22 novembre 2023, p. 194.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> Pr\u00e9cisons tout de suite \u00e0 ce propos que ma surdit\u00e9 bilat\u00e9rale s\u2019av\u00e8re bien davantage marqu\u00e9e \u00e0 droite (perte d\u2019environ 90%, proche de la cophose) qu\u2019\u00e0 gauche (69%). Le seuil d\u2019intelligibilit\u00e9 binaural des sons se place pour moi \u00e0 70 d\u00e9cibels pour les fr\u00e9quences d\u2019environ 125 hertz, consid\u00e9r\u00e9s comme les plus graves dans l\u2019\u00e9chelle de perception pour la plupart des oreilles humaines \u00ab&nbsp;valides&nbsp;\u00bb, et montent \u00e0 95 d\u00e9cibels pour les ultra-aigus de 8000 hertz. L\u2019appareillage auditif dispos\u00e9 sur mon oreille gauche permet de gagner plusieurs dizaines de d\u00e9cibels dans la discrimination des fr\u00e9quences. Mais dans les situations de conversation, le moindre bruit, qu\u2019il soit bref ou prolong\u00e9 (brouhaha dans un restaurant ou flux sonore d\u2019un t\u00e9l\u00e9viseur), neutralise consid\u00e9rablement mes capacit\u00e9s d\u2019\u00e9coute et obstrue la clart\u00e9 des voix.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> La majuscule signale, comme le dit Charles Gaucher, l\u2019existence d\u2019une diff\u00e9rence identitaire et d\u2019un fait ethnolinguistique non r\u00e9ductibles \u00e0 une seule composante biologique. Voir Charles Gaucher, \u00ab&nbsp;Culture sourde&nbsp;\u00bb, dans <em>Anthropen<\/em>, Universit\u00e9 Laval, 2020, URL : <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.47854\/YDLI3710\">https:\/\/doi.org\/10.47854\/YDLI3710<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> No\u00e9mie Aulombard-Arnaud, \u00ab&nbsp;Promenade&nbsp;\u00bb, dans <em>La Nouvelle Revue de l\u2019adaptation et de la scolarisation<\/em>, n\u00b075, 2016, p. 92.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> Loin de moi, n\u00e9anmoins, l\u2019id\u00e9e que les personnes dites \u00ab&nbsp;valides&nbsp;\u00bb n\u2019auraient aucune l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 aborder les \u00ab&nbsp;disability studies&nbsp;\u00bb. Mais on peut regretter le fait que celles en situation de handicap n\u2019aient pas suffisamment voix au chapitre dans ces initiatives comme le pointe Aulombard-Arnaud.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a><sup> <\/sup>Maurice Merleau-Ponty, <em>Le Cin\u00e9ma et la Nouvelle psychologique<\/em>, Folio Plus, 2009 [1945], p. 22.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> En effet, mon handicap est quasiment invisible. Il faut avoir le coup d\u2019\u0153il pour constater la coque de ma proth\u00e8se et le tuyau qui la relie \u00e0 mon conduit auditif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> Comme l\u2019explique Mottez, d\u00e9ficience et handicap font partie d\u2019un m\u00eame ensemble mais doivent se distinguer clairement&nbsp;: la d\u00e9ficience renvoie \u00e0 la dimension physique tandis que le handicap rel\u00e8ve davantage du domaine social. Plusieurs films que j\u2019ai \u00e9tudi\u00e9s communiquent sur ces deux aspects, l\u2019un organique et l\u2019autre syst\u00e9mique. Voir Bernard Mottez, \u00ab&nbsp;\u00c0 s\u2019obstiner contre les d\u00e9ficiences on augmente souvent le handicap&nbsp;: l\u2019exemple des sourds&nbsp;\u00bb (1977), dans <em>Les Sourds existent-ils&nbsp;?<\/em>, <em>op. cit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a> Gis\u00e8le Mathieu-Castellani, <em>Montaigne, r\u00e9criture de l&rsquo;essai<\/em>, Paris, Presses Universitaires de France, 1988, pp. 149-150, cit\u00e9e par Marion Froger dans \u00ab&nbsp;Que sais-je&nbsp;\u00bb, article paru dans un ouvrage dirig\u00e9 par Andr\u00e9 Gardies et Jacques Gerstenkorn, <em>Le \u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9cran&nbsp;: actes du colloque de Cerisy-la-Salle, 14-21 ao\u00fbt 1999<\/em>, Paris, Budapest, Kinshasa, L\u2019Harmattan, 2006, pp. 143-144.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a> Je recommande <em>Cinemania<\/em>, documentaire am\u00e9ricano-allemand d\u2019Angela Christlieb et de Stephen Kijak, sorti en 2002. Le bin\u00f4me de r\u00e9alisateurs suit plusieurs cin\u00e9vores habitant \u00e0 New-York et consacrant toute leur existence \u00e0 la fr\u00e9quentation des salles de cin\u00e9ma, naviguant d\u2019une projection \u00e0 l\u2019autre et tentant ainsi de voir un maximum de films chaque jour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a> Malgr\u00e9 l\u2019\u00e9vidence de ce qu\u2019ils soulignent, les propos suivants de Suzanne Tanner B\u00e9guelin m\u2019apparaissent comme un rappel fondamental de ce qui me lie, de ce qui nous lie, aux films&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le dispositif cin\u00e9matographique, impliquant notre regard et notre subjectivit\u00e9, et le caract\u00e8re imm\u00e9diatement proche, par l&rsquo;image et le son, des lieux ou situations les plus \u00e9loign\u00e9s de notre quotidien, favorisent aussi bien la d\u00e9couverte d&rsquo;univers inconnus que celle de la part secr\u00e8te de nous-m\u00eames. L&rsquo;exp\u00e9rience du cin\u00e9ma, rencontre alchimique entre int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur, est un mode de connaissance.&nbsp;\u00bb Suzanne Tanner B\u00e9guelin, <em>L\u2019Exp\u00e9rience du spectateur du cin\u00e9ma<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 2017, p. 9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne peux que souscrire \u00e9galement \u00e0 l\u2019analyse que fait Francis Vanoye sur les lieux de projection&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u2026 l&rsquo;image (ou le dispositif) cin\u00e9matographique satisfait le spectateur dans et par la suppression de la relation r\u00e9elle \u00e0 autrui ; elle est enveloppe protectrice, valorise et encourage la solitude, la relation \u00e0 un monde imaginaire, soustrait au temps tout en offrant de vivre des intensit\u00e9s \u00e9motionnelles sans risque de passage \u00e0 l&rsquo;acte. Cette illusion d&rsquo;auto-suffisance, cette d\u00e9n\u00e9gation de la perte de l\u2019objet absent peuvent conduire \u00e0 la jubilation, mais aussi au d\u00e9sespoir.&nbsp;\u00bb Francis Vanoye, \u00ab&nbsp;Le narcissique et l\u2019autobiographique&nbsp;\u00bb, dans <em>Le \u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9cran<\/em>, <em>op. cit<\/em>., p. 109.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lire aussi Guillaume Soulez, <em>Quand le film nous parle&nbsp;: rh\u00e9torique, cin\u00e9ma, t\u00e9l\u00e9vision<\/em>, Paris, Presses Universitaires de France, 2011.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a> \u00c9lie Castiel, \u00ab&nbsp;Cin\u00e9phagie ou cin\u00e9philie&nbsp;?&nbsp;\u00bb, <em>S\u00e9quences<\/em>, n\u00b0 286, 2013, p. 1.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\"><sup>[18]<\/sup><\/a> Cela s\u2019explique par mon placement habituel, dans les salles de cours et dans les s\u00e9minaires, face au conf\u00e9rencier. Je m\u2019excentre toujours l\u00e9g\u00e8rement \u00e0 droite pour que la tranche de mon oreille fasse face \u00e0 l\u2019orateur et pour que le micro de mon appareil appr\u00e9hende frontalement les sons vocaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\"><sup>[19]<\/sup><\/a> La formule liminaire de Jean-Louis Schefer caract\u00e9risant son approche&nbsp;vaut finalement pour tout un chacun&nbsp;: \u00ab&nbsp;L&rsquo;homme ordinaire du cin\u00e9ma ne dirait ici que cet inessentiel : le cin\u00e9ma n&rsquo;est pas mon m\u00e9tier. Je vais au cin\u00e9ma pour me distraire mais, par hasard, j&rsquo;y apprends aussi autre chose que ce que le film m&rsquo;enseignera (il ne m&rsquo;enseignera pas que je suis mortel \u2013 il m&rsquo;apprendra peut-\u00eatre une invention du temps, une dilatation des corps et l&rsquo;improbabilit\u00e9 de tout cela : je reste en effet constamment non son lecteur mais son serviteur le plus soumis et son juge) ; j&rsquo;y apprends donc \u00e0 m&rsquo;\u00e9tonner de pouvoir vivre simultan\u00e9ment dans plusieurs mondes. C&rsquo;est donc un \u00eatre sans qualit\u00e9 qui parlerait ici. Je ne veux dire que ceci : je n&rsquo;ai pas qualit\u00e9 pour parler du cin\u00e9ma, sinon par l&rsquo;habitude d&rsquo;y aller souvent. Cette habitude a probablement d\u00fb m&rsquo;apprendre quelque chose ? certes, mais sur quoi ? sur les films, sur moi-m\u00eame, sur l&rsquo;esp\u00e8ce tout enti\u00e8re, sur la m\u00e9moire ?&nbsp;\u00bb Jean-Louis Schefer, <em>L&rsquo;Homme ordinaire du cin\u00e9ma<\/em>, Paris, Cahiers du cin\u00e9ma\/Gallimard,1997 [1990], p. 5.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\"><sup>[20]<\/sup><\/a> Steven Shaviro, <em>The Cinematic Body<\/em>, Minneapolis, Londres, University of Minnesota press, 1993.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\"><sup>[21]<\/sup><\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 34.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\"><sup>[22]<\/sup><\/a> Je condense ici tout ce qu\u2019il d\u00e9veloppe entre les pages 255 et 259 de son livre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\"><sup>[23]<\/sup><\/a> Pour Jessie Martin, quand nous d\u00e9sirons d\u00e9crire un film, il faut pourtant faire la promotion de sa vision synoptique, c&rsquo;est-\u00e0-dire une vision qui a pris de la distance et qui ne travaille plus sur le d\u00e9tail (\u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du plan en tout cas). En s&rsquo;\u00e9loignant, la description se pr\u00e9occupe alors de ce qui se passe et se constitue dans l&rsquo;ordonnance et le processus filmiques, non pas en termes d&rsquo;image et de plan en analysant leur construction, mais en termes de syntaxe. Jessie Martin, <em>D\u00e9crire le film de cin\u00e9ma<\/em>, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2011, p. 84.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\"><sup>[24]<\/sup><\/a> R\u00e9sonnent alors en moi les mots de C\u00e9cile Merrer-Chakir, dans son texte po\u00e9tiquement intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Transformer ma mal-entendance en bien-\u00e9coutance&nbsp;\u00bb, paru dans la revue <em>Gestalt<\/em>, vol. 54, n\u00b01, 2020, pp. 57-59. S\u2019adressant \u00e0 elle-m\u00eame, Merrer-Chakir souhaite pouvoir ferrailler avec sa contrainte de perfection et se d\u00e9partir des introjets&nbsp;du type \u00ab&nbsp;Il faut tout entendre&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Il faut tout comprendre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\"><sup>[25]<\/sup><\/a> Mathias Lavin \u00e9tablit que \u00ab&nbsp;si on pense que la parole implique une relation \u00e0 une alt\u00e9rit\u00e9 (proche ou lointaine), qui implique la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9ponse (m\u00eame si elle ne vient pas forc\u00e9ment, ou pas de fa\u00e7on imm\u00e9diate) et donc une n\u00e9cessaire temporalisation, on comprend que le silence lui est consubstantiel. La surdit\u00e9 permet d\u2019insister d\u2019embl\u00e9e sur cet aspect crucial en exposant pour ainsi dire la dimension structurante du silence dans toute situation de parole.&nbsp;\u00bb Mathias Lavin, <em>Puissances de la parole&nbsp;: \u00e0 l\u2019\u00e9coute des films<\/em>, Milan, Paris, Mim\u00e9sis, 2021, p. 31. Cette citation me permet de pointer la mani\u00e8re dont le silence soulage la parole, m\u00e9nageant ainsi l\u2019\u00e9coute, et dont la surdit\u00e9 exhibe l\u2019usage n\u00e9cessaire du silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\"><sup>[26]<\/sup><\/a> Deshays explique que \u00ab&nbsp;forcer l&rsquo;\u00e9coute, c&rsquo;est engager une exp\u00e9rience forte de distinction et\/ou de d\u00e9signation durant la projection m\u00eame, pour faire appara\u00eetre ce qui glisse ordinairement en toute inconscience et dispara\u00eet dans l&rsquo;effet de fusion du synchronisme au profit du film tout entier. \u2018Forcer l&rsquo;\u00e9coute\u2019 est n\u00e9cessaire pour produire une simple analyse du son et surtout pour se placer au lieu d&rsquo;observation de l&rsquo;\u00e9criture filmique. Car, non seulement chacun doit engager une d\u00e9marche volontaire pour le faire appara\u00eetre \u00e0 lui-m\u00eame, mais plus encore, il faut rafra\u00eechir incessamment cette conscience d&rsquo;\u00e9coute, la maintenir vivante tout au long de la projection car l&rsquo;effet de fusion tend \u00e0 nous ramener vers une attention globale \u00e0 la sc\u00e8ne plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 une lecture dissoci\u00e9e.&nbsp;\u00bb Daniel Deshays, <em>Entendre le cin\u00e9ma<\/em>, Paris, Klincksieck, 2010, p. 48.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\"><sup>[27]<\/sup><\/a> M\u00eame les films conceptualisant l\u2019\u00e9cran noir \u2013 et refusant radicalement le r\u00e9gime des images \u2013 finissent toujours pas y revenir, que ce soit la m\u00eame Duras avec <em>L\u2019Homme Atlantique<\/em> (1981), Jo\u00e3o C\u00e9sar Monteiro pour <em>Branca de Neve<\/em> (2000) ou Alejandro Gonz\u00e1lez I\u00f1\u00e1rritu via son court-m\u00e9trage pour <em>11\u201909\u2019\u201901<\/em> (2002). Dans ces cas de figure, quelques plans surgissent de mani\u00e8re furtive.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\"><sup>[28]<\/sup><\/a> Au m\u00eame titre que dans le documentaire <em>Touch the Sound<\/em> (Thomas Riedelsheimer, 2004) qui lui est consacr\u00e9, Evelyn Glennie, percussionniste atteinte de surdit\u00e9 avanc\u00e9e, affirme vouloir ressentir la musique sans passer par sa proth\u00e8se acoustique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\"><sup>[29]<\/sup><\/a> D\u00e9signation employ\u00e9e par Mathias Lavin pour traduire la r\u00e9action troubl\u00e9e que l\u2019on peut avoir face \u00e0 la pr\u00e9sence ou \u00e0 la menace de la surdit\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cran, s\u2019expliquant par le fait que le silence persistant ainsi associ\u00e9 \u00e0 un corps que l\u2019on s\u2019attendrait \u00e0 voir parler peut \u00eatre d\u00e9concertant. Mathias Lavin, <em>op. cit<\/em>., p. 50.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\"><sup>[30]<\/sup><\/a> Selon la formule de Michel Poizat pour indiquer \u00e0 la fois la g\u00eane et le trouble mais aussi la curiosit\u00e9 et la fascination que les entendants peuvent ressentir face aux sourds. Michel Poizat, <em>La Voix sourde&nbsp;: la soci\u00e9t\u00e9 face \u00e0 la surdit\u00e9<\/em>, Paris, M\u00e9taili\u00e9, 1996, p. 26.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\"><sup>[31]<\/sup><\/a> Barbara Foug\u00e8re, <em>Surdit\u00e9 et cin\u00e9ma&nbsp;: un choc qui fait empreinte, op. cit.<\/em>, p. 384. Foug\u00e8re pense le <em>deaf gaze<\/em> en transposant les \u00e9l\u00e9ments conceptuels du <em>female gaze<\/em> qu\u2019Iris Brey th\u00e9orise dans son essai <em>Le Regard f\u00e9minin&nbsp;: une r\u00e9volution \u00e0 l\u2019\u00e9cran<\/em>, Paris, L\u2019Olivier, 2020.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\"><sup>[32]<\/sup><\/a> Comme il le pr\u00e9cise dans le commentaire audio de la version <em>director\u2019s cut<\/em> \u00e9dit\u00e9e en DVD par Miramax, Stallone a utilis\u00e9 du silicone pour boucher son conduit auditif durant le tournage. L\u2019acteur ne parvenait alors plus \u00e0 savoir d\u2019o\u00f9 venait tel ou tel son. Il s\u2019est rendu compte que perdre ainsi une oreille, m\u00eame artificiellement, le d\u00e9sorientait au plus haut point.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\"><sup>[33]<\/sup><\/a> Je parle \u00e9galement de ce film dans mon ouvrage <em>Silence(s) dans le cin\u00e9ma contemporain<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, pp. 84-86.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\"><sup>[34]<\/sup><\/a> G\u00e9rard Bonnefon, <em>Handicap et cin\u00e9ma<\/em>, Lyon, Chronique sociale, 2004, p. 33.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\"><sup>[35]<\/sup><\/a> Au sens d&rsquo;un commun partag\u00e9, d&rsquo;un d\u00e9coupage des places et des parts respectives de fa\u00e7on \u00e0 amener \u00e0 une visibilit\u00e9 maximale, pour reprendre les principes \u00e9nonc\u00e9s par le philosophe fran\u00e7ais dans <em>Le Partage du sensible&nbsp;: esth\u00e9tique et politique<\/em>, Paris, La Fabrique, 2000, p. 12.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\"><sup>[36]<\/sup><\/a> \u00ab&nbsp;The contact between the film and viewer is a literal, tangible, physical contact between two bodies. We and the film are adjacent to one another, pressed against each other, in contact.&nbsp;\u00bb Jennifer M. Barker, <em>The Tactile Eye: touch and the cinematic experience<\/em>, Berkeley, University of California Press, 2009, p. 31.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\"><sup>[37]<\/sup><\/a> Plus de pr\u00e9cisions dans son ouvrage <em>The Address of the eye&nbsp;: a phenomenology of film experience<\/em>, Princeton, Princeton University Press, 1992.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a id=\"_msocom_1\"><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La perspective premi\u00e8re de cet article consiste en un bilan autor\u00e9flexif sur les particularit\u00e9s de mon travail de chercheur malentendant, qui n\u2019a eu de cesse d\u2019exploiter ma sensibilit\u00e9 et ma posture atypique.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[307],"tags":[318,308,309,310,312,311,319,315,316,314,317],"class_list":["post-8158","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-disability-studies","tag-analyse-filmique","tag-cinephilie","tag-deaf-gaze","tag-ecoute","tag-entendance-et-malentendance","tag-handicap","tag-reception-sensible","tag-silence","tag-spectateur","tag-subjectivite","tag-surdite"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9TfUI-27A","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8158","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8158"}],"version-history":[{"count":21,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8158\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8637,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8158\/revisions\/8637"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8158"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8158"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8158"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}