{"id":6264,"date":"2024-12-01T19:10:13","date_gmt":"2024-12-01T18:10:13","guid":{"rendered":"http:\/\/imagessecondes.fr\/?p=6264"},"modified":"2024-12-18T11:38:09","modified_gmt":"2024-12-18T10:38:09","slug":"ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/","title":{"rendered":"Ville et imagerie sp\u00e9culative\u00a0: Naviguer parmi les flux financiers dans Wall Street : L\u2019Argent ne dort jamais (2010)"},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Corentin L\u00ea<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-2aeb57e018954a2f983915c374738c53\"><strong>Ville et imagerie sp\u00e9culative&nbsp;: Naviguer parmi les flux financiers dans <em>Wall Street : L\u2019Argent ne dort jamais <\/em>(2010)<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><br>Ce texte ambitionne d\u2019ausculter les diff\u00e9rentes strat\u00e9gies figuratives qu\u2019adopte Wall Street : L\u2019Argent ne dort jamais d\u2019Oliver Stone (2010) pour mettre en sc\u00e8ne les flux mon\u00e9taires et \u00e9tablir, par le montage et le recours aux interfaces num\u00e9riques, une \u00e9quivalence entre la ville et l\u2019imagerie sp\u00e9culative du monde de la finance.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s<\/strong><br>Wall Street, trading, ville, interface, num\u00e9rique<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence \u00e9lectronique pour citer cet article<\/strong><br>Corentin L\u00ea, \u00ab\u00a0Ville et imagerie sp\u00e9culative\u00a0: Naviguer parmi les flux financiers dans Wall Street : L\u2019Argent ne dort jamais (2010)\u00a0\u00bb,\u00a0Images secondes\u00a0[En ligne], 04\u00a0|\u00a02024. URL : <a href=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/\"><span style=\"text-decoration: underline;\">http:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/<\/span><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color\"><strong><a href=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/IS4-Le-1.pdf\">\u2261 Version pdf \u00e0 t\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\" id=\"avant-propos\"><strong>0. Introduction<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p><em>Wall Street&nbsp;: L\u2019Argent ne dort jamais <\/em>(2010) d\u2019Oliver Stone raconte l\u2019ascension d\u2019un jeune courtier, Jake (Shia LaBoeuf), et son association avec le <em>trader<\/em> Gordon Gekko (Michael Douglas), juste avant que la crise des <em>subprimes<\/em> ne vienne contrecarrer ses espoirs d\u2019\u00e9l\u00e9vation dans le monde de la finance. Comme dans le premier <em>Wall Street<\/em> sorti en 1987, cette suite fait de la logique boursi\u00e8re un moteur narratif&nbsp;: le r\u00e9cit prend la forme d\u2019un <em>rise and fall<\/em> (ascension et chute) o\u00f9 Gordon Gekko, de retour aux affaires, tutoie de nouveau les sommets avant de perdre \u00e0 son propre jeu. La structure narrative de <em>L\u2019Argent ne dort jamais<\/em>, de m\u00eame que les relations qu\u2019entretiennent les personnages les uns avec les autres \u00e9pousent de cette fa\u00e7on les variations d\u2019une cote boursi\u00e8re&nbsp;: tant\u00f4t les personnages gagnent en valeur, investissent les uns sur les autres\u2009; tant\u00f4t ils perdent et tentent de se retirer de l\u2019\u00e9quation avant que la crise (financi\u00e8re comme narrative) ne les touche trop durement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le diptyque d\u2019Oliver Stone fait de la finance non pas seulement un th\u00e8me ou un univers au sein duquel r\u00e9aliser un drame aux contours mafieux (les deux films \u00e9voquent la filmographie de Martin Scorsese, auteur du <em>Loup de Wall Street<\/em> en 2014), mais en tire une dynamique narrative et esth\u00e9tique. \u00c0 la fin du premier film, la chute de Gordon Gekko s\u2019achevait en effet sur un plan d\u2019ensemble du quartier Manhattan o\u00f9 le ciel prenait peu \u00e0 peu la forme d\u2019une matrice, la grisaille des gratte-ciels tournant quant \u00e0 elle au orange. Homog\u00e9n\u00e9is\u00e9s par ce changement chromatique, les diff\u00e9rents b\u00e2timents esquissaient une ligne d\u2019horizon semblable \u00e0 un graphique \u00e9voquant l\u00e0 aussi l\u2019\u00e9volution d\u2019une cote boursi\u00e8re, comme si la ville de New York et les flux mon\u00e9taires qu\u2019elle accueille ne constituaient d\u00e9sormais plus qu\u2019un seul et m\u00eame ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet article ambitionne d\u2019ausculter les diff\u00e9rentes strat\u00e9gies figuratives qu\u2019adopte, dans la lign\u00e9e du premier film, <em>Wall&nbsp;Street&nbsp;: L\u2019Argent ne dort jamais<\/em> pour donner forme \u00e0 ces flux et entretenir ces \u00e9quivalences entre la ville et l\u2019imagerie sp\u00e9culative du monde de la finance. Nous verrons dans un premier temps de quelle mani\u00e8re cette suite<em> <\/em>\u00e9labore et enrichit l\u2019analogie dress\u00e9e \u00e0 la toute fin du premier film, avant de voir ensuite dans quelle mesure cette analogie pointe vers une appr\u00e9hension num\u00e9rique et math\u00e9matique d\u2019une ville financi\u00e8re transform\u00e9e, sc\u00e8ne apr\u00e8s sc\u00e8ne, en une v\u00e9ritable interface sp\u00e9culative.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\"><strong>1. L\u2019horizon sp\u00e9culatif<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Dans son ouvrage <em>Form Follows Finance<\/em>, l\u2019urbaniste Carol Willis d\u00e9crit les gratte-ciels comme \u00ab&nbsp;l\u2019architecture ultime du capitalisme<span id='easy-footnote-1-6264' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/#easy-footnote-bottom-1-6264' title='Carol Willis,&lt;em&gt; Form Follows Finance. Skyscrapers and Skylines in New York and Chicago&lt;\/em&gt;, New York, Princeton Architectural Press, 1995, p.181.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>&nbsp;\u00bb et \u00e9voque \u00e0 leur \u00e9gard, lors d\u2019un entretien, \u00ab&nbsp;l\u2019expression de l\u2019\u00e9lan commercial et capitaliste se dressant sur l\u2019horizon urbain<span id='easy-footnote-2-6264' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/#easy-footnote-bottom-2-6264' title='Carol Willis, \u00ab&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https:\/\/www.pca-stream.com\/fr\/articles\/construire-en-hauteur-les-vernaculaires-du-capitalisme-49&quot;&gt;Construire en hauteur&amp;nbsp;: les vernaculaires du capitalisme&amp;nbsp;&lt;\/a&gt;\u00bb,dans&lt;em&gt; Stream&lt;\/em&gt; &lt;em&gt;\u2013 After Office&lt;\/em&gt;, n\u00b02, PCA \u00e9ditions, juillet 2012.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span>&nbsp;\u00bb. Si l\u2019analogie entre ville et graphique esquiss\u00e9e \u00e0 la toute fin de <em>Wall Street <\/em>semblait d\u00e9j\u00e0 figurer \u00e0 quel point la m\u00e9galopole et les flux d\u2019argent inh\u00e9rents au capitalisme financier sont destin\u00e9es \u00e0 se confondre au moment de contempler l\u2019\u00ab&nbsp;horizon urbain&nbsp;\u00bb, <em>Wall Street&nbsp;: L\u2019Argent ne dort jamais<\/em> prolonge cette analogie en s\u2019ouvrant l\u00e0 o\u00f9 son pr\u00e9d\u00e9cesseur s\u2019achevait. Le g\u00e9n\u00e9rique du film d\u00e9bute sur un long travelling lat\u00e9ral et a\u00e9rien nous d\u00e9voilant une partie de Manhattan, apr\u00e8s avoir indiqu\u00e9 via un intertitre l\u2019ann\u00e9e cruciale \u2013 2008 \u2013 durant laquelle va se d\u00e9rouler cette suite. En suivant le cours de l\u2019Hudson River du Nord vers le Sud jusqu\u2019\u00e0 atteindre le <em>financial district<\/em> de New York, le travelling met \u00e0 plat le d\u00e9cor urbain qui se d\u00e9voile progressivement&nbsp;: des gratte-ciels s\u2019\u00e9tendent \u00e0 perte de vue et cassent la ligne d\u2019horizon en une s\u00e9rie de pics et de creux tr\u00e8s marqu\u00e9s. \u00ab&nbsp;<em>Money Never Sleep<\/em>s&nbsp;\u00bb annonce alors le sous-titre du film qui se d\u00e9voile en fondu \u00e0 l\u2019issue du travelling. Le plan suivant ent\u00e9rine l\u2019analogie qui semble s\u2019\u00eatre dessin\u00e9e d\u00e8s ce mouvement de cam\u00e9ra inaugural&nbsp;: en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, une vue d\u2019ensemble<em> <\/em>sur les terminaux de ferry o\u00f9 l\u2019Est River rejoint l\u2019Hudson, pr\u00e8s de Wall Street, superpose l\u2019horizon de la m\u00e9galopole avec un graphique en courbe continue.<\/p>\n\n\n\n<p>Le graphique en question \u00e9pouse les lignes verticales des gratte-ciels tout en mentionnant le plus vieil indice boursier du monde de la finance&nbsp;: le Dow Jones Industrial Average, qui renvoie \u00e0 la capitalisation boursi\u00e8re des trente plus grosses entreprises cot\u00e9es au New York Stock Exchange. Plusieurs dates y sont inscrites (du 2 au 30&nbsp;juin 2008), et si les <em>barcharts<\/em> correspondant \u00e0 l\u2019\u00e9volution de l\u2019indice sur cette p\u00e9riode ne se superposent pas parfaitement \u00e0 la forme des b\u00e2timents, le film semble nous mettre d\u2019embl\u00e9e sur la voie d\u2019une correspondance visuelle entre les repr\u00e9sentations graphiques caract\u00e9ristiques de la sp\u00e9culation financi\u00e8re et l\u2019horizon de la ville elle-m\u00eame. Au gr\u00e9 d\u2019un fondu encha\u00een\u00e9, un nouveau plan sur la m\u00e9galopole, cette fois pr\u00e8s de l\u2019Empire State Building, confirme cette piste&nbsp;: les lignes graphiques du plan pr\u00e9c\u00e9dent \u00e9voluent pour \u00e9pouser celle du plan pr\u00e9sent, l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rent. La mention de l\u2019indice boursier n\u2019importe plus&nbsp;: chaque plan d\u2019ensemble sur la ville de New York renverra d\u00e8s lors implicitement \u00e0 la forme d\u2019une courbe continue \u2013 comme celles qui s\u2019affichent sur n\u2019importe quel<em> display <\/em>dans une salle de march\u00e9s financiers. Les b\u00e2timents et les gratte-ciels, que l\u2019architecte et th\u00e9oricien Rem Koolhaas d\u00e9crit comme des \u00ab&nbsp;unit\u00e9s d\u2019ego urbanistique<span id='easy-footnote-3-6264' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/#easy-footnote-bottom-3-6264' title='Rem Koolhaas,&lt;em&gt; Delirious New York&lt;\/em&gt;, New York, The Monacelli Press, 1994, p.21.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span>&nbsp;\u00bb, ne cesseront d\u2019indiquer et de rappeler au courtier qui les observe l\u2019objectif \u00e0 atteindre pour sa r\u00e9ussite personnelle&nbsp;: l\u2019\u00e9l\u00e9vation en fl\u00e8che, quitte \u00e0 risquer la chute.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh7-rt.googleusercontent.com\/docsz\/AD_4nXfkrztAJRs7eaUO9MkvR_y9_RVF6KXQlRlabEAOWlY2va4EUMb4jiPrkIXetsCiTLwKfBRTEsnShkdbr3ScHPMUwaqQYa7X5iVrfNMcAyWfxKZIysl1Gb6Ev2f_z4lTEWdYVt7KIiZvZct5lgPVF75oBcI2QAmrBWdvnAQH7dO4oONR0pO1z9U?key=WMfxVyLK5Pc_lMR_fxc0lA\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 1.<\/strong> Photogramme de <em>Wall Street 2 : L&rsquo;argent ne dort jamais<\/em> (2010).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019analogie ville-sp\u00e9culation ne s\u2019arr\u00eate toutefois pas l\u00e0 et le g\u00e9n\u00e9rique du film se poursuit en transformant cette fois la mani\u00e8re de parcourir la ville en une figuration dynamique des fluctuations boursi\u00e8res<span id='easy-footnote-4-6264' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/#easy-footnote-bottom-4-6264' title='C\u2019est le cas des nombreux plans d\u2019ensemble du film \u2013 sur lesquels nous reviendrons \u2013 qui montrent diff\u00e9rents points de vue sur Manhattan en prenant le soin, \u00e0 chaque fois, de garder dans le plan assez d\u2019espace a\u00e9rien pour appuyer la ressemblance entre les gratte-ciels de la ville et les colonnes in\u00e9gales d\u2019un diagramme boursier.&amp;nbsp;'><sup>4<\/sup><\/a><\/span>. Dans le plan pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9, sur la vitre \u00e0 travers laquelle est film\u00e9 l\u2019Empire State Building, une s\u00e9rie de calculs semble esquisser diverses strat\u00e9gies financi\u00e8res. En un mouvement de cam\u00e9ra balayant l\u2019appartement des deux personnages principaux \u2013 le couple constitu\u00e9 de Jake et Winnie Gekko (Carey Mulligan) \u2013 plusieurs \u00e9l\u00e9ments renvoient \u00e0 la fois au monde de la finance et \u00e0 la question de l\u2019am\u00e9nagement urbain. Des graphiques boursiers c\u00f4toient, sur le bureau central, des cartes, des photographies et des plans de construction accroch\u00e9s \u00e0 des grilles d\u2019exposition qui ressemblent en tout point aux immeubles aper\u00e7us \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, au d\u00e9but du m\u00eame mouvement de cam\u00e9ra.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux personnages entament alors leur journ\u00e9e de travail. Jake est <em>trader<\/em> chez Keller Zabel Investments et apprend \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision la sortie d\u2019un livre sur le monde de la finance sign\u00e9 Gordon Gekko, sorti de prison depuis 2001 et qui n\u2019est autre que le p\u00e8re de Winnie. Sur sa moto, Jake d\u00e9pose Winnie en partance pour Washington avant que le jeune <em>trader<\/em>, entre deux plans d\u2019ensemble sur le <em>financial district<\/em> qui s\u2019\u00e9veille, ne contacte par t\u00e9l\u00e9phone l\u2019un de ses clients. La circulation de Jake \u00e0 bord de sa moto est alors mont\u00e9e en alternance avec la marche du Dr. Masters, aux commandes d\u2019un projet de fusion nucl\u00e9aire que le <em>trader<\/em> souhaite soutenir et financer. La conversation d\u00e9bute sur un gros plan de Jake \u00e0 bord de sa moto, suivi d\u2019un second s\u2019ouvrant sur une vitre coup\u00e9e en deux, annon\u00e7ant le <em>split screen<\/em> qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 se mettre en place. Figure de montage caract\u00e9ristique de la conversation t\u00e9l\u00e9phonique, la scission de l\u2019\u00e9cran s\u2019additionne ici \u00e0 une s\u00e9rie de jumelages et de d\u00e9doublements&nbsp;\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du cadre&nbsp;: deux r\u00e9acteurs apparaissent dans le m\u00eame plan, la moto de Jake se refl\u00e8te sur la vitre d\u2019un immeuble ou encore une passerelle se retrouve scind\u00e9e en deux par les d\u00e9limitations d\u2019une surface vitr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme un \u00ab&nbsp;point d\u2019\u00e9change<span id='easy-footnote-5-6264' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/#easy-footnote-bottom-5-6264' title='Peter Szendy,&lt;em&gt; Le Supermarch\u00e9 du visible. Essai d\u2019iconomie&lt;\/em&gt;, Paris, Minuit, 2017,p. 51.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span>&nbsp;\u00bb, la scission du cadre et des motifs \u00e0 l\u2019\u00e9cran renvoie ainsi, tout au long de la sc\u00e8ne, \u00e0 la transaction financi\u00e8re qui s\u2019op\u00e8re (le Dr. Masters demande \u00e0 Jake la possibilit\u00e9 d\u2019obtenir 100&nbsp;millions de dollars de financements pour acc\u00e9l\u00e9rer le projet). C\u2019est en circulant dans la ville \u00e0 bord de sa moto que le <em>trader<\/em> semble de surcro\u00eet faire avancer la construction d\u2019un chantier d\u2019envergure en faveur d\u2019une \u00e9nergie durable, de sorte que se d\u00e9placer dans la ville et poser les pierres de son alimentation future \u00e0 la faveur d\u2019une lev\u00e9e de fonds apparaissent comme deux gestes \u00e9quivalents. Il n\u2019est \u00e0 cet \u00e9gard pas anodin que le projet en question soit celui d\u2019une fusion nucl\u00e9aire&nbsp;: le premier <em>split screen<\/em> de <em>Wall Street&nbsp;: L\u2019Argent ne dort jamais <\/em>est aussi affaire de <em>fusion<\/em>, en l\u2019occurrence entre la navigation urbaine et le financement du monde dans lequel il s\u2019agit de se d\u00e9placer. Le dynamisme et la souplesse du <em>split screen<\/em> y contribuent, dans la mesure o\u00f9 les deux parties du plan (Jake sur sa moto et le Dr. Masters sur son chantier) ne cessent de changer de place \u00e0 la faveur d\u2019une suite de volets lat\u00e9raux balayant horizontalement le cadre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Riche en parall\u00e8les et jeux d\u2019\u00e9quivalence, cette sc\u00e8ne qui prolonge le g\u00e9n\u00e9rique d\u2019ouverture appara\u00eet <em>in fine<\/em> comme profond\u00e9ment transactionnelle. Elle est m\u00eame le lieu d\u2019un triple \u00e9change&nbsp;: un \u00e9change <em>oral <\/em>par la conversation t\u00e9l\u00e9phonique, un \u00e9change <em>financier <\/em>par la demande d\u2019une lev\u00e9e de fonds que le <em>trader<\/em> garantit au scientifique, ainsi qu\u2019un \u00e9change <em>plastique<\/em> par la forme \u00e9volutive du s<em>plit-screen<\/em>, qui fait permuter ses diff\u00e9rentes parties comme une somme d\u2019argent passerait d\u2019une main \u00e0 l\u2019autre. Comme les deux cadres qui changent de place, l\u2019argent ne<em> <\/em>dort<em> <\/em>jamais&nbsp;: il ne cesse de se d\u00e9placer. \u00c0 l\u2019\u00e9cran comme sur les march\u00e9s financiers, \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9change est <em>incessant<\/em><span id='easy-footnote-6-6264' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/#easy-footnote-bottom-6-6264' title='&lt;em&gt;Ibid&lt;\/em&gt;.,p. 44.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh7-rt.googleusercontent.com\/docsz\/AD_4nXfZseHdTsit-FYlFDo_9S2HxXojSeTDhKow6u1ma1iJccqFzdOoYz-wggGolD_uZpEY-ale1DHsGatD3xhKIcIuYK1ctmcP8dlyw554Jz4nGLr_bgA4vcJm2SZ6GJmPf5A7rBWDjERU67jPLgk8lgi9ODwxMm6bnYnp9U9uSPAvLoTD6NYvBK4?key=WMfxVyLK5Pc_lMR_fxc0lA\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 2.<\/strong> Photogrammes de <em>Wall Street 2 : L&rsquo;argent ne dort jamais<\/em> (2010).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le g\u00e9n\u00e9rique du film se pr\u00e9sente de cette mani\u00e8re comme un espace au sein duquel poser les premi\u00e8res pierres d\u2019une s\u00e9rie de parall\u00e9lismes (entre la ville et la sp\u00e9culation financi\u00e8re, entre le dispositif du <em>split screen<\/em> et la transaction mon\u00e9taire, etc.) qui ne cesseront ensuite de revenir \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un<em> leitmotiv<\/em> significatif \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du r\u00e9cit. C\u2019est par exemple le cas lorsque la crise des<em> subprimes<\/em> \u00e9clate au mitan de l\u2019intrigue, avec une s\u00e9quence en montage court constitu\u00e9e d\u2019une s\u00e9rie de fondus encha\u00een\u00e9s confondant de mani\u00e8re tr\u00e8s explicite une chute de dominos et les fa\u00e7ades vitr\u00e9es des <em>buildings<\/em> du <em>financial district<\/em>. Dans la m\u00eame sc\u00e8ne, c\u2019est un tableau d\u2019indices boursiers qui se superpose en transparence avec la fa\u00e7ade d\u2019un b\u00e2timent dont l\u2019agencement r\u00e9gulier des fen\u00eatres renvoie aux lignes, colonnes et cases des panneaux d\u2019affichage qui ornent les salles de Wall Street. Autrement dit, l\u2019architecture de la ville elle-m\u00eame semble renvoyer \u00e0 une suite de chiffres et de donn\u00e9es, mais aussi pr\u00e9figurer un placement de dominos pr\u00eats \u00e0 tomber les uns sur les autres, en miroir de la crise financi\u00e8re qui s\u2019abat sur le monde et sur les personnages, contraints de revoir leurs plans \u00e0 l\u2019aune de cet effondrement soudain.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que montre l\u2019introduction et les s\u00e9quences-cl\u00e9s de<em> L\u2019Argent ne dort jamais<\/em> tient en d\u00e9finitive en un jeu d\u2019\u00e9quivalence dans la vie et la perception du monde du jeune <em>trader<\/em>, pour qui l\u2019espace (urbain comme quotidien) mais aussi les interactions humaines ne cessent de renvoyer \u00e0 l\u2019imagerie et aux lois de la sp\u00e9culation. La ville est en d\u00e9finitive une ville \u00e0 l\u2019apparence financi\u00e8re o\u00f9 naviguer, \u00e9voluer et \u00e9changer revient \u00e0 \u00e9pouser la dynamique d\u2019un flux d\u2019argent. Reformulant le titre de l\u2019ouvrage de Carol Willis,<em> Form Follows Finance<\/em>,<em> <\/em>la forme de l\u2019espace urbain et les mouvements qu\u2019elle abrite <em>suivent<\/em> ceux du monde de la finance.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\"><strong>2. Interfaces et interfa\u00e7ades<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Encore plus que son pr\u00e9d\u00e9cesseur, ce second film regorge d\u2019options pour donner forme au mouvement incessant des flux mon\u00e9taires \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et aux alentours du <em>financial district<\/em> de New York. En t\u00e9moignent plus sp\u00e9cifiquement deux r\u00e9gimes de plans particuliers \u2013 le gros plan \u00ab&nbsp;num\u00e9ris\u00e9&nbsp;\u00bb et le plan d\u2019ensemble urbain \u2013, qui installent le spectateur au m\u00eame niveau que les <em>traders<\/em>, dont le regard est riv\u00e9 \u00e0 des interfaces num\u00e9riques o\u00f9 se superposent toutes sortes de graphiques math\u00e9matiques et de tableaux statistiques. Dans la s\u00e9quence qui voit la Keller Zabel Investments chuter en bourse, plusieurs plans rapproch\u00e9s montrent par exemple les visages des courtiers de la firme, alors en train de passer plusieurs appels t\u00e9l\u00e9phoniques, \u00eatre assaillis en transparence par les \u00e9l\u00e9ments et les fen\u00eatres qui s\u2019affichent simultan\u00e9ment sur leurs \u00e9crans d\u2019ordinateur. Les statistiques, les graphiques en courbe continue et les diagrammes en <em>barcharts<\/em> s\u2019inscrivent comme des tatouages en mouvement sur la peau des <em>traders <\/em>film\u00e9s en gros plan, pris au pi\u00e8ge et encercl\u00e9s par leurs propres op\u00e9rations financi\u00e8res, dont ils sont \u00e0 la fois acteurs et spectateurs, essayant en l\u2019occurrence de d\u00e9jouer la crise qui s\u2019abat sur l\u2019entreprise. Solution permettant de voir \u00e0 la fois l\u2019utilisateur et ce qui s\u2019affiche sur son terminal num\u00e9rique, ces superpositions graphiques d\u00e9jouent le recours attendu au champ-contrechamp et figurent la nature d\u00e9bordante du syst\u00e8me sp\u00e9culatif, dont la virtualit\u00e9 apparente s\u2019accompagne de r\u00e9percussions qui s\u2019\u00e9tendent bien au-del\u00e0 des \u00e9crans o\u00f9 tout semble initialement se jouer.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh7-rt.googleusercontent.com\/docsz\/AD_4nXdXSN_Ugj7GM_jWUOVQDFYI2lpkAB1l95EEeyyrY7d1-d6qTGLJARVmgCBqrxPtK8SNrx_cKMBe-3320Eay5kwYTZM1KLvY3eNxrv86q3ibOzhxF_NQoISeV4ZkAkhROwSVy6n5RkLERm4-Pjo5OAdsN0u-Qzki4LpN_7tz3TFBzAChjGP52fw?key=WMfxVyLK5Pc_lMR_fxc0lA\" alt=\"\" style=\"width:840px;height:auto\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 3.<\/strong> Photogrammes de <em>Wall Street 2 : L&rsquo;argent ne dort jamais<\/em> (2010).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Plusieurs plans d\u2019exposition sur la ville de New York invitent en parall\u00e8le \u00e0 \u00e9pouser le regard des <em>traders<\/em> jusqu\u2019\u00e0 voir le monde \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un diagramme ou d\u2019un graphique en courbe continue. C\u2019est le cas des nombreux plans d\u2019ensemble qui \u00e9maillent le r\u00e9cit. S\u2019ils font <em>a priori<\/em> office de jonction narrative entre deux s\u00e9quences, ils ont aussi pour effet, compte tenu de l\u2019analogie ville-sp\u00e9culation \u00e9voqu\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment, de rappeler le spectateur \u00e0 une perception statistique et math\u00e9matique de l\u2019espace. \u00c0 l\u2019image de la sc\u00e8ne o\u00f9 Jake contemple lui-m\u00eame la ville derri\u00e8re une fa\u00e7ade vitr\u00e9e, dont le quadrillage trac\u00e9 par les montants \u00e9voque sans d\u00e9tour la structure matricielle d\u2019un \u00e9cran d\u2019affichage num\u00e9rique, regarder les plans d\u2019ensemble dans<em> L\u2019Argent ne dort jamais <\/em>revient \u00e0 scruter un diagramme dont les fluctuations renvoient \u00e0 la trajectoire dramatique des personnages autant qu\u2019aux flux financiers auxquels ils prennent part. Comme le formule Peter Szendy, il n\u2019y a d\u00e8s lors \u00ab&nbsp;plus de vue <em>hors march\u00e9<\/em><span id='easy-footnote-7-6264' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/#easy-footnote-bottom-7-6264' title='&lt;em&gt;Ibid&lt;\/em&gt;., p. 117.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span>&nbsp;\u00bb, et la ville tout enti\u00e8re semble \u00eatre assujettie \u00e0 la logique d\u2019un \u00ab&nbsp;maillage marchand de la vision&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh7-rt.googleusercontent.com\/docsz\/AD_4nXePWNEU9lAkfwdhWuFU5TO18ZXMXIDHAm6Hx2-D5I_wvK3NjxRe1SjH7rZ6St0RyoSRhJx-bDK3DEXCrVgCBMSQhDnszPUzb_dRdUoeAKj7OA7EAnzHdp6Xx9KHkgnoYOcWwCL5S4QY65qxmbY7eTQGqZ-I8y8PO7Ddf75yDnNgVFPktck3ZZ4?key=WMfxVyLK5Pc_lMR_fxc0lA\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 4.<\/strong> Photogrammes de <em>Wall Street 2 : L&rsquo;argent ne dort jamais<\/em> (2010).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Une s\u00e9quence en particulier sugg\u00e8re cependant que ces deux niveaux de perception (les interfaces sp\u00e9culatives d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la ville de l\u2019autre) sont amen\u00e9s \u00e0 se confondre encore davantage, au gr\u00e9 d\u2019une analogie de plus en plus globale qui recouvrirait la sp\u00e9culation financi\u00e8re, l\u2019architecture de la m\u00e9galopole et les outils num\u00e9riques que Jake et ses coll\u00e8gues courtiers ont \u00e0 leur disposition. \u00c0 la fin du premier tiers du film, Gordon Gekko sugg\u00e8re \u00e0 Jake de manipuler le march\u00e9 en lan\u00e7ant la rumeur d\u2019une nationalisation d\u2019un puits de p\u00e9trole en Guin\u00e9e \u00e9quatoriale, sur lequel a investi l\u2019une des firmes ayant provoqu\u00e9 la chute tragique de la Keller Zabel Investments. La s\u00e9quence s\u2019ouvre sur le m\u00eame type de <em>split screen<\/em> qu\u2019au d\u00e9but du film, Jake conversant au t\u00e9l\u00e9phone avec le Dr. Masters, \u00e0 qui il demande d\u2019attendre que la situation se stabilise au sein de la firme avant de poursuivre les financements du projet de fusion nucl\u00e9aire. Quelques plans plus loin, une autre conversation au t\u00e9l\u00e9phone se met en place au gr\u00e9 d\u2019un deuxi\u00e8me \u00e9cran scind\u00e9. Sauf que, cette fois-ci, sur la marge s\u00e9parant les deux cadres d\u00e9file une suite de nombres qui s\u2019apparente \u00e0 une cote boursi\u00e8re en \u00e9volution. Le lien entre les deux <em>traders<\/em> qui \u00e9changent ici par t\u00e9l\u00e9phone r\u00e9side dans un pur et abstrait d\u00e9filement de chiffres \u2013 ce qui les unit est avant tout d\u2019ordre comptable.<\/p>\n\n\n\n<p>Focalis\u00e9e sur une s\u00e9rie d\u2019appels visant \u00e0 manipuler le march\u00e9, la suite de la sc\u00e8ne creuse cette voie en se concentrant sur une s\u00e9rie d\u2019interfaces num\u00e9riques, de graphiques et de tableaux de toutes sortes. Apr\u00e8s que Jake a \u00e9chang\u00e9 avec plusieurs de ses confr\u00e8res lors d\u2019une poign\u00e9e d\u2019ellipses, un troisi\u00e8me <em>split screen<\/em> prend le relais du pr\u00e9c\u00e9dent mais complexifie le dispositif de bipartition auquel le film nous avait jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent habitu\u00e9s. Ce ne sont plus deux, mais quatre cadres qui se juxtaposent, le long d\u2019une s\u00e9quence qui montre la propagation de la rumeur lanc\u00e9e par Jake et les retraits financiers auxquels proc\u00e8dent les nombreux courtiers effray\u00e9s par une \u00e9ventuelle chute de la valeur de leurs placements. Ce <em>split screen<\/em>, plus encore que le premier au d\u00e9but du film, repr\u00e9sente \u00e0 merveille le paradigme de la simultan\u00e9it\u00e9 dans lequel s\u2019inscrivent les dynamiques et les acteurs du monde de la finance. \u00c0 bien des \u00e9gards, et tout particuli\u00e8rement au gr\u00e9 de ces sc\u00e8nes en \u00e9cran scind\u00e9, <em>L\u2019Argent ne dort jamais<\/em> rel\u00e8ve d\u2019une forme de \u00ab&nbsp;construction esth\u00e9tique du r\u00e9seau<span id='easy-footnote-8-6264' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/#easy-footnote-bottom-8-6264' title='Alexander R. Galloway, &lt;em&gt;The Interface Effect&lt;\/em&gt;, Cambridge \/ Malden, Polity Press, 2012, p. 117.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span>&nbsp;\u00bb telle que la d\u00e9crit Alexander Galloway, \u00e0 savoir la repr\u00e9sentation visuelle (par ce qu\u2019il appelle un \u00ab polyptyque<span id='easy-footnote-9-6264' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/#easy-footnote-bottom-9-6264' title='\u00c0 propos du recours \u00e0 la structure visuelle de l\u2019\u00e9cran scind\u00e9 dans la s\u00e9rie &lt;em&gt;24&amp;nbsp;Heures Chrono&lt;\/em&gt;, voir &lt;em&gt;Ibid.&lt;\/em&gt;, p. 115.'><sup>9<\/sup><\/a><\/span> \u00bb) d\u2019une logique informatique et r\u00e9ticulaire per\u00e7ue comme horizontale, simultan\u00e9e et plurielle.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour nous mener de la figuration ext\u00e9rieure du r\u00e9seau (le<em> split screen<\/em> sur les<em> traders<\/em> riv\u00e9s \u00e0 leurs t\u00e9l\u00e9phones) \u00e0 ses manifestations plus souterraines, la s\u00e9quence poursuit son chemin jusque dans les trav\u00e9es d\u2019une salle de serveurs o\u00f9 s\u2019\u00e9changent lesdites informations. \u00c0 travers un fondu encha\u00een\u00e9 qui transforme la salle en une sorte de cit\u00e9 num\u00e9rique, Stone dresse une nouvelle analogie entre les canaux des nouveaux modes de communication, l\u2019esth\u00e9tique statistique du monde de la finance et le fonctionnement d\u2019une ville r\u00e9ticulaire. Les routes y sont remplac\u00e9es par des lignes d\u2019indices boursiers en constant d\u00e9filement, tandis qu\u2019aux fen\u00eatres des immeubles se substitue une myriade de cadres renvoyant au <em>split screen<\/em> pr\u00e9c\u00e9demment d\u00e9crit. Des travellings lat\u00e9raux ainsi que des contre-plong\u00e9es a\u00e9riennes nous d\u00e9voilent l\u2019envergure d\u2019un d\u00e9cor fantasmatique, \u00e9rig\u00e9 sur un fond noir et abstrait, o\u00f9 le monde urbain prend la forme d\u2019un embouteillage de transmissions capitalistiques et communicationnelles, comme l\u2019espace lisse d\u2019une transaction immod\u00e9r\u00e9e des flux mon\u00e9taires et des flux d\u2019information. Sous la forme d\u2019images, de points lumineux et de rayons color\u00e9s, les \u00ab&nbsp;voiries&nbsp;du visible<span id='easy-footnote-10-6264' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/#easy-footnote-bottom-10-6264' title='Peter Szendy, &lt;em&gt;Pour une \u00e9cologie des images&lt;\/em&gt;, Paris, Minuit, 2021, p. 79.'><sup>10<\/sup><\/a><\/span>&nbsp;\u00bb y remplacent le visible lui-m\u00eame, ou plut\u00f4t en esquissent une synth\u00e8se d\u00e9barrass\u00e9e de tout ce qui ne rel\u00e8verait pas d\u2019un \u00e9change ou d\u2019un commerce.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh7-rt.googleusercontent.com\/docsz\/AD_4nXfOF_CeXG0sIp1MpA7TH4-7wc7fne7l3f1ErSvCP2A1sTk7zJbq1esLciLD-QztgDJfgVBn-6xMGixkF7vnA5-2zLGknncdgimDIti0q_gArOBWCuSsyfjOixeydPxo338IT5K17rsJSvVHFo8EvG6tS1BMsfSp7r6ZxzelrXvhylNs4NMQPcE?key=WMfxVyLK5Pc_lMR_fxc0lA\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 5.<\/strong> Photogrammes de <em>Wall Street 2 : L&rsquo;argent ne dort jamais<\/em> (2010).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Pour donner \u00e0 voir la ville r\u00eav\u00e9e du capitalisme financier, l\u00e0 o\u00f9 tout semble guid\u00e9 et fa\u00e7onn\u00e9 par les lois du commerce et des mouvements mon\u00e9taires, cette s\u00e9quence repose sur un amoncellement exponentiel d\u2019interfaces permis par le montage et le recours aux effets sp\u00e9ciaux num\u00e9riques. Apr\u00e8s avoir dans un premier temps mis en \u00e9vidence la proximit\u00e9 visuelle entre la m\u00e9galopole et les graphiques boursiers, le film tend ici un fil entre la ville et toutes les interfaces num\u00e9riques qui s\u2019y multiplient \u2013 avec la logique boursi\u00e8re et financi\u00e8re comme jonction. La logique de l\u2019\u00e9cran et celle des interfaces y confondent l\u2019appr\u00e9hension math\u00e9matique-informatique du monde et son appr\u00e9hension figurative-photographique, en miroir de la mani\u00e8re dont sont transform\u00e9s, au contact de ces<em> displays<\/em>,<em> <\/em>\u00ab&nbsp;nos habitudes de perception, les formes et les rythmes de notre attention ainsi que notre relation \u00e0 l\u2019espace autour de nous&nbsp;\u00bb<span id='easy-footnote-11-6264' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/#easy-footnote-bottom-11-6264' title='Andrea Pinotti, Antonio Somaini,&lt;em&gt; Culture visuelle. Images, regards, m\u00e9dias, dispositifs&lt;\/em&gt;, Dijon, Les Presses du r\u00e9el, 2022, p. 176.'><sup>11<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00ab&nbsp;ville-images<span id='easy-footnote-12-6264' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/#easy-footnote-bottom-12-6264' title='Voir T\u00e9r\u00e9sa Faucon, \u00ab&amp;nbsp;Ville-images. Forme in\u00e9dite de montage&amp;nbsp;\u00bb, &lt;em&gt;Th\u00e9or\u00e8me&lt;\/em&gt;, n\u00b026&amp;nbsp;\u00ab&amp;nbsp;Ville et cin\u00e9ma&amp;nbsp;\u00bb, Paris, Presses Sorbonne-Nouvelle, 2016, pp. 183-191.'><sup>12<\/sup><\/a><\/span>&nbsp;\u00bb modulaire, fa\u00e7onn\u00e9e par les interfaces num\u00e9riques et bureautiques se multipliant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de b\u00e2timents dont l\u2019apparence ext\u00e9rieure n\u2019est pas sans \u00e9voquer celle d\u2019un amoncellement matriciel de pixels, correspond \u00e0 bien des \u00e9gards \u00e0 la \u00ab&nbsp;ville surexpos\u00e9e&nbsp;\u00bb que d\u00e9crit Paul Virilio, qui selon lui caract\u00e9rise notre monde num\u00e9ris\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" style=\"font-size:15px\">\n<p>L\u2019architecture urbaine doit d\u00e9sormais composer avec l\u2019ouverture d\u2019un espace-temps technologique. Le protocole d\u2019acc\u00e8s de la t\u00e9l\u00e9matique succ\u00e8de alors \u00e0 celui du portail. Au tambour des portes succ\u00e8de celui des \u00ab\u2009banques de donn\u00e9es\u2009\u00bb, celui des rites de passage d\u2019une culture technique qui s\u2019avance masqu\u00e9e, masqu\u00e9e par l\u2019immat\u00e9rialit\u00e9 de ses composants, de ses r\u00e9seaux, voirie et r\u00e9seaux divers dont les trames ne s\u2019inscrivent plus dans l\u2019espace d\u2019un tissu construit, mais dans les s\u00e9quences d\u2019une imperceptible planification du temps o\u00f9 l\u2019interface homme\/machine succ\u00e8de aux fa\u00e7ades des immeubles, aux surfaces des lotissements\u2026<span id='easy-footnote-13-6264' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/#easy-footnote-bottom-13-6264' title='Paul Virilio, &lt;em&gt;L\u2019Espace critique&lt;\/em&gt;, Paris, Christian Bourgois, 1984, p. 14.'><sup>13<\/sup><\/a><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>L\u2019interface informatique aurait selon Virilio produit une homog\u00e9n\u00e9isation temporelle, technique et esth\u00e9tique de la ville contemporaine, assujettie \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019interfa\u00e7ade des moniteurs&nbsp;\u00bb qui remplaceraient les fa\u00e7ades des immeubles<span id='easy-footnote-14-6264' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/#easy-footnote-bottom-14-6264' title='&lt;em&gt;Ibid&lt;\/em&gt;., p. 13.'><sup>14<\/sup><\/a><\/span>. Nous l\u2019avons vu&nbsp;: dans <em>Wall Street&nbsp;: L\u2019Argent ne dort jamais<\/em>, cette logique est plus sp\u00e9cifiquement <em>sp\u00e9culative<\/em>. Elle repose autant sur les transformations induites par la multiplication des appareils et des outils de communication instantan\u00e9e que d\u00e9crit Virilio que sur les aspirations capitalistes et sp\u00e9culatives des personnages que le film d\u00e9peint. La ville \u00ab&nbsp;selon&nbsp;\u00bb <em>Wall Street<\/em> est une ville qui, d\u00e8s lors qu\u2019elle se trouve \u00ab&nbsp;surexpos\u00e9e&nbsp;\u00bb aux flux mon\u00e9taires du monde de la finance, finit par en prendre la forme et par en \u00e9pouser les mouvements.<\/p>\n\n\n\n<p>En t\u00e9moigne l\u2019ultime plan du film, qui montre l\u2019envol de bulles de savon dans le ciel avant qu\u2019un panoramique ne s\u2019ach\u00e8ve sur un dernier plan d\u2019ensemble de Manhattan, au centre duquel pointe la fl\u00e8che de l\u2019Empire State Building. Par l\u2019entremise d\u2019un trucage num\u00e9rique sans \u00e9quivoque, qui fait directement \u00e9cho au dernier plan du premier film de 1987, une ligne en courbe continue s\u2019inscrit une ultime fois sur l\u2019horizon du paysage capitaliste avant que l\u2019ensemble du plan ne se transforme, dans un second temps, en un billet de vingt dollars am\u00e9ricains. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 amalgam\u00e9e \u00e0 un graphique d\u2019indice boursier, envisag\u00e9e comme un espace de transaction marchande et associ\u00e9e aux interfaces sp\u00e9culatives du monde de la finance, la ville est tout simplement devenue un billet de banque. Au \u00ab&nbsp;verso mon\u00e9taire<span id='easy-footnote-15-6264' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/ville-et-imagerie-speculative-naviguer-parmi-les-flux-financiers-dans-wall-street-largent-ne-dort-jamais-2010\/#easy-footnote-bottom-15-6264' title='Peter Szendy,&lt;em&gt; Le Supermarch\u00e9 du visible&lt;\/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit.&lt;\/em&gt;,p. 19.'><sup>15<\/sup><\/a><\/span>&nbsp;\u00bb<sup> <\/sup>des images s\u2019est substitu\u00e9 le recto de la monnaie elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh7-rt.googleusercontent.com\/docsz\/AD_4nXf0Z3BU3bZPngSFXqSmaAFRL-8MNKZSM12jKMCJQWg2XHuOODkhCI58X8wX3kCAoR_8BCA_WUpLKTXlbTh_PP0cQtgrh9xqGjT2MpgrhZbJk9q1_d3WRDwsbxcI0owVzk1v6HkSG4RvXJPF33wWNBIvmV3cgiuoo1NbcRNKOpXy-8LoFm7DCXw?key=WMfxVyLK5Pc_lMR_fxc0lA\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 6.<\/strong> Photogramme de <em>Wall Street 2 : L&rsquo;argent ne dort jamais<\/em> (2010).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\"><strong>Corentin L\u00ea<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Corentin L\u00ea est doctorant et charg\u00e9 de cours \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Sorbonne Nouvelle. Il travaille sous la direction de T\u00e9r\u00e9sa Faucon \u00e0 la r\u00e9daction d\u2019une th\u00e8se consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tique du montage dans le film-interface. En parall\u00e8le, il est intervenant au sein de diff\u00e9rentes formations en audiovisuel (UPJV, INA Sup, 3is) et r\u00e9dacteur en chef adjoint de la revue <a href=\"https:\/\/www.critikat.com\/\"><em>Critikat<\/em><\/a>, o\u00f9 il publie des textes sur le cin\u00e9ma, le jeu vid\u00e9o et les images num\u00e9riques.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte ambitionne d\u2019ausculter les diff\u00e9rentes strat\u00e9gies figuratives qu\u2019adopte Wall Street : L\u2019Argent ne dort jamais d\u2019Oliver Stone (2010) pour mettre en sc\u00e8ne les flux mon\u00e9taires et \u00e9tablir, par le montage et le recours aux interfaces num\u00e9riques, une \u00e9quivalence entre la ville et l\u2019imagerie sp\u00e9culative du monde de la finance.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[189],"tags":[195,136,197,194,196],"class_list":["post-6264","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cinema-et-speculation-financiere","tag-interface","tag-numerique","tag-trading","tag-ville","tag-wall-street"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9TfUI-1D2","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6264","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6264"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6264\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7178,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6264\/revisions\/7178"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6264"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6264"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6264"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}