{"id":6259,"date":"2024-12-01T19:09:25","date_gmt":"2024-12-01T18:09:25","guid":{"rendered":"http:\/\/imagessecondes.fr\/?p=6259"},"modified":"2024-12-18T11:38:50","modified_gmt":"2024-12-18T10:38:50","slug":"iconomies-de-lombre-et-algorithmisation-des-images-ce-que-le-capitalisme-numerique-fait-au-visible","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/iconomies-de-lombre-et-algorithmisation-des-images-ce-que-le-capitalisme-numerique-fait-au-visible\/","title":{"rendered":"Iconomies de l\u2019ombre et algorithmisation des images (ce que le capitalisme num\u00e9rique fait au visible)"},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Peter Szendy<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-8462795cf60bab11bc3579ae8364359b\"><strong>Iconomies de l\u2019ombre et algorithmisation des images (ce que le capitalisme num\u00e9rique fait au visible)<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><br>Les infrastructures invisibles ainsi que le travail cach\u00e9 qui permettent la circulation comme l\u2019\u00e9change des images num\u00e9riques sont g\u00e9n\u00e9ralement les deux conditions de possibilit\u00e9 de l\u2019iconomie contemporaine et restent g\u00e9n\u00e9ralement dans l\u2019ombre. Pour les faire affleurer \u00e0 la surface du visible, ce texte fait dialoguer la pens\u00e9e d\u2019Aby Warburg et celle de Karl Marx, en particulier l\u00e0 o\u00f9 tous deux tentent d\u2019analyser ce que transporter veut dire. Il s\u2019agit, en somme, de la manutention des images aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s<\/strong><br>iconomie, iconologie, travail fant\u00f4me, mat\u00e9rialisme, marchandisation<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence \u00e9lectronique pour citer cet article<\/strong><br>Peter Szendy, \u00ab\u00a0Iconomies de l\u2019ombre et algorithmisation des images (ce que le capitalisme num\u00e9rique fait au visible)\u00a0\u00bb,\u00a0Images secondes\u00a0[En ligne], 04\u00a0|\u00a02024. URL : <a href=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/iconomies-de-lombre-et-algorithmisation-des-images-ce-que-le-capitalisme-numerique-fait-au-visible\/\"><span style=\"text-decoration: underline;\">http:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/iconomies-de-lombre-et-algorithmisation-des-images-ce-que-le-capitalisme-numerique-fait-au-visible\/<\/span><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color\" style=\"color:#ff5d39\"><strong><a href=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/IS4-Szendy.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">\u2261 Version pdf \u00e0 t\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong><em>Ce texte reprend les propositions pr\u00e9sent\u00e9es par Peter Szendy dans le cadre d\u2019une <\/em><a href=\"https:\/\/www.centrepompidou.fr\/fr\/programme\/agenda\/evenement\/SGh56Ql\"><em>conversation avec Estelle Blaschke et Antonio Somaini autour de l\u2019exposition <\/em>Capital Image<\/a> <em>organis\u00e9e par Florian Ebner et Olga Frydryszak-Retet au Centre Pompidou le 16 f\u00e9vrier 2024.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais remercier chaleureusement Estelle Blaschke, Armin Linke ainsi que Florian Ebner et Olga Frydryszak-Retet pour leur invitation \u00e0 participer \u00e0 cette discussion en marge de l\u2019exposition <em>Capital Image, <\/em>exposition qui interroge notamment \u2013 Antonio Somaini l\u2019a rappel\u00e9 \u2013 \u00ab&nbsp;la valeur \u00e9conomique de l\u2019image&nbsp;\u00bb et les \u00ab&nbsp;infrastructures [\u2026] n\u00e9cessaires pour g\u00e9rer et exploiter des quantit\u00e9s toujours croissantes d\u2019images&nbsp;\u00bb. De fait, la quantit\u00e9 des images en circulation aujourd\u2019hui est immense, vertigineuse, on est presque tent\u00e9 de dire&nbsp;: sublime (un sublime que, pour des raisons que j\u2019expliquerai, je qualifierais volontiers d\u2019<em>iconomique).<\/em> Un chiffre suffira&nbsp;: en 2019 (il y a presque cinq ans d\u00e9j\u00e0), YouTube se vantait sur son blog officiel d\u2019accueillir plus de 500&nbsp;heures de vid\u00e9o mises en ligne chaque minute, ce qui veut dire 720\u2009000&nbsp;heures chaque jour, \u00e0 savoir l\u2019\u00e9quivalent de plus de 80&nbsp;ann\u00e9es&nbsp;: plus qu\u2019une vie d\u2019images chaque jour. Je n\u2019ose imaginer combien de vies il faudrait chaque jour si l\u2019on comptait aussi les photos (non seulement les vid\u00e9os) prises et \u00e9chang\u00e9es par des \u00eatres humains, mais encore les images de surveillance capt\u00e9es en permanence par des machines, l\u2019imagerie m\u00e9dicale et, d\u00e9sormais, les images g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par des programmes d\u2019intelligence artificielle, par exemple en r\u00e9ponse \u00e0 des <em>prompts, <\/em>c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 quelques mots-clefs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce trop-plein iconique, cette surabondance d\u2019images va de pair avec une <em>\u00e9conomie de l\u2019ombre, <\/em>c\u2019est-\u00e0-dire une \u00e9conomie cach\u00e9e<span id='easy-footnote-1-6259' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/iconomies-de-lombre-et-algorithmisation-des-images-ce-que-le-capitalisme-numerique-fait-au-visible\/#easy-footnote-bottom-1-6259' title='&amp;nbsp;Voir Peter Szendy, \u00ab&amp;nbsp;Voiries du visible, iconomies de l\u2019ombre&amp;nbsp;\u00bb, dans &lt;em&gt;Le Supermarch\u00e9 des images&lt;\/em&gt;, textes r\u00e9unis par Peter Szendy, avec Emmanuel Alloa et Marta Ponsa, Jeu de Paume-Gallimard, 2020.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>. Le versant obscur ou sombre de l\u2019actuelle surproduction d\u2019images, ce sont d\u2019abord des masses de travailleurs du clic qui repr\u00e9sentent aujourd\u2019hui le travail \u00e0 la cha\u00eene de la visibilit\u00e9, effectu\u00e9 par une main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9, g\u00e9n\u00e9ralement dans le Sud global, dont le labeur quotidien contribue \u00e0 organiser et g\u00e9rer la circulation des images&nbsp;: cette main-d\u2019\u0153uvre assure par exemple le taggage des images en termes de contenus (avec des effets souvent traumatiques sur ces travailleurs du visible condamn\u00e9s \u00e0 visionner de la torture ou de la p\u00e9dopornographie pour les \u00e9carter du march\u00e9 de la visibilit\u00e9)\u2009; elle assure le p\u00e9rim\u00e9trage des objets que les images repr\u00e9sentent (afin de pr\u00e9parer ces images \u00e0 \u00eatre trait\u00e9es par des programmes d\u2019intelligence artificielle), etc. L\u2019analyse marxienne de l\u2019extraction de la plus-value \u00e0 partir du travail impay\u00e9 n\u2019a rien perdu de son actualit\u00e9 dans l\u2019\u00e9conomie actuelle des images.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce qui se passe aussi dans l\u2019ombre des images \u2013 ou plut\u00f4t&nbsp;: sous leur surface visible \u2013, c\u2019est toute une s\u00e9rie d\u2019op\u00e9rations d\u2019encodage par lesquelles la plus-value est extraite du simple fait de voir, c\u2019est-\u00e0-dire de notre appareil perceptif. Les images, on le sait, sont cod\u00e9es puis d\u00e9cod\u00e9es par ce qu\u2019on appelle des <em>codecs <\/em>(codeurs-d\u00e9codeurs), pour \u00e9conomiser de l\u2019espace (de la largeur de bande) sur les r\u00e9seaux. Un ciel bleu, par exemple, occupera moins de place sur les routes o\u00f9 circulent les images (les c\u00e2bles souterrains ou sous-marins, les ondes radio\u00e9lectriques de la t\u00e9l\u00e9phonie mobile et de la communication satellitaire) si la caract\u00e9ristique color\u00e9e de ce ciel est exprim\u00e9e par une formule de r\u00e9partition statistique du bleu plut\u00f4t qu\u2019en pr\u00e9cisant la nuance exacte de chaque \u00e9l\u00e9ment de l\u2019image (de chaque pixel). L\u2019essentiel, dans ces compressions, c\u2019est qu\u2019elles passent inaper\u00e7ues&nbsp;: soit parce que les gains se fondent sur l\u2019\u00e9limination de la simple redondance, soit parce qu\u2019ils profitent de lacunes ou de zones d\u2019insensibilit\u00e9 inh\u00e9rentes \u00e0 notre appareil perceptif (on discrimine moins au sein du bleu que pour d\u2019autres couleurs). En revisitant le concept marxien de plus-value, \u00e0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique, le th\u00e9oricien des m\u00e9dias Jonathan Sterne parle \u00e0 ce propos de \u00ab&nbsp;plus-d\u00e9finition&nbsp;\u00bb <em>(surplus definition) <\/em>pour d\u00e9signer l\u2019exc\u00e9dent d\u2019espace qui peut \u00eatre ainsi d\u00e9gag\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 une d\u00e9finition <em>imperceptiblement<\/em> plus basse de l\u2019image<span id='easy-footnote-2-6259' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/iconomies-de-lombre-et-algorithmisation-des-images-ce-que-le-capitalisme-numerique-fait-au-visible\/#easy-footnote-bottom-2-6259' title='&amp;nbsp;&lt;em&gt;&amp;nbsp;\u201cI will use the term &lt;\/em&gt;surplus definition&lt;em&gt; to describe the difference between the definition that a media system can theoretically produce and what its users need to perceive in order for it to work &lt;\/em&gt;[\u2026].\u201d Jonathan Sterne, &lt;em&gt;mp3. The Meaning of a Format, &lt;\/em&gt;Duke University Press, 2012, p.&amp;nbsp;46.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 un bref, trop bref aper\u00e7u de ce qui se passe, de ce qui se trame dans l\u2019ombre des images, sous leur surface visible. Mais \u00e0 quoi sert ce travail impay\u00e9 ou sous-pay\u00e9\u2009? Pourquoi est-il n\u00e9cessaire, ce travail de la visibilit\u00e9 qui, quant \u00e0 lui, reste invisible\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Jonathan Sterne a propos\u00e9 de caract\u00e9riser la compression comme \u00ab&nbsp;le processus qui rend un mode de repr\u00e9sentation ad\u00e9quat \u00e0 ses infrastructures<span id='easy-footnote-3-6259' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/iconomies-de-lombre-et-algorithmisation-des-images-ce-que-le-capitalisme-numerique-fait-au-visible\/#easy-footnote-bottom-3-6259' title='&amp;nbsp;\u201c&lt;em&gt;Compression is the process that renders a mode of representation adequate to its infrastructures.\u201d &lt;\/em&gt;Jonathan Sterne, \u00ab&amp;nbsp;Compression: A Loose History&amp;nbsp;\u00bb, dans &lt;em&gt;Signal Traffic: Critical Studies of Media Infrastructures, &lt;\/em&gt;textes r\u00e9unis par Lisa Parks et Nicole Starosielski, University of Illinois Press, 2015,p.&amp;nbsp;35. Ma traduction.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span>&nbsp;\u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire que la compression d\u2019une image est la mani\u00e8re de la pr\u00e9parer, de l\u2019appr\u00eater en vue de son transport \u00e0 travers une infrastructure routi\u00e8re en forme de r\u00e9seau c\u00e2bl\u00e9, \u00e0 travers ce que j\u2019ai pu appeler des voiries du visible, des optoroutes ou des iconoroutes<span id='easy-footnote-4-6259' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/iconomies-de-lombre-et-algorithmisation-des-images-ce-que-le-capitalisme-numerique-fait-au-visible\/#easy-footnote-bottom-4-6259' title='&amp;nbsp;Sur la notion de \u00ab\u2009voiries du visible&amp;nbsp;\u00bb, voir Peter Szendy, &lt;em&gt;Le Supermarch\u00e9 du visible. Essai d\u2019iconomie, &lt;\/em&gt;Minuit, 2017, p.&amp;nbsp;72, p.&amp;nbsp;99 et p.&amp;nbsp;115\u2009; sur les \u00ab&amp;nbsp;optoroutes&amp;nbsp;\u00bb, voir Peter Szendy, &lt;em&gt;Pour une \u00e9cologie des images, &lt;\/em&gt;Minuit, 2021, p.&amp;nbsp;78 et p.&amp;nbsp;81.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span>. Autrement dit, c\u2019est la vocation des images \u00e0 circuler qui est au fondement de l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019une \u00e9conomie des images, de ce que je nomme souvent, en reprenant de fa\u00e7on critique un mot propos\u00e9 par Jean-Joseph Goux, une <em>iconomie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Au sens o\u00f9 je l\u2019entends, ce terme d\u00e9signe non pas le simple fait que les images, comme n\u2019importe quel autre produit, peuvent se retrouver ou non sur un march\u00e9 o\u00f9 elles sont \u00e9chang\u00e9es, o\u00f9 elles acqui\u00e8rent une valeur. Il d\u00e9signe plut\u00f4t, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le fait que les images sont <em>structur\u00e9es d\u2019embl\u00e9e<\/em> par l\u2019enjeu de leur valeur, que leur texture ou leur facture m\u00eame, en tant qu\u2019images, est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9termin\u00e9e par leur vocation, par leur destination, qui est celle d\u2019\u00eatre \u00e9chang\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Iconomie&nbsp;: <\/em>ce n\u00e9ologisme a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9, disais-je, par Jean-Joseph Goux en 1992<span id='easy-footnote-5-6259' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/iconomies-de-lombre-et-algorithmisation-des-images-ce-que-le-capitalisme-numerique-fait-au-visible\/#easy-footnote-bottom-5-6259' title='&amp;nbsp;Jean-Joseph Goux, \u00ab&amp;nbsp;L\u2019art et l\u2019argent&amp;nbsp;: vers une nouvelle \u201ciconomie\u201d&amp;nbsp;\u00bb, &lt;em&gt;Art Press,&lt;\/em&gt; n\u00b0165, janvier 1992.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span>. Mais il faut aller plus loin que le sens restreint que Goux lui a donn\u00e9. En effet, d\u2019une part, ce mot s\u2019inscrit chez lui dans un diagnostic sur notre \u00e9poque (tr\u00e8s probl\u00e9matique \u00e0 mes yeux), un diagnostic qui croit pouvoir identifier notamment une disparition de la monnaie&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;la monnaie n\u2019existe plus, <\/em>la vraie, l\u2019authentique, l\u2019absolue&nbsp;\u00bb, \u00e9crit-il, puisqu\u2019elle est d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9e, puisqu\u2019elle est \u00ab&nbsp;devenue scripturale, ou nominale&nbsp;\u00bb, puisqu\u2019elle a perdu \u00ab&nbsp;de son poids rassurant, de sa mat\u00e9rialit\u00e9 th\u00e9saurisable&nbsp;\u00bb. Et d\u2019autre part, ce que d\u00e9signe pour Jean-Joseph Goux le n\u00e9ologisme <em>iconomie, <\/em>c\u2019est le fait que la peinture peut pr\u00e9cis\u00e9ment fournir une \u00ab&nbsp;compensation [\u2026] devant l\u2019incertitude du fondement des valeurs&nbsp;\u00bb, qu\u2019elle peut donc remplacer la stabilit\u00e9 perdue de la monnaie. Face \u00e0 ce que je suis tent\u00e9 d\u2019appeler, en songeant \u00e0 une distinction que l\u2019on trouve chez Georges Bataille, l\u2019<em>iconomie restreinte <\/em>de Jean-Joseph Goux, j\u2019aimerais au contraire proposer l\u2019id\u00e9e d\u2019une <em>iconomie g\u00e9n\u00e9rale.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>De ce point de vue \u00e9largi, il faut consid\u00e9rer, disais-je, que les images ne jouent pas un r\u00f4le \u00e9conomique <em>en plus<\/em> du fait qu\u2019elles sont des images, comme si leur valeur s\u2019ajoutait en quelque sorte \u00e0 leur imag\u00e9it\u00e9. Au contraire&nbsp;: les images, en tant qu\u2019images, sont d\u00e9j\u00e0 tram\u00e9es, travers\u00e9es, structur\u00e9es par des relations \u00e9conomiques. Pensez aux compressions, aux formatages qui d\u00e9gagent de la plus-d\u00e9finition dans leur texture m\u00eame, dans leurs \u00e9l\u00e9ments, dans leurs moindres composantes. Il faut donc dire que c\u2019est l\u2019affleurement m\u00eame des images \u00e0 la surface de leur visibilit\u00e9 qui suppose une sous-traitance dans l\u2019ombre, un usinage, une manufacture appel\u00e9e \u00e0 s\u2019effacer lorsque l\u2019image devient image.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, dans cette production iconomique du visible, une mutation majeure s\u2019est produite, qui affecte ce qu\u2019on pourrait appeler le r\u00e9gime d\u2019apparition des images, leur venue \u00e0 l\u2019appara\u00eetre. Cette mutation, elle ne concerne pas seulement la circulation des images apr\u00e8s coup\u2009; je veux dire&nbsp;: pas seulement le fait que, une fois qu\u2019elles existent, les images sont transport\u00e9es, achemin\u00e9es vers les regards qui les attendent. C\u2019est plut\u00f4t que les images sont devenues <em>essentiellement<\/em> mobiles, transitoires.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est pas s\u00fbr, d\u2019ailleurs, qu\u2019elles le soient simplement devenues. Je d\u00e9fendrais volontiers l\u2019id\u00e9e que les images ont toujours \u00e9t\u00e9 vou\u00e9es \u00e0 \u2013 et d\u00e9termin\u00e9es par \u2013 leur transportabilit\u00e9. Pensons \u00e0 Aby Warburg, \u00e0 ce concept qu\u2019il propose et qu\u2019il faudrait rendre en fran\u00e7ais par un mot-valise \u00e0 m\u00eame d\u2019en restituer l\u2019\u00e9tonnante nouveaut\u00e9, \u00e0 savoir&nbsp;: <em>Bilderfahrzeug, <\/em>que l\u2019on devrait traduire par \u00ab&nbsp;iconov\u00e9hicules&nbsp;\u00bb. Dans l\u2019introduction \u00e0 son <em>Atlas Mnemosyne, <\/em>Warburg \u00e9crit ainsi<span id='easy-footnote-6-6259' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/iconomies-de-lombre-et-algorithmisation-des-images-ce-que-le-capitalisme-numerique-fait-au-visible\/#easy-footnote-bottom-6-6259' title='&amp;nbsp;Aby Warburg, \u00ab&amp;nbsp;Introduction \u00e0 l\u2019Atlas Mn\u00e9mosyne&amp;nbsp;\u00bb, dans &lt;em&gt;L\u2019Atlas Mn\u00e9mosyne. \u00c9crits, &lt;\/em&gt;II, traduction fran\u00e7aise (modifi\u00e9e) de Sacha Zilberfarb, L\u2019\u00c9carquill\u00e9, 2012, p.&amp;nbsp;58. La traduction fran\u00e7aise rend l\u2019id\u00e9e tr\u00e8s confuse en proposant&amp;nbsp;: \u00ab&amp;nbsp;ce transport d\u2019images automobiles&amp;nbsp;\u00bb.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span>&nbsp;: \u00ab&nbsp;La tapisserie flamande [il parle de la tapisserie de la fin du Moyen-\u00c2ge] est un prototype, de dimensions encore colossales, du v\u00e9hicule automobile des images <em>(des automobilen Bilderfahrzeugs)&nbsp;:<\/em> d\u00e9croch\u00e9e du mur, gr\u00e2ce \u00e0 sa mobilit\u00e9 et \u00e0 sa technique fond\u00e9e sur la reproduction et la duplication d\u2019un contenu iconographique, elle [la tapisserie] est un pr\u00e9curseur de l\u2019image imprim\u00e9e, autrement dit de l\u2019eau-forte et de la xylographie [\u2026].&nbsp;\u00bb Dans un lexique plus proche de nous, on pourrait dire que la tapisserie est une compression ou un formatage de l\u2019image.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, m\u00eame si les images sont depuis longtemps vou\u00e9es \u00e0 circuler (peut-\u00eatre depuis toujours&nbsp;: on pourra en discuter et j\u2019y reviendrai encore, dans un instant, en vous parlant un peu de Marx et de l\u2019id\u00e9e d\u2019un transport sur place<span id='easy-footnote-7-6259' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/iconomies-de-lombre-et-algorithmisation-des-images-ce-que-le-capitalisme-numerique-fait-au-visible\/#easy-footnote-bottom-7-6259' title='&amp;nbsp;Dans &lt;em&gt;Pour une \u00e9cologie des images&lt;\/em&gt;, en relisant la c\u00e9l\u00e8bre sc\u00e8ne de l\u2019invention de la peinture chez Pline, je sugg\u00e8re que la toute premi\u00e8re image de l\u2019histoire de l\u2019art est d\u00e9j\u00e0 un transformatage&amp;nbsp;: \u00ab&amp;nbsp;[\u2026] \u00e0 l\u2019origine de la peinture, il y a un \u00e9change, une substitution de m\u00e9diums ou de formats (du trait \u00e0 la terre cuite). Au commencement, il y a une diff\u00e9rence de formatage, c\u2019est-\u00e0-dire aussi un diff\u00e9rentiel de vitesses, puisque l\u2019un des formats (la cuisson de l\u2019argile) prend plus de temps que l\u2019autre (le trac\u00e9 du dessin). La toute premi\u00e8re image de l\u2019histoire de l\u2019art est un &lt;em&gt;transformat.&lt;\/em&gt;&amp;nbsp;\u00bb Peter Szendy, &lt;em&gt;Pour une \u00e9cologie des images, op.&amp;nbsp;cit., &lt;\/em&gt;p.&amp;nbsp;20.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span>), il est ind\u00e9niable que quelque chose a chang\u00e9 dans cette vocation ou destination circulatoire des images. Car les images sont aujourd\u2019hui <em>imm\u00e9diatement<\/em> envoy\u00e9es, post\u00e9es, \u00e9chang\u00e9es, partag\u00e9es. Autrement dit, l\u2019acheminement des images est contemporain de leur gen\u00e8se&nbsp;: il se produit <em>en m\u00eame temps<\/em> que leur venue \u00e0 la visibilit\u00e9, comme en t\u00e9moignent les ic\u00f4nes de partage qui s\u2019affichent sur nos \u00e9crans aussit\u00f4t qu\u2019un clich\u00e9 a \u00e9t\u00e9 pris. \u00c0 peine saisie, l\u2019image est adress\u00e9e ou adressable. Elle n\u2019attend pas d\u2019exister ici avant de partir l\u00e0-bas. Elle est originairement en partance (il faut presque <em>faire attention<\/em> <em>pour qu\u2019elle ne s\u2019envoie pas).<\/em> Si bien que son transport ne lui survient pas apr\u00e8s coup, <em>post factum <\/em>(apr\u00e8s le fait de la fabrication de l\u2019image),<em> <\/em>mais il participe \u00e0 chaque instant de sa texture m\u00eame ou de sa tenue. Et c\u2019est pourquoi nous sommes port\u00e9s \u00e0 dire que le r\u00e9gime d\u2019existence de l\u2019image aurait bascul\u00e9&nbsp;: d\u00e9sormais, elle serait essentiellement circulatoire plut\u00f4t que stationnaire, itin\u00e9rante plut\u00f4t qu\u2019attach\u00e9e (m\u00eame provisoirement) \u00e0 un support ou une surface.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est au fond cette texture circulatoire de l\u2019image que l\u2019on remarque chaque fois que sa transportabilit\u00e9 intrins\u00e8que affleure \u00e0 la surface du visible&nbsp;: chaque fois que l\u2019image se pixellise, on voit poindre en elle, \u00e0 travers elle, les routes, les iconoroutes qu\u2019elle est en train de parcourir pour venir jusqu\u2019\u00e0 nous se faire voir.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour aller un peu plus loin dans l\u2019analyse de cette transportabilit\u00e9 inh\u00e9rente aux images, je vous propose, pour conclure mon intervention de nous tourner bri\u00e8vement vers des pages peu connues \u2013 peu comment\u00e9es, en tout cas \u2013 du deuxi\u00e8me volume du <em>Capital <\/em>de Marx, des pages consacr\u00e9es aux transports, justement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le transport, \u00e9crit Marx, ne produit rien qui soit distinct du temps qu\u2019il prend, rien qui puisse en \u00eatre d\u00e9tach\u00e9 en tant que marchandise devenue ind\u00e9pendante de son proc\u00e8s de production<span id='easy-footnote-8-6259' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/iconomies-de-lombre-et-algorithmisation-des-images-ce-que-le-capitalisme-numerique-fait-au-visible\/#easy-footnote-bottom-8-6259' title='&amp;nbsp;Karl Marx, &lt;em&gt;Le Capital, &lt;\/em&gt;II, traduction fran\u00e7aise d\u2019Erna Cogniot, \u00c9ditions sociales, 1977, p.&amp;nbsp;51. Pour une lecture plus d\u00e9velopp\u00e9e de ces pages de Marx dans une perspective iconomique, voir Peter Szendy, \u00ab&amp;nbsp;Iconoroutes et iconov\u00e9hicules&amp;nbsp;\u00bb, dans &lt;em&gt;Sites du film&amp;nbsp;: le cin\u00e9ma et ses parages&lt;\/em&gt;, textes r\u00e9unis par Jean-Michel Durafour, Les Presses du r\u00e9el, 2023, p.&amp;nbsp;55-79.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span>. Son \u00ab&nbsp;effet utile&nbsp;\u00bb, dit Marx, \u00ab&nbsp;n\u2019existe pas comme objet d\u2019usage distinct de ce proc\u00e8s&nbsp;\u00bb. Le propre du transport, c\u2019est donc que produit et production s\u2019y confondent, y co\u00efncident parfaitement. Exactement comme se confondent et co\u00efncident, dans le temps de l\u2019encodage et du d\u00e9codage, la facture des images num\u00e9riques contemporaines (ce dont elles sont faites, ce qui les trame) et ce que Nadar appelait leur \u00ab&nbsp;factage&nbsp;\u00bb (c\u2019est le m\u00eame mot que facteur), c\u2019est-\u00e0-dire leur envoi, leur distribution (dans ses <em>M\u00e9moires, <\/em>Nadar parle des photographies qu\u2019il prenait en ballon pour ensuite les acheminer jusqu\u2019au sol par une corde<span id='easy-footnote-9-6259' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/iconomies-de-lombre-et-algorithmisation-des-images-ce-que-le-capitalisme-numerique-fait-au-visible\/#easy-footnote-bottom-9-6259' title='&amp;nbsp;Nadar, &lt;em&gt;Quand j\u2019\u00e9tais photographe, &lt;\/em&gt;Ernest Flammarion, sans date (vers 1900), p.&amp;nbsp;79. Sur ce \u00ab&amp;nbsp;factage&amp;nbsp;\u00bb photographique de Nadar, voir Peter Szendy, &lt;em&gt;Pour une \u00e9cologie des images, op.&amp;nbsp;cit., &lt;\/em&gt;p.&amp;nbsp;73&amp;nbsp;&lt;em&gt;sq.&lt;\/em&gt;'><sup>9<\/sup><\/a><\/span>). Une image, aujourd\u2019hui, ce sont des paquets de donn\u00e9es transport\u00e9es et stock\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais<em> <\/em>Marx va plus loin en distinguant, d\u2019une part, la circulation ou l\u2019\u00e9change et, d\u2019autre part, le transport proprement dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;des marchandises&nbsp;\u00bb, dit-il, \u00ab&nbsp;peuvent circuler sans se mouvoir mat\u00e9riellement, et des produits peuvent \u00eatre transport\u00e9s sans qu\u2019il y ait circulation de marchandises ni m\u00eame \u00e9change direct de produits<span id='easy-footnote-10-6259' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/iconomies-de-lombre-et-algorithmisation-des-images-ce-que-le-capitalisme-numerique-fait-au-visible\/#easy-footnote-bottom-10-6259' title='&amp;nbsp;Karl Marx, &lt;em&gt;Le Capital, II, op. cit., &lt;\/em&gt;p.&amp;nbsp;131.'><sup>10<\/sup><\/a><\/span>&nbsp;\u00bb. Il y a ainsi circulation sans transport lorsqu\u2019\u00ab&nbsp;une maison que A vend \u00e0 B circule comme marchandise sans bouger de place&nbsp;\u00bb ou lorsque \u00ab&nbsp;des marchandises mobiles, comme le coton ou le fer brut, peuvent tra\u00eener longtemps dans le m\u00eame d\u00e9p\u00f4t, tout en parcourant une infinit\u00e9 de proc\u00e8s de circulation, en \u00e9tant achet\u00e9es et revendues par les sp\u00e9culateurs&nbsp;\u00bb<em>. <\/em>Quant au transport sans circulation, on imaginera facilement qu\u2019un produit quelconque puisse \u00eatre simplement d\u00e9plac\u00e9 sans qu\u2019il change pour autant de propri\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ces apparentes \u00e9vidences, \u00e0 ces exemples qui semblent aller de soi, je suis malgr\u00e9 tout tent\u00e9 d\u2019objecter. Car d\u00e9j\u00e0, pour qu\u2019un bien immeuble (une maison) circule sans transport, il faut qu\u2019un d\u00e9placement mat\u00e9riel affecte son titre de propri\u00e9t\u00e9, qui doit, comme on dit, changer de mains. La circulation sans transport ne serait donc, en r\u00e9alit\u00e9, qu\u2019un transport d\u00e9plac\u00e9, m\u00e9tonymique. Mais surtout, dans le cas des produits stock\u00e9s que la sp\u00e9culation fait circuler sans les mettre mat\u00e9riellement en mouvement, il faut consid\u00e9rer le stockage lui-m\u00eame comme un formatage ou un empaquetage \u00e9quivalent \u00e0 <em>un transport sur place&nbsp;:<\/em> il faut que le produit reste ce produit qu\u2019il est, il faut qu\u2019il ait une forme de permanence \u00e0 travers le changement qui l\u2019affecte (il s\u2019use, il est plus ou moins p\u00e9rissable m\u00eame s\u2019il ne bouge pas) afin qu\u2019on puisse sp\u00e9culer sur lui en tant que produit identique \u00e0 soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu\u2019\u00e9crit Marx au sujet du transport pourrait donc valoir tout autant pour le stockage&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le transport [et j\u2019ajouterais&nbsp;: le stockage] exige par exemple des pr\u00e9cautions plus ou moins grandes, par suite une d\u00e9pense plus ou moins grande de travail et de moyens de travail, selon que l\u2019article est plus ou moins fragile, p\u00e9rissable, sujet \u00e0 faire explosion<span id='easy-footnote-11-6259' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2024\/12\/iconomies-de-lombre-et-algorithmisation-des-images-ce-que-le-capitalisme-numerique-fait-au-visible\/#easy-footnote-bottom-11-6259' title='&amp;nbsp;&lt;em&gt;Ibid., &lt;\/em&gt;p.&amp;nbsp;132.'><sup>11<\/sup><\/a><\/span>.&nbsp;\u00bb Ce que Marx nous engage ainsi \u00e0 penser, de mani\u00e8re inattendue, c\u2019est que le stockage, ce n\u2019est peut-\u00eatre rien d\u2019autre qu\u2019un cas particulier (ou un degr\u00e9 z\u00e9ro) du transport&nbsp;: car le stockage n\u2019est pas simplement un laisser-reposer ou un laisser-\u00eatre (qui reviendrait \u00e0 laisser la marchandise se d\u00e9composer)\u2009; le stockage est un \u00eatre-sur-place, certes, mais constamment entretenu, si bien qu\u2019il faudrait plut\u00f4t le d\u00e9finir comme un <em>se-mouvoir-sur-place.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 ce que je voulais apporter \u00e0 notre discussion&nbsp;: non seulement des mani\u00e8res de penser le travail et la plus-value dans l\u2019iconomie contemporaine, mais aussi des concepts comme celui d\u2019iconov\u00e9hicule chez Warburg ou l\u2019indistinction du transport et de son produit chez Marx. Car les images d\u2019aujourd\u2019hui ne cessent de circuler, c\u2019est-\u00e0-dire de se <em>transformater,<\/em> y compris sur place.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\"><strong>Peter Szendy<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Peter Szendy est professeur en humanit\u00e9s et en litt\u00e9rature compar\u00e9e \u00e0 Brown University et conseiller musicologique pour les \u00e9ditions de la Philharmonie de Paris. Parmi ses publications r\u00e9centes : <em>La Voix, par ailleurs <\/em>(avec Laura Odello, Minuit, 2023) ; <em>Pouvoirs de la lecture. De Platon au livre \u00e9lectronique <\/em>(La D\u00e9couverte, 2022) ; <em>Pour une \u00e9cologie des images <\/em>(Minuit, 2021) ; <em>Le Supermarch\u00e9 du visible. Essai d&rsquo;iconomie <\/em>(Minuit, 2017) ; <em>\u00c0 coups de points. La ponctuation comme exp\u00e9rience <\/em>(Minuit, 2013). Il a \u00e9t\u00e9 le commissaire de l&rsquo;exposition <em>Le Supermarch\u00e9 des images <\/em>au Jeu de Paume (f\u00e9vrier-juin 2020).<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les infrastructures invisibles ainsi que le travail cach\u00e9 qui permettent la circulation comme l\u2019\u00e9change des images num\u00e9riques sont g\u00e9n\u00e9ralement les deux conditions de possibilit\u00e9 de l\u2019iconomie contemporaine et restent g\u00e9n\u00e9ralement dans l\u2019ombre. Pour les faire affleurer \u00e0 la surface du visible, ce texte fait dialoguer la pens\u00e9e d\u2019Aby Warburg et celle de Karl Marx, en particulier l\u00e0 o\u00f9 tous deux tentent d\u2019analyser ce que transporter veut dire. Il s\u2019agit, en somme, de la manutention des images aujourd\u2019hui.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[189],"tags":[216,212,217,214,215],"class_list":["post-6259","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cinema-et-speculation-financiere","tag-iconologie","tag-iconomie","tag-marchandisation","tag-materialisme","tag-travail-fantome"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9TfUI-1CX","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6259","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6259"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6259\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7179,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6259\/revisions\/7179"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6259"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6259"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6259"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}