{"id":5330,"date":"2022-02-16T08:30:35","date_gmt":"2022-02-16T07:30:35","guid":{"rendered":"http:\/\/imagessecondes.fr\/?p=5330"},"modified":"2024-01-17T11:03:38","modified_gmt":"2024-01-17T10:03:38","slug":"minster-schneider","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/","title":{"rendered":"M\u00e9lancolie du toucher"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"joseph-minster-clement-schneider\">Joseph Minster &amp; Cl\u00e9ment Schneider<\/h3>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"melancolie-du-toucher\"><strong><strong><strong>M\u00e9lancolie du toucher<\/strong><\/strong>. R\u00e9flexions crois\u00e9es autour&nbsp;d\u2019un film de confinement<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lors du confinement du printemps 2020, nous avons entrepris le tournage d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9 du film <em>Et de l\u2019herbe, et des fleurs, et de l&rsquo;eau<\/em>, enti\u00e8rement r\u00e9alis\u00e9 via des interfaces de visioconf\u00e9rence, avec des com\u00e9diens connect\u00e9s sur leurs ordinateurs individuels. Cet article est le compte rendu de ce que cette exp\u00e9rience nous a appris.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>confinement, desktop vid\u00e9o, visioconf\u00e9rence, virtuel, court-m\u00e9trage<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence \u00e9lectronique pour citer cet article<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Joseph Minster &amp; Cl\u00e9ment Schneider, \u00ab&nbsp;M\u00e9lancolie du toucher. R\u00e9flexions crois\u00e9es autour d\u2019un film de confinement&nbsp;\u00bb, <em>Images secondes<\/em> [En ligne], 03&nbsp;|&nbsp;2022, mis en ligne le 16 f\u00e9vrier 2022, URL : <a href=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/16\/minster-schneider\/\">http:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/16\/minster-schneider\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color\" style=\"color:#ff5d39\"><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/IS3-Minster-et-Schneider-Melancolie-du-toucher.pdf\" target=\"_blank\"><strong>\u2261 Version pdf \u00e0 t\u00e9l\u00e9charger<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><\/h5>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-vimeo wp-block-embed-vimeo\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<div class=\"jetpack-video-wrapper\"><iframe title=\"Et de l&#039;herbe, et des fleurs, et de l&#039;eau\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/511617114?dnt=1&amp;app_id=122963\" width=\"640\" height=\"400\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write\"><\/iframe><\/div>\n<\/div><figcaption><strong>Lien de visionnage <\/strong>: <a href=\"https:\/\/vimeo.com\/511617114\">https:\/\/vimeo.com\/511617114<\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><\/h5>\n\n\n\n<p>Nous avons \u00e9crit et tourn\u00e9 <em>Et de l&rsquo;herbe, et des fleurs, et de l&rsquo;eau<\/em> \u00e0 quatre mains, en mars-avril 2020, lors du premier confinement d\u00e9cid\u00e9 suite \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de la COVID-19. \u00c0 ce moment, tourner des films tels qu\u2019ils se font conventionnellement dans l\u2019industrie du cin\u00e9ma n\u2019\u00e9tait plus possible. Le seul moyen qu\u2019il nous restait pour r\u00e9unir des acteurs dispers\u00e9s aux quatre coins de la France et enregistrer leur image \u00e9tait internet. C\u2019est donc \u00e0 partir des possibilit\u00e9s et des contraintes de cet outil que nous avons imagin\u00e9 et fabriqu\u00e9 notre film. <em>A posteriori<\/em>, il nous semble que cette fiction de 35 minutes constitue une exp\u00e9rience de post-cin\u00e9ma<span id='easy-footnote-1-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-1-5330' title='Nous reprenons ici la d\u00e9finition propos\u00e9e dans l&amp;rsquo;appel \u00e0 communication&amp;nbsp;: \u00ab&amp;nbsp;Bien que son acception varie selon les auteurs et autrices,&amp;nbsp;le terme de \u00ab\u00a0post-cin\u00e9ma\u00a0\u00bb d\u00e9signe g\u00e9n\u00e9ralement les formes de l&amp;rsquo;image en&amp;nbsp;mouvement n\u00e9es avec le tournant num\u00e9rique et qui s&amp;rsquo;\u00e9mancipent des sp\u00e9cificit\u00e9s du&amp;nbsp;m\u00e9dium cin\u00e9matographique&amp;nbsp;\u2013&amp;nbsp;que celui-ci soit d\u00e9fini par l&amp;rsquo;indexicalit\u00e9 propre \u00e0 la&amp;nbsp;pellicule argentique, le dispositif de la projection en salle obscure, ou encore la&amp;nbsp;r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un canon d\u2019\u0153uvres consolid\u00e9 par plus d\u2019un si\u00e8cle de litt\u00e9rature critique et&amp;nbsp;th\u00e9orique.&amp;nbsp;\u00bb URL : http:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/IS3-appel-v2-prolong\u00e9.pdf.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span> dont nous nous proposons ici de discuter, pour en tirer quelques enseignements. Si nous avons choisi de parler d&rsquo;une seule voix, notre r\u00e9flexion, pour synth\u00e9tique qu&rsquo;elle soit, ne saurait se figer dans un texte univoque&nbsp;: d&rsquo;o\u00f9 la forme en rebonds que nous adoptons, mani\u00e8re de signifier que ce texte prolonge le dialogue que nous avons entam\u00e9 en mars 2020, avec ses incertitudes et ses tiraillements.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Jamais sans doute nous n\u2019avons collectivement pass\u00e9 autant de temps \u00e0 \u00eatre film\u00e9s que lors de ce printemps 2020 au cours duquel nous avons pris l\u2019habitude de nous r\u00e9unir sur internet, dans un espace imaginaire compos\u00e9 de la somme des images nous repr\u00e9sentant capt\u00e9es par nos <em>webcams<\/em> et autres <em>camphones<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-style:normal;font-weight:600\">\u00ab&nbsp;Imaginaire&nbsp;\u00bb&nbsp;: d&#8217;embl\u00e9e, ce mot r\u00e9v\u00e8le notre besoin de fiction pour penser l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Au cours du confinement, les relations, les interactions que nous entretenons d&rsquo;ordinaire les uns avec les autres ont \u00e9t\u00e9 atomis\u00e9es, emp\u00each\u00e9es&nbsp;: d&rsquo;actuelles, elles sont devenues virtuelles<span id='easy-footnote-2-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-2-5330' title='\u00ab&amp;nbsp;L\u2019essentiel d\u2019une \u201cr\u00e9alit\u00e9 virtuelle\u201d consiste dans le fait qu\u2019elle semble se passer de la structure physique et logique dont l\u2019homme a besoin&amp;nbsp;\u00bb. Maria Ma\u00eflat, \u00ab&amp;nbsp;Rubrique &amp;#8211; Le virtuel, le r\u00e9el et l&amp;rsquo;actuel&amp;nbsp;\u00bb, &lt;em&gt;Informations sociales&lt;\/em&gt;, n\u00b0 147, 2008\/3, pp. 90-91.&amp;nbsp; URL : https:\/\/www.cairn-int.info\/revue-informations-sociales-2008-3-page-90.htm&amp;nbsp;'><sup>2<\/sup><\/a><\/span>, et cette virtualisation a pris la forme canonique des visioconf\u00e9rences et autres \u00ab&nbsp;Skyp\u00e9ros&nbsp;\u00bb dont nous sommes devenus familiers. C&rsquo;est peut-\u00eatre parce que ces espaces virtuels sont devenus, du jour au lendemain, les seuls o\u00f9 il \u00e9tait possible de se retrouver et de converser, qu&rsquo;ils ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 leur potentiel imaginaire et fictionnel, donc cin\u00e9matographique. Pour le dire autrement, jamais ces espaces virtuels, que nous (re)construisons via des m\u00e9diations num\u00e9riques, n&rsquo;avaient \u00e9t\u00e9 autant pr\u00e9sents dans nos vies, aussi r\u00e9els<span id='easy-footnote-3-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-3-5330' title='\u00ab&amp;nbsp;Le virtuel poss\u00e8de une pleine r\u00e9alit\u00e9, en tant que virtuel&amp;nbsp;\u00bb. Gilles Deleuze, &lt;em&gt;Diff\u00e9rence et r\u00e9p\u00e9tition&lt;\/em&gt;, Paris, P.U.F., 1968, p. 269.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span> \u2013 nombre d&rsquo;entre nous n&rsquo;avions par exemple jamais pratiqu\u00e9 la vid\u00e9oconf\u00e9rence. \u00c0 ce titre, ils \u00e9taient probablement plus que jamais <em>disponibles<\/em> pour le cin\u00e9ma, pr\u00eats \u00e0 \u00eatre investis par les cin\u00e9astes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, ce moment o\u00f9 tous les tournages \u00e9taient arr\u00eat\u00e9s, et toutes les salles ferm\u00e9es, \u00e9tait peut-\u00eatre paradoxalement un moment o\u00f9 les habitudes mentales et inconscientes conf\u00e9r\u00e9es par l&rsquo;exp\u00e9rience commun\u00e9ment partag\u00e9e du spectateur de cin\u00e9ma n\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9 autant mises \u00e0 contribution. Les corps confin\u00e9s ne pouvaient plus faire l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un <em>ailleurs<\/em> autre qu\u2019imaginaire, les autres n\u2019existaient plus qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019images num\u00e9riques impalpables dont la trace \u00e9tait imm\u00e9diatement transmise sur des centaines de kilom\u00e8tres \u2013 et cette trace, m\u00eame lorsque la connexion \u00e9tait bonne et le temps de latence faible, \u00e9tait toujours \u2013 ne pouvait toujours qu\u2019\u00eatre d\u00e9j\u00e0 \u2013 une trace du pass\u00e9 en d\u00e9pit de l\u2019illusion de simultan\u00e9it\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Se pourrait-il que ce soit cela, le monde du&nbsp;post-cin\u00e9ma&nbsp;port\u00e9 \u00e0 son paroxysme ? Un monde dans lequel le cin\u00e9ma n\u2019existe plus dans ses modalit\u00e9s de fabrication collective classiques ou dans son dispositif spectatoriel, puisque la circulation minimale des corps qu\u2019il implique n\u2019est plus possible<span id='easy-footnote-4-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-4-5330' title='\u00ab&amp;nbsp;In this sense, post-cinema would not go beyond a deceased cinema but the alteration of an entity due to a change in parameter [\u2026] from a module which would be the constant unit. \u00bb Christophe G\u00e9nin, \u00ab&amp;nbsp;In-flight Entertainment or the Emptying Process of Art in the Air \u00bb, dans Dominique Chateau et Jos\u00e9 Moure (dir.), &lt;em&gt;Post-cinema&lt;\/em&gt;, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2020, p. 144.&amp;nbsp;'><sup>4<\/sup><\/a><\/span>&nbsp;; mais un monde dans lequel l\u2019ext\u00e9rieur et l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 n\u2019existent d\u00e9sormais que par la gr\u00e2ce d\u2019une capacit\u00e9 de notre esprit \u00e0 recomposer un espace-temps commun et homog\u00e8ne \u00e0 partir de la trace des fragments d\u2019espace-temps dissoci\u00e9s dans lesquels chacun d\u2019entre nous se trouve\u2026 \u00c0 l\u2019instant o\u00f9 le cin\u00e9ma avait momentan\u00e9ment disparu, c\u2019est pourtant gr\u00e2ce \u00e0 ce qu\u2019il nous avait appris que nous pouvions encore nous r\u00e9unir \u2013 f\u00fbt-ce \u00e0 l\u2019\u00e9tat de fant\u00f4mes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-style:normal;font-weight:600\">Dit comme cela, le cin\u00e9ma vient panser une blessure, et la mise en r\u00e9cit du r\u00e9el a sans doute aussi cette fonction r\u00e9paratrice. Dans le cas de notre film, nous avons mis \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve ce pouvoir quasi-magique d&rsquo;ubiquit\u00e9 de la cam\u00e9ra lorsqu&rsquo;elle met en pr\u00e9sence, dans le syntagme du champ-contrechamp, deux visages<span id='easy-footnote-5-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-5-5330' title='Claude Bailbl\u00e9, &lt;em&gt;La perception et l\u2019attention modifi\u00e9es par le dispositif cin\u00e9ma&lt;\/em&gt;, Th\u00e8se de doctorat en esth\u00e9tique sous la direction d\u2019Edmond Couchot, Universit\u00e9 Paris 8, 1999.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span>.<sup> <\/sup>Car alors, affectivement et cognitivement, nous sommes au m\u00eame moment en deux endroits \u00e0 la fois d&rsquo;un espace unifi\u00e9 par le montage, un espace effectivement raccord\u00e9. En tournant <em>Et de l&rsquo;herbe, et des fleurs, et de l&rsquo;eau<\/em>, nous avons cherch\u00e9 jusque dans quels retranchements nous pouvions pousser la capacit\u00e9 d&rsquo;inf\u00e9rence des spectateurices de cin\u00e9ma. Nous avons beau savoir que les visages qui dialoguent (ceux des personnages et ceux des acteurices) sont radicalement s\u00e9par\u00e9s, puisqu\u2019ils sont situ\u00e9s \u00e0 des centaines de kilom\u00e8tres les uns des autres, force est de constater, \u00e0 notre corps d\u00e9fendant, que nous refabriquons mentalement lors de la vision du film l\u2019espace commun imaginaire qui leur permettrait d&rsquo;\u00eatre ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce moment de post-cin\u00e9ma situ\u00e9 historiquement \u2013 le post-cin\u00e9ma prenant ici litt\u00e9ralement ici le sens de \u00ab&nbsp;l\u2019apr\u00e8s cin\u00e9ma&nbsp;\u00bb \u2013, nous avons voulu garder une trace, un r\u00e9cit de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, qui en porte l&#8217;empreinte arch\u00e9ologique et les stigmates formels. De l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre ensemble, et du d\u00e9sir de d\u00e9passer cette impossibilit\u00e9, nous avons donc fait le motif et le principe de notre film, et nous avons con\u00e7u une histoire dont nous n\u2019aurions connaissance que par des fragments se d\u00e9roulant sur des interfaces de communication num\u00e9rique \u2013 actant le fait que nos existences respectives n\u2019\u00e9taient d\u00e9sormais perceptibles qu\u2019au sein de cet espace virtuel, et que tout le reste ne constituait plus qu\u2019un vaste hors-champ auquel il n\u2019\u00e9tait pas possible d\u2019avoir acc\u00e8s.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette histoire, nous avons choisi de la situer dans un futur proche. La fiction nous permettait ainsi d\u2019explorer l\u2019\u00e9volution possible d\u2019une situation qui devenait plus \u00e9trange chaque jour en transformant de fa\u00e7on insidieuse la r\u00e9alit\u00e9 que nous habitions \u00e0 travers des \u00e9volutions l\u00e9gislatives adopt\u00e9es dans le but de contr\u00f4ler l\u2019\u00e9volution exponentielle de la pand\u00e9mie. La plus embl\u00e9matique d\u2019entre elles instaurait de lourdes amendes en cas d\u2019infractions aux consignes, et m\u00eame la possibilit\u00e9 de peines de prison ferme (jusqu\u2019\u00e0 six mois de prison dans le cas de trois infractions successives)<span id='easy-footnote-6-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-6-5330' title='Article L3136-1 du code de la sant\u00e9 publique &lt;a href=&quot;https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/loda\/id\/LEGIARTI000041866179\/2020-05-12\/&quot;&gt;modifi\u00e9 par la Loi n\u00b02020-546 du 11 mai 2020 &amp;#8211; art. 9&lt;\/a&gt;&amp;nbsp;: \u00ab&amp;nbsp;Le fait de ne pas respecter les mesures prescrites par l&amp;rsquo;autorit\u00e9 requ\u00e9rante pr\u00e9vues aux articles L. 3131-8 et L. 3131-9 est puni de six mois d&amp;#8217;emprisonnement et de 10 000 euros d&amp;rsquo;amende.&amp;nbsp;\u00bb URL :&amp;nbsp; &lt;a href=&quot;https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/codes\/article_lc\/LEGIARTI000041868021\/2020-05-12&quot;&gt;https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/codes\/article_lc\/LEGIARTI000041868021\/2020-05-12&lt;\/a&gt;'><sup>6<\/sup><\/a><\/span>. <em>Et de l\u2019herbe, et des fleurs, et de l\u2019eau<\/em> met ainsi en sc\u00e8ne plusieurs trentenaires confront\u00e9\u00b7e\u00b7s au prolongement d\u2019un \u00e9pisode de reconfinement et aux cons\u00e9quences qu\u2019a ce prolongement sur leurs vies. Le film s\u2019int\u00e9resse particuli\u00e8rement \u00e0 la trajectoire de Victor et d\u2019Anna, confin\u00e9\u00b7e\u00b7s dans des lieux diff\u00e9rents alors qu\u2019Anna attend un enfant de Victor. Pour obtenir le droit de se r\u00e9unir, le couple se marie au cours d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie virtuelle. Mais les r\u00e8gles changent \u00e0 nouveau et Victor prend la d\u00e9cision de braver les interdits pour rejoindre sa compagne malgr\u00e9 les risques encourus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La science-fiction \u2013 nous employons le terme de science-fiction \u00e0 dessein, consid\u00e9rant que le changement de paradigme de la disparition provisoire du cin\u00e9ma, laissant le champ libre \u00e0 ce que nous choisissons d\u2019appeler \u00ab&nbsp;post-cin\u00e9ma&nbsp;\u00bb, rel\u00e8ve d\u2019une \u00e9volution technique tout autant que sociale \u2013 joue ici le r\u00f4le d\u2019exp\u00e9rience de pens\u00e9e filmique permettant \u00e0 la fois d\u2019imaginer, mais aussi de ressentir ce que pourrait devenir notre monde dans un avenir proche.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-style:normal;font-weight:600\">Le processus d&rsquo;\u00e9criture s&rsquo;est d\u00e9bloqu\u00e9 au moment pr\u00e9cis o\u00f9 nous avons cess\u00e9 de courir derri\u00e8re un r\u00e9el qui nous demeurait \u2013 comme au reste de l&rsquo;humanit\u00e9 \u2013 insaisissable, et o\u00f9 nous avons os\u00e9 prendre une petite longueur d&rsquo;avance : l&rsquo;anticipation, en ce qu&rsquo;elle instaurait un \u00e9cart avec l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9 du r\u00e9el tout en \u00e9tant fermement enracin\u00e9e en lui, nous donnait la latitude n\u00e9cessaire, la distance pour m\u00e9taphoriser l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement et lui donner forme&nbsp;: personnages, sc\u00e8nes, narration\u2026 la fiction s&rsquo;est cristallis\u00e9e. C\u2019est parce que nous avons assum\u00e9 de nous d\u00e9coller les yeux du \u00ab&nbsp;direct&nbsp;\u00bb que nous avons ouvert \u00e0 l&rsquo;imaginaire des acteurices d&rsquo;abord, des spectateurices ensuite, l&rsquo;espace sans lequel il n&rsquo;est pas d&rsquo;histoire possible.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-style:normal;font-weight:600\">On sait la fa\u00e7on dont ces tentatives d\u2019anticipation se r\u00e9v\u00e8lent parfois inexactes. Mais dans leurs inexactitudes m\u00eames, elles ne sont pas sans int\u00e9r\u00eat. <em>New-York 1997<\/em> de John Carpenter en est un bon exemple dans la mesure o\u00f9 le film est doublement dat\u00e9 : d&rsquo;une part parce qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 il y a quarante ans (1981), et d&rsquo;autre part parce que l&rsquo;\u00e9poque dont il faisait la description anticip\u00e9e est aujourd&rsquo;hui largement derri\u00e8re nous. Or le film s&rsquo;adresse toujours \u00e0 nous&nbsp;: il met en sc\u00e8ne les obsessions s\u00e9curitaires d&rsquo;une Am\u00e9rique coup\u00e9e en deux \u2013 figur\u00e9es dans le film par un mur qui entoure la presqu&rsquo;\u00eele de Manhattan \u2013, obsessions dont l&rsquo;actualit\u00e9 saute litt\u00e9ralement aux yeux. Et il est aussi une puissante archive sur le regard d\u00e9sabus\u00e9 qu&rsquo;un cin\u00e9aste des ann\u00e9es 1980 portait sur les \u00e9checs et les d\u00e9ceptions de la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente, regard qui l&#8217;emp\u00eachait d&rsquo;imaginer un futur positif pour son propre pays. C&rsquo;est cette m\u00eame double fonction que nous visons pour notre film, dont nous savons qu&rsquo;il sera bient\u00f4t d\u00e9pass\u00e9 par le r\u00e9el&nbsp;: constituer une archive d&rsquo;un moment historique, <em>et en m\u00eame temps<\/em> des imaginaires projectifs propres \u00e0 ce moment.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9 dans un contexte particulier, <em>Et de l\u2019herbe, et des fleurs et de l\u2019eau<\/em> s\u2019inscrit, comme toute tentative, en relation \u00e0 d\u2019autres films qui mettent en sc\u00e8ne le m\u00eame genre de situations narratives \u2013 des couples physiquement s\u00e9par\u00e9s qui tentent de compenser l\u2019impossibilit\u00e9 de se toucher par la multiplication de conversations num\u00e9riques \u2013, et mobilisent le m\u00eame genre de dispositifs formels pour en rendre compte. Les exemples ne manquent pas. L\u2019analyse de deux films fran\u00e7ais, notamment, nous semble pertinente pour mieux situer notre travail : <em>Bird People<\/em> de Pascale Ferran (2014), et <em>\u00c0 c\u0153ur battant<\/em> de Keren Ben Rafa\u00ebl (2019).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Bird People<\/em>,<em> <\/em>Gary, un ing\u00e9nieur en informatique am\u00e9ricain, d\u00e9cide de quitter sa femme alors qu\u2019il se trouve dans un h\u00f4tel \u00e0 Paris. Une tr\u00e8s longue s\u00e9quence nous montre la rupture avec son \u00e9pouse tandis qu\u2019ils \u00e9changent via leurs ordinateurs respectifs. La mise en sc\u00e8ne rigoureuse de Pascale Ferran nous place dans le point de vue de Gary. Son \u00e9pouse n\u2019appara\u00eet jamais que sur l\u2019\u00e9cran. Lui, en revanche, est film\u00e9 dans l\u2019espace o\u00f9 il se trouve \u2013 la chambre d\u2019h\u00f4tel. L\u2019essentiel de la s\u00e9quence est film\u00e9 en plans rapproch\u00e9s, souvent avec amorces (le dos de Gary qui fait face \u00e0 son \u00e9cran, le dos de l\u2019\u00e9cran que regarde Gary). Alors qu\u2019il fait d\u2019abord jour sur l\u2019\u00e9cran et nuit dans la chambre d\u2019h\u00f4tel, le rapport s\u2019inverse \u00e0 la fin de la s\u00e9quence (il se met \u00e0 faire nuit dehors et jour dans la chambre d\u2019h\u00f4tel). D\u2019un m\u00eame mouvement, l\u2019\u00e9loignement g\u00e9ographique des personnages et la dur\u00e9e de leur rupture sont ainsi rendus sensibles \u00e0 l\u2019\u00e9cran.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1628\" height=\"442\" src=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.47.25.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5556\" srcset=\"https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.47.25.png 1628w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.47.25-300x81.png 300w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.47.25-768x209.png 768w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.47.25-1536x417.png 1536w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.47.25-700x190.png 700w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.47.25-680x185.png 680w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.47.25-280x76.png 280w\" sizes=\"(max-width: 1628px) 100vw, 1628px\" \/><figcaption><strong>Figure 1a.<\/strong> 00\u201952\u201956  <strong>Figure 1b.<\/strong> 00\u201953\u201912<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Ce choix de Pascale Ferran d\u00e9signe clairement l\u2019interface de l\u2019\u00e9cran pour ce qu\u2019elle est&nbsp;: une fen\u00eatre permettant de connecter visuellement et auditivement deux espaces et les images des corps qui habitent ces espaces. La composition du plan nous pr\u00e9sentant Elisabeth sur l\u2019ordinateur met d\u2019ailleurs en valeur la perspective de la cuisine dans laquelle elle se trouve.<\/p>\n\n\n\n<p>Le film ne prend pas le parti de se placer <em>dans<\/em> le monde virtuel g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par les \u00e9crans. Il rappelle sans cesse que ce monde virtuel n\u2019est que l\u2019avatar d\u00e9grad\u00e9 du monde actuel, avec lequel Gary souhaite d\u2019ailleurs renouer un contact direct, en renon\u00e7ant au \u00ab&nbsp;flux<sup>&nbsp;<\/sup>\u00bb<span id='easy-footnote-7-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-7-5330' title='Sandrine Marqu\u00e8s, \u00ab&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bird People&amp;nbsp;&lt;\/em&gt;: vol au-dessus d&amp;rsquo;un monde d\u00e9connect\u00e9&amp;nbsp;\u00bb, &lt;em&gt;Le Monde&lt;\/em&gt;, 3 juin 2014.&amp;nbsp;'><sup>7<\/sup><\/a><\/span>, pour trouver une forme \u00ab&nbsp;d\u2019apaisement&nbsp;\u00bb. Le traitement du son t\u00e9moigne de ce choix de situer les personnages les uns par rapport aux autres : la voix de Gary est enregistr\u00e9e et mix\u00e9e dans un rapport de proximit\u00e9 sonore ; celle d\u2019Elisabeth est au contraire l\u00e9g\u00e8rement filtr\u00e9e et sous-mix\u00e9e, signifiant son statut de voix transport\u00e9e<em> <\/em>dans l\u2019espace de Gary, m\u00eame si elle reste conventionnellement parfaitement audible, et sans aucune trace des artefacts de compression pouvant \u00eatre g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par une connexion \u00e0 distance. Dans le film de Ferran, le monde virtuel est fluide, aussi homog\u00e8ne et continu que le monde actuel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-style:normal;font-weight:600\">Au fond, toute la s\u00e9quence tend \u00e0 souligner l&rsquo;irr\u00e9ductible de la distance qui s&rsquo;est creus\u00e9e au sein d\u2019un couple pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019un des arch\u00e9types d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 du flux. En 2014, il est normal, banal, de prendre l&rsquo;avion pour aller de San Jos\u00e9 \u00e0 Paris, puis Duba\u00ef, de vivre dans des espaces-temps d\u00e9cal\u00e9s\u2026 De cette banalit\u00e9, le physique m\u00eame des com\u00e9diennes et des com\u00e9diens t\u00e9moigne, tout comme le caract\u00e8re impersonnel de la chambre d&rsquo;h\u00f4tel de Gary ou de l&rsquo;int\u00e9rieur bourgeois d\u2019\u00c9lisabeth. La mani\u00e8re dont Ferran grippe cette fluidit\u00e9 vient aussi du fait que la cam\u00e9ra, en \u00e9pousant le strict point de vue de Gary \u2013 qui est pr\u00e9cis\u00e9ment en train de d\u00e9railler, de quitter la voie toute trac\u00e9e dans laquelle il \u00e9tait engag\u00e9 \u2013, fait d\u2019\u00c9lisabeth une pr\u00e9sence bizarre. La nettet\u00e9 de son image dans l&rsquo;\u00e9cran, \u00e9quivalente en termes de d\u00e9finition \u00e0 celle de Gary, la miniaturise \u00e9trangement : son corps, son visage film\u00e9 comme dans un champ-contrechamp classique avec amorce, est une incongruit\u00e9 visuelle rendue d&rsquo;autant plus sensible que rien ne vient la souligner dans le traitement de l&rsquo;image m\u00eame. Ce sont le jeu d&rsquo;\u00e9chelles permis par les choix de cadre (\u00e9chelle, angle de prise de vue) et la mise en abyme de l&rsquo;\u00e9cran d&rsquo;ordinateur dans l&rsquo;\u00e9cran de cin\u00e9ma qui rendent finalement sensible la rupture dans la circulation des flux (num\u00e9riques, verbaux, sentimentaux\u2026).&nbsp;Malgr\u00e9 tout, quiconque a pratiqu\u00e9 les \u00e9changes par applications de visioconf\u00e9rence trouvera la fluidit\u00e9 de la connexion Skype entre Gary et sa femme \u00e9tonnante&nbsp;; elle nous appara\u00eet telle, et ce d&rsquo;autant plus \u00e0 l&rsquo;issue de l&rsquo;exp\u00e9rience du tournage de <em>Et de l&rsquo;herbe&#8230;<\/em> Cette fluidit\u00e9 se justifie chez Ferran par la th\u00e8se m\u00eame du film&nbsp;: l\u2019id\u00e9e que le r\u00e9el n&rsquo;est plus qu&rsquo;un r\u00e9seau, un entretissage de flux, un monde d\u00e9vitalis\u00e9\u2026 Mais il est \u00e9tonnant qu\u2019elle soit si rarement interrog\u00e9e par le cin\u00e9ma. On peut prendre l\u2019exemple, parmi mille autres, et parce qu\u2019il tire sa force de son r\u00e9alisme, de la s\u00e9rie <em>Le Bureau des l\u00e9gendes <\/em>(\u00c9ric Rochant, 2015-). Mettant en sc\u00e8ne les services secrets fran\u00e7ais, elle comporte de nombreuses sc\u00e8nes de discussions impliquant des connexions avec des espaces parfois loin de toute infrastructure (par exemple, la Syrie en guerre). Or, il faut attendre la troisi\u00e8me saison pour qu&rsquo;enfin la latence propre \u00e0 cette typologie d&rsquo;\u00e9changes entre en sc\u00e8ne \u2013 opportun\u00e9ment et pour de pures raisons de suspense. En dehors de cela, jamais un accroc ne vient perturber les conversations que les protagonistes ont \u00e0 travers la Toile. Impens\u00e9 formel ou stylisation in\u00e9vitable&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Keren Ben Rafa\u00ebl propose une approche en apparence plus proche du dispositif de <em>Et de l&rsquo;herbe, et des fleurs, et de l&rsquo;eau<\/em>. <em>\u00c0 c\u0153ur battant <\/em>raconte l\u2019histoire d\u2019un couple franco-isra\u00e9lien fusionnel provisoirement s\u00e9par\u00e9 \u00e0 cause d\u2019un probl\u00e8me de visa. Julie et Yuval continuent de vivre leur relation par \u00e9crans interpos\u00e9s. La premi\u00e8re sc\u00e8ne installe d\u2019embl\u00e9e le projet du film&nbsp;: feindre \u2013 un temps, du moins \u2013 que l\u2019interface de communication ne connecte pas seulement les deux espaces distincts dans lesquels se situent les personnages, mais poss\u00e8de le pouvoir de les fondre. Julie et Yuval semblent \u00eatre dans le m\u00eame lit. Iels sont film\u00e9\u00b7e\u00b7s en champ-contrechamp, sur des draps de la m\u00eame couleur, dans une lumi\u00e8re identique et un espace sonore unique. Leurs regards se croisent. Seuls leurs gestes semblent \u00e9tranges&nbsp;: alors qu\u2019on les croit allong\u00e9s l\u2019un \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019autre et qu\u2019iels entament une relation sexuelle, iels ne se touchent pas. On finit par comprendre qu\u2019iels sont en fait \u00e0 distance et que les deux images que l\u2019on voit sont celles correspondant \u00e0 leurs \u00e9crans d\u2019ordinateur respectifs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" width=\"1634\" height=\"472\" src=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.54.22.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5559\" srcset=\"https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.54.22.png 1634w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.54.22-300x87.png 300w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.54.22-768x222.png 768w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.54.22-1536x444.png 1536w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.54.22-700x202.png 700w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.54.22-680x196.png 680w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.54.22-280x81.png 280w\" sizes=\"(max-width: 1634px) 100vw, 1634px\" \/><figcaption><strong>Figure 2a.<\/strong> 1\u201900\u201900   <strong>Figure 2b. <\/strong>1\u201900\u201905<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Ensuite, la mise en sc\u00e8ne n\u2019a de cesse d&rsquo;acter la s\u00e9paration progressive du couple en rendant l&rsquo;\u00e9loignement de Julie et Yuval de plus en plus perceptible. Pour cela, le film accentue progressivement les contrastes de composition et de lumi\u00e8re entre les deux plans du champ-contrechamp, et introduit un mixage diff\u00e9renci\u00e9 des voix des personnages. Il accompagne ainsi la trajectoire des protagonistes qui mesurent la difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre&nbsp;l\u00e0 sans \u00eatre l\u00e0, d\u2019\u00eatre avec l\u2019autre sans l\u2019\u00eatre vraiment.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" width=\"1774\" height=\"500\" src=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.49.36.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5553\" srcset=\"https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.49.36.png 1774w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.49.36-300x85.png 300w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.49.36-768x216.png 768w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.49.36-1536x433.png 1536w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.49.36-700x197.png 700w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.49.36-680x192.png 680w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.49.36-280x79.png 280w\" sizes=\"(max-width: 1774px) 100vw, 1774px\" \/><figcaption><strong>Figure 3a.<\/strong> 00\u201938\u201933  <strong> Figure 3b.<\/strong> 00\u201939\u201900<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Ainsi, on ne cesse de percevoir le caract\u00e8re toujours plus \u00ab&nbsp;incompossible<sup>&nbsp;<\/sup>\u00bb<span id='easy-footnote-8-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-8-5330' title='\u00ab&amp;nbsp;La compossibilit\u00e9 repose ainsi sur l\u2019existence de relations spatiotemporelles entre les \u00e9l\u00e9ments d\u2019un monde possible.&amp;nbsp;\u00bb Jean-Pascal Anfray, \u00ab&amp;nbsp;\u00ab&amp;nbsp;Autant de mondes sans connexion&amp;nbsp;\u00bb&amp;nbsp;: Leibniz et Lewis sur la compossibilit\u00e9 et l\u2019unit\u00e9 du&amp;nbsp;monde&amp;nbsp;\u00bb,&lt;em&gt; Les \u00c9tudes philosophiques&lt;\/em&gt;, n\u00b0164, 2016\/4, pp. 537-558. URL : &lt;a href=&quot;https:\/\/www.cairn-int.info\/revue-les-etudes-philosophiques-2016-4-page-537.htm&quot;&gt;https:\/\/www.cairn-int.info\/revue-les-etudes-philosophiques-2016-4-page-537.htm&lt;\/a&gt;'><sup>8<\/sup><\/a><\/span> de l\u2019espace-temps imaginaire auquel le film nous donne acc\u00e8s, cr\u00e9\u00e9 par le champ-contrechamp de ce que filment les deux <em>webcams<\/em>.<sup> <\/sup>Rien, cependant, ni dans la composition, ni dans la texture des images d&rsquo;<em>\u00c0 c\u0153ur battant<\/em>, ne les d\u00e9signe comme des images transmises \u00e0 distance&nbsp;: elles sont visuellement travaill\u00e9es (tr\u00e8s compos\u00e9es au niveau du cadre et de la lumi\u00e8re), leur encha\u00eenement est fluide (comme dans <em>Bird People<\/em>), avec des rapports de contrastes internes constants tout au long du film. Lorsque les com\u00e9diens s\u2019approchent de la cam\u00e9ra, on observe m\u00eame des reports de points marqu\u00e9s qui signalent implicitement le type d\u2019appareil employ\u00e9 pour effectuer les prises de vues (une cam\u00e9ra de cin\u00e9ma classique, avec un capteur \u00e9quivalent 35 mm et un assistant d\u00e9di\u00e9 au suivi du point). Tout se passe en fait comme si deux cam\u00e9ras de cin\u00e9ma avaient remplac\u00e9 les <em>webcams<\/em> de Julie et Yuval au point que dans la deuxi\u00e8me partie du film certains plans nous pr\u00e9sentent Julie attendant devant son ordinateur que Yuval r\u00e9ponde tandis que son appel r\u00e9sonne dans le vide. La repr\u00e9sentation de l\u2019espace mental partag\u00e9 par les personnages appara\u00eet donc comme une convention cin\u00e9matographique symbolique et stylis\u00e9e, dont l\u2019existence perceptible n\u2019est pas assujettie \u00e0 la connexion simultan\u00e9e des deux personnages<span id='easy-footnote-9-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-9-5330' title='On peut se demander si nous allons nous faire \u00e0 ces conventions \u2013 quand bien m\u00eame elles contredisent l&amp;rsquo;exp\u00e9rience r\u00e9elle que nous faisons de ces modes de communication \u2013 de la m\u00eame mani\u00e8re qu&amp;rsquo;il est admis au cin\u00e9ma, dans une conversation t\u00e9l\u00e9phonique, qu&amp;rsquo;on puisse entendre la voix de l&amp;rsquo;interlocuteur \u00e0 travers le combin\u00e9.'><sup>9<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin du film, la rencontre originelle des deux personnages nous est pr\u00e9sent\u00e9e en <em>flashback<\/em>. Iels sont d\u2019abord s\u00e9par\u00e9\u00b7e\u00b7s en champ-contrechamp, tandis qu\u2019iels se croisent au milieu d\u2019une foule, puis sont finalement r\u00e9uni\u00b7e\u00b7s dans un m\u00eame plan, alors qu\u2019iels se rejoignent en nageant dans la mer. Le fait qu\u2019il n\u2019y ait aucune diff\u00e9rence de texture et, par inf\u00e9rence, de nature entre les images cin\u00e9matographiques de la derni\u00e8re sc\u00e8ne et celles du reste du film tend \u00e0 construire une indistinction des diff\u00e9rents espaces qu\u2019habitent les personnages. Cette indistinction formelle ne permet jamais de sentir la distance r\u00e9elle entre les personnages. Le fait que les espaces r\u00e9els des deux protagonistes ne co\u00efncident pas n\u2019a finalement que peu d\u2019importance, puisque c\u2019est avant tout leur d\u00e9sir, manifestement dissym\u00e9trique, qui ne co\u00efncide pas \u2013 et ce avant m\u00eame que le film ne commence. La distance n&rsquo;est donc pas la raison de la \u00ab&nbsp;fin de l&rsquo;amour&nbsp;\u00bb<span id='easy-footnote-10-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-10-5330' title='Le titre international du film est &lt;em&gt;The End of love&lt;\/em&gt;.'><sup>10<\/sup><\/a><\/span>, elle en est simplement le catalyseur. Et c\u2019est parce qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas essentielle qu\u2019elle se pr\u00eate \u00e0 l&rsquo;irr\u00e9alisme de la stylisation (regards cam\u00e9ras, cadre \u00ab&nbsp;trop bien&nbsp;\u00bb compos\u00e9\u2026). \u00c0 cet \u00e9gard, la visioconf\u00e9rence n&rsquo;est que superficiellement le principe formel du film.<\/p>\n\n\n\n<p>Les choix que nous avons fait en r\u00e9alisant <em>Et de l\u2019herbe, et des fleurs, et de l\u2019eau<\/em> sont radicalement diff\u00e9rents, et tr\u00e8s conjoncturels. Leur analyse et leur comparaison avec les choix de mise en sc\u00e8ne de Pascale Ferran et de Keren Ben Rafa\u00ebl nous permettent n\u00e9anmoins de constater qu\u2019ils \u00e9tablissent des \u00e9l\u00e9ments de vocabulaire et de grammaire propres \u00e0 l\u2019une des expressions possibles du post-cin\u00e9ma. Toute la question est de savoir s&rsquo;ils lui sont sp\u00e9cifiques ou s&rsquo;ils ne forment qu\u2019une variation, une d\u00e9clinaison de motifs toujours-d\u00e9j\u00e0 cin\u00e9matographiques (que ce soit en termes de texture de l\u2019image, de cadrages, de rapport \u00e0 la fiction\u2026).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le dispositif que nous avons mis en place, chaque acteurice \u00e9tait responsable de l\u2019enregistrement sur sa propre machine de l\u2019image et du son \u00e9mis par l\u2019un de ses partenaires de jeu. L\u2019automatisme des <em>webcams<\/em> (contraste, exposition, point) conduisait souvent les images \u00e0 varier beaucoup, pour peu qu\u2019un com\u00e9dien s\u2019approche de la cam\u00e9ra, par exemple. Quant \u00e0 la fluidit\u00e9 de ces m\u00eames images, elle d\u00e9pendait directement de la qualit\u00e9 des connexions par l\u2019interm\u00e9diaire desquelles elles \u00e9taient transmises. La plupart du temps, cette fluidit\u00e9 \u00e9tait parasit\u00e9e par l\u2019apparition d\u2019artefacts num\u00e9riques (<em>glitch<\/em>, <em>freeze<\/em>, d\u00e9synchronisation de l\u2019image et du son\u2026).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1470\" height=\"460\" src=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.49.48.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5552\" srcset=\"https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.49.48.png 1470w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.49.48-300x94.png 300w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.49.48-768x240.png 768w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.49.48-700x219.png 700w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.49.48-680x213.png 680w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.49.48-280x88.png 280w\" sizes=\"(max-width: 1470px) 100vw, 1470px\" \/><figcaption><strong>Figure 4a.<\/strong> 00\u201900\u201919   <strong>Figure 4b.<\/strong> 00\u201900\u201944<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Nous avons d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment choisi de laisser les com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s se d\u00e9brouiller avec la technique, en n&rsquo;intervenant pas sur la fa\u00e7on dont iels se cadraient par exemple, et en leur demandant de jouer avec les in\u00e9vitables accidents de connexion. Ces accidents participent du r\u00e9alisme des sc\u00e8nes que nous avons tourn\u00e9es, en obligeant notamment les acteurices \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter ce qu&rsquo;iels venaient de dire, ou en les conduisant \u00e0 ne pas trop hausser la voix sous peine de la voir aussit\u00f4t r\u00e9duite par les algorithmes de compression. Les probl\u00e8mes g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par la compression et la transmission du signal en viennent m\u00eame parfois \u00e0 cr\u00e9er des effets comiques. La r\u00e9sistance du r\u00e9el contre laquelle luttent les personnages dans les com\u00e9dies prend ici la forme d\u2019une r\u00e9sistance des flux num\u00e9riques (telle que la sc\u00e8ne du mariage o\u00f9 le discours du maire se voit hach\u00e9 par la mauvaise connexion, au point d\u2019en devenir quasiment inaudible). Ces accidents nous apprennent enfin que la fa\u00e7on dont on parle est affect\u00e9e en profondeur (au niveau du d\u00e9bit, de l&rsquo;articulation, du volume) par l&rsquo;appareil technique qui sert de v\u00e9hicule \u00e0 la voix. N&rsquo;avoir pas trich\u00e9 avec cet aspect du r\u00e9el participe de la dimension documentaire du projet \u2013 et \u00e0 l&rsquo;avenir de sa dimension archivistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans le film de Keren Ben Rafa\u00ebl, nous nous pla\u00e7ons au sein de l\u2019espace imaginaire que partagent les personnages. Mais l\u00e0 o\u00f9 <em>\u00c0 c\u0153ur battant<\/em> stylise le processus de cr\u00e9ation de ce monde virtuel en rempla\u00e7ant les <em>webcams<\/em> par des cam\u00e9ras de cin\u00e9ma et en consid\u00e9rant l\u2019image ind\u00e9pendamment de sa transmission par internet, nous faisons le choix esth\u00e9tique inverse, en utilisant l\u2019image pauvre<span id='easy-footnote-11-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-11-5330' title='Nous empruntons cette expression \u00e0 Hito Steyerl, &lt;em&gt;In Defense of the Poor Image&lt;\/em&gt;,&lt;em&gt; E-flux journal&lt;\/em&gt;,n\u00b010, novembre 2009, URL : &lt;a href=&quot;https:\/\/www.e-flux.com\/journal\/10\/61362\/in-defense-of-the-poor-image\/&quot;&gt;https:\/\/www.e-flux.com\/journal\/10\/61362\/in-defense-of-the-poor-image\/&lt;\/a&gt;, consult\u00e9 le 30\/09\/2021.'><sup>11<\/sup><\/a><\/span> \u2013 la pauvre image \u2013 qui est produite par les <em>webcams<\/em> des machines des com\u00e9diens, avec toutes ses imperfections, en la consid\u00e9rant m\u00eame apr\u00e8s qu\u2019elle soit pass\u00e9e par les filtres de la connexion internet, puis de la compression de l&rsquo;enregistrement vid\u00e9o de l&rsquo;\u00e9cran. L\u2019espace-temps imaginaire des personnages de <em>Et de l\u2019herbe<\/em>\u2026 n\u2019est donc pas cr\u00e9\u00e9 par la mise en relation d\u2019images produites par des cam\u00e9ras, mais d\u2019images de flux produites par des \u00e9crans&nbsp;: \u00e0 cet \u00e9gard, le film est une <em>desktop video<\/em><span id='easy-footnote-12-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-12-5330' title='Le cin\u00e9aste Timur Bekmambetov propose de d\u00e9finir le &lt;em&gt;desktop cinema &lt;\/em&gt;(ou &lt;em&gt;screenmovie&lt;\/em&gt;) ainsi&amp;nbsp;: \u00ab&amp;nbsp;Le terme \u00a0\u00bbscreenmovie\u00a0\u00bb d\u00e9rive du terme \u00a0\u00bbscreencast\u00a0\u00bb qui signifie l&amp;rsquo;enregistrement num\u00e9rique des informations d&amp;rsquo;un \u00e9cran d&amp;rsquo;ordinateur. Un \u00a0\u00bbscreenmovie\u00a0\u00bb est une nouvelle forme de cin\u00e9ma dans laquelle toute l&amp;rsquo;action se d\u00e9roule sur l&amp;rsquo;\u00e9cran d&amp;rsquo;ordinateur du protagoniste.&amp;nbsp;\u00bb Voir Timur Bekmambetov, \u00ab&amp;nbsp;Rules of the screenmovie: the &lt;em&gt;Unfriended&lt;\/em&gt; Manifesto for the Digital Age&amp;nbsp;\u00bb, &lt;em&gt;Moviemaker, &lt;\/em&gt;22 avril 2015. URL : https:\/\/www.moviemaker.com\/unfriended-rules-of-the-screenmovie-a-manifesto-for-the-digital-age\/, consult\u00e9 le 30\/09\/2021.'><sup>12<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e8gles que nous avons adopt\u00e9es dans l\u2019emploi des \u00e9crans multiples d\u00e9coulent de ce constat. Seules sont propos\u00e9es des mosa\u00efques semblables \u00e0 celles que les personnages regarderaient <em>a priori<\/em> en se connectant (ce qui exclut les images \u00e0 deux). D\u00e9coule aussi de ce constat le fait que l\u2019existence perceptible du monde imaginaire partag\u00e9 est assujettie \u00e0 la connexion simultan\u00e9e d\u2019au moins deux personnages.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1408\" height=\"438\" src=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.11.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5551\" srcset=\"https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.11.png 1408w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.11-300x93.png 300w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.11-768x239.png 768w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.11-700x218.png 700w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.11-680x212.png 680w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.11-280x87.png 280w\" sizes=\"(max-width: 1408px) 100vw, 1408px\" \/><figcaption><strong>Figure 5a.<\/strong> 00\u201903\u201931   <strong>Figure 5b.<\/strong> 00\u201923\u201951 <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Cette logique nous conduit \u00e0 choisir de ne jamais fondre<em> <\/em>les espaces distincts dans lesquels se trouvent les personnages dans le film. Ainsi, le son ne cesse de signifier la distance qui les s\u00e9pare, puisque les voix des personnages qui ne sont pas pr\u00e9sents \u00e0 l\u2019image sont syst\u00e9matiquement trait\u00e9es (les prises retenues dans ce cas \u00e9tant celles ayant r\u00e9ellement transit\u00e9 par internet). Ce choix n\u2019est cependant pas neutre puisqu\u2019il conduit \u00e0 dissocier arbitrairement le point d\u2019\u00e9coute du point de vue (le personnage A pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019\u00e9cran nous pla\u00e7ant dans le point de vue du personnage B qui l\u2019observe alors que la voix trait\u00e9e du personnage B absent de l\u2019\u00e9cran nous ram\u00e8ne dans le point d\u2019\u00e9coute du personnage A).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-style:normal;font-weight:600\">La question du traitement de la voix nous oblige \u00e0 faire un d\u00e9tour par les sp\u00e9cificit\u00e9s de notre tournage. Les images que nous avons r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es ne sont pas celles issues des <em>webcams<\/em> de nos acteurices, mais ce sont des enregistrements de leurs \u00e9crans sur lesquels nous leur demandions d&rsquo;afficher plein cadre tel ou telle interlocuteurice, soit donc des <em>desktop videos<\/em>. Ceci implique que lorsque le ou la com\u00e9dien\u00b7ne A lance l&rsquo;enregistrement de la sc\u00e8ne, iel va livrer l&rsquo;image de B, ou de C, ou de D\u2026 (puisqu&rsquo;iel affiche plein cadre un\u00b7e de ses interlocuteurices et non pas iel-m\u00eame, personne n&rsquo;ayant envie de jouer face \u00e0 un miroir !). En revanche, le son qu&rsquo;iel va livrer sera compos\u00e9 de deux couches&nbsp;: le son direct de sa voix et le son de toustes les autres interlocuteurices, filtr\u00e9 par le haut-parleur de son propre ordinateur. Bien entendu, il est possible de recoller le son direct de chaque interlocuteurice sur les images de ce dernier ou cette derni\u00e8re prise par l&rsquo;un ou l&rsquo;autre des autres com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s, moyennant une petite gymnastique de montage son. Or, cette variation dans la nature du son, cette disjonction entre celui ou celle que l\u2019on voit et celui ou celle que l\u2019on entend permet de reconstruire un\u00b7e absent\u00b7e pourtant essentiel\u00b7le&nbsp;: celui ou celle qui se tient physiquement devant l&rsquo;\u00e9cran, celui ou celle \u00e0 qui l&rsquo;\u00e9cran parle. Ce que Ferran construit en montrant Gary devant son ordinateur, le traitement du son peut le faire aussi&nbsp;: paradoxe d&rsquo;un artefact technique qui par sa limite m\u00eame permet d&rsquo;\u00e9largir le hors-champ aux dimensions d&rsquo;un corps pr\u00e9sent.&nbsp;L&rsquo;exp\u00e9rience nous a enseign\u00e9 que cette construction d&rsquo;une identification accrue \u00e0 l&rsquo;un des interlocuteurs par le biais du son est possible \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;une discussion \u00e0 deux personnages, mais s&rsquo;av\u00e8re beaucoup plus complexe \u00e0 trois, quatre ou quinze personnages&nbsp;! Suivre l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du mariage depuis le point d\u2019\u00e9coute de Victor, par exemple, aurait conduit \u00e0 une impasse pour la simple raison que si la texture du son permet l&#8217;empathie avec un personnage plut\u00f4t qu&rsquo;un autre, le risque est grand de tomber dans le pi\u00e8ge de l\u2019\u00e9quivalence avec une cam\u00e9ra subjective (comme si nous voyions ce que voit celui qui est devant son \u00e9cran) dont on sait qu\u2019elle m\u00e8ne \u00e0 une aporie formelle : notre pratique quotidienne des \u00e9crans d&rsquo;ordinateur ne fait pas pour autant d&rsquo;une <em>desktop video<\/em> un film immersif<span id='easy-footnote-13-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-13-5330' title='C\u2019est ce que r\u00e9v\u00e8le en creux &lt;em&gt;Noah&lt;\/em&gt; (2013, Patrick Cederberg et Walter Woodman). Dans ce court-m\u00e9trage sous la forme d\u2019une longue&lt;em&gt; desktop video&lt;\/em&gt; mettant en sc\u00e8ne le temps pass\u00e9 par un adolescent sur internet entre de multiples plateformes, l&amp;rsquo;identification du spectateur au personnage \u00e9ponyme situ\u00e9 devant l&amp;rsquo;\u00e9cran d&amp;rsquo;ordinateur passe par l\u2019usage r\u00e9p\u00e9t\u00e9 de zooms et de panoramiques fil\u00e9s cens\u00e9s mimer le regard et l&amp;rsquo;attention du personnage sur telle ou telle zone de son \u00e9cran tandis que le mixage souligne la proximit\u00e9 du bruit des doigts sur le clavier.'><sup>13<\/sup><\/a><\/span>.<sup> <\/sup>Nous avons donc fait le choix de distribuer la parole de fa\u00e7on plus objective. Nous n\u2019avons d\u00e9rog\u00e9 qu\u2019une fois \u00e0 ce principe, pour la s\u00e9quence \u00ab&nbsp;les retrouvailles&nbsp;\u00bb au cours de laquelle on n\u2019entend que l&rsquo;environnement sonore propre \u00e0 l&rsquo;espace de Victor, afin que soit rendue sensible l&rsquo;irr\u00e9m\u00e9diable distance qui le s\u00e9pare lui, enfin dehors<em>, <\/em>de ses parents, enferm\u00e9s dans leur maison.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019image comme le son sont ainsi employ\u00e9s pour faire \u00e9cho \u00e0 l&rsquo;absence de fluidit\u00e9 qui pr\u00e9side \u00e0 la mise en relation des personnages. Nous avons fait le choix de l&rsquo;assumer, parce qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re des situations dont les enjeux ne seraient pas perceptibles pour les spectateurices si elle \u00e9tait trop estomp\u00e9e, et qu\u2019elle participe <em>in fine<\/em> du r\u00e9alisme du film. De la m\u00eame mani\u00e8re que Bazin parlait \u00e0 propos du film <em>Kon-Tiki<\/em> de la capacit\u00e9 du cin\u00e9ma \u00e0 \u00ab&nbsp;photographier le danger&nbsp;\u00bb<span id='easy-footnote-14-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-14-5330' title='Commentant &lt;em&gt;Kon-Tiki&lt;\/em&gt; (Thor Eyerdahl, 1952) dans une formule c\u00e9l\u00e8bre, Andr\u00e9 Bazin affirme&amp;nbsp;: \u00ab&amp;nbsp;ce n\u2019est pas tant la photographie du requin que celle du danger&amp;nbsp;\u00bb. Andr\u00e9 Bazin, \u00ab&amp;nbsp;Le cin\u00e9ma et l\u2019exploration&amp;nbsp;\u00bb, &lt;em&gt;Qu\u2019est-ce que le cin\u00e9ma&amp;nbsp;?&lt;\/em&gt;, Paris, Cerf, coll. \u00ab&amp;nbsp;Septi\u00e8me art&amp;nbsp;\u00bb, 1975, p. 32.'><sup>14<\/sup><\/a><\/span>, notre film photographie indirectement les connexions et les flux ayant produit le monde que ses personnages habitent.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-style:normal;font-weight:600\">On pourrait bien s\u00fbr d\u00e9cider de faire fi de tout r\u00e9alisme, au nom de la libert\u00e9 souveraine propre \u00e0 chaque cr\u00e9ateurice \u2013 ce que fait Keren Ben Rafa\u00ebl, par exemple. Mais la situation in\u00e9dite dans laquelle nous \u00e9tions plong\u00e9s au moment de la fabrication du film, le caract\u00e8re universel et simultan\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience du confinement, et donc de l&rsquo;usage des logiciels sp\u00e9cifiques permettant les r\u00e9unions virtuelles nous contraignait. Notre film reconduit, prolonge, \u00e9largit dans la fiction une exp\u00e9rience commune. Il nous a donc sembl\u00e9 que, dans ce cas pr\u00e9cis, transiger sur le r\u00e9alisme de ce que sont les discussions sur ces logiciels aurait constitu\u00e9 une erreur \u00e9thique et esth\u00e9tique, une mani\u00e8re de mettre de c\u00f4t\u00e9 par commodit\u00e9 ou coquetterie, ce que ce mode d&rsquo;\u00e9change a, aussi, de triste<span id='easy-footnote-15-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-15-5330' title='Le confinement a \u00e9t\u00e9 l&amp;rsquo;occasion de (re)d\u00e9couvrir la profondeur de la fracture num\u00e9rique, et combien nous ne sommes pas \u00e9gaux en termes d&amp;rsquo;acc\u00e8s \u00e0 internet, avec ce que cela peut impliquer d&amp;rsquo;isolement.'><sup>15<\/sup><\/a><\/span>. Dans notre esprit, ce n\u2019\u00e9tait donc tout simplement ni possible, ni envisageable. En revanche, si nous avons pu croire, en nous lan\u00e7ant dans l&rsquo;exp\u00e9rience, que celle-ci allait se d\u00e9partir des contraintes techniques propres \u00e0 un tournage classique, nous avons vite \u00e9t\u00e9 d\u00e9tromp\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous l\u2019avons dit, la fabrication concr\u00e8te d&rsquo;<em>Et de l\u2019herbe<\/em>, <em>et des fleurs, et de l\u2019eau<\/em> impliquait que chacun\u00b7e des com\u00e9diens ou des com\u00e9diennes se transforme en op\u00e9rateurice, en technicien\u00b7ne (pour enregistrer les fichiers vid\u00e9os), et ne per\u00e7oive visuellement de la sc\u00e8ne que la part qu\u2019iel \u00e9tait charg\u00e9\u00b7e d\u2019enregistrer en devant suivre le d\u00e9roulement du reste \u00ab&nbsp;\u00e0 l\u2019oreille&nbsp;\u00bb. Pour nous, il s\u2019agissait de diriger \u00e0 distance des acteurices que nous connaissions bien pour certain\u00b7e\u00b7s, que nous n\u2019avions jamais rencontr\u00e9\u00b7e\u00b7s ailleurs que sur un \u00e9cran pour les autres. Apr\u00e8s une s\u00e9rie de r\u00e9p\u00e9titions \u00e0 laquelle nous assistions \u00e0 distance, nous devions quitter la \u00ab&nbsp;sc\u00e8ne&nbsp;\u00bb (le lien de connexion \u00e0 la r\u00e9union num\u00e9rique) pour ne pas appara\u00eetre \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Au stade du tournage, ce dispositif d\u00e9pla\u00e7ait la position du r\u00e9alisateur par rapport aux usages habituels et l\u2019assimilait plut\u00f4t \u00e0 celui du metteur en sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre, emp\u00each\u00e9 d\u2019intervenir \u00e0 la fin du processus. Bien entendu, ce d\u00e9placement ne durait que jusqu\u2019\u00e0 la salle de montage \u2013 montage effectu\u00e9 en partie \u00e0 distance, lui aussi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1646\" height=\"552\" src=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.31.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5557\" srcset=\"https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.31.png 1646w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.31-300x101.png 300w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.31-768x258.png 768w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.31-1536x515.png 1536w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.31-700x235.png 700w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.31-680x228.png 680w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.31-280x94.png 280w\" sizes=\"(max-width: 1646px) 100vw, 1646px\" \/><figcaption><strong>Figure 6a.<\/strong> Un tournage \u00e0 distance&#8230;.  <strong>Figure 6b.<\/strong> Un montage \u00e0 distance (en partage d\u2019\u00e9cran).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le paradoxe du tournage \u00e0 distance r\u00e9side en ce qu\u2019il simplifie la r\u00e9alisation mat\u00e9rielle de certaines sc\u00e8nes&nbsp;: le mariage virtuel de Victor et d\u2019Anna r\u00e9unit vingt-deux personnages et figurant\u00b7e\u00b7s. Dans un dispositif classique, la r\u00e9union d\u2019une telle \u00e9quipe n\u2019est pas simple d\u2019un point de vue logistique, tandis qu\u2019un simple lien suffit lorsque chacun\u00b7e est confin\u00e9\u00b7e. Mais ce lien, pour fonctionner, n\u00e9cessite bien s\u00fbr une infrastructure colossale (celle du r\u00e9seau internet), que cache la pauvret\u00e9 apparente du dispositif et l\u2019humilit\u00e9 visuelle des images qu\u2019il permet de produire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1610\" height=\"1004\" src=\"http:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.42.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5558\" srcset=\"https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.42.png 1610w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.42-300x187.png 300w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.42-768x479.png 768w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.42-1536x958.png 1536w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.42-700x437.png 700w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.42-680x424.png 680w, https:\/\/imagessecondes.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-16-a-11.50.42-280x175.png 280w\" sizes=\"(max-width: 1610px) 100vw, 1610px\" \/><figcaption><strong>Figure 7.<\/strong> 00\u201908\u201904<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Plus les connexions sont nombreuses (dix-huit pour la sc\u00e8ne du mariage), plus les temps de latence sont susceptibles d\u2019augmenter. Le d\u00e9rushage de la s\u00e9quence nous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu\u2019entre le d\u00e9marrage commun du plan et sa conclusion, des glissements s\u2019op\u00e9raient sur les vid\u00e9os enregistr\u00e9es par chacun\u00b7e, qui se d\u00e9synchronisaient progressivement les unes les autres, au point que la sc\u00e8ne rassemblait en fait des com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s qui n\u2019\u00e9taient non seulement pas dans le m\u00eame espace, mais pas non plus dans le m\u00eame temps \u2013 la somme virtuelle de ces espace-temps fragment\u00e9s \u00e9tant finalement une combinaison d\u2019images et de sons \u00e9mis \u00e0 des moments diff\u00e9rents, per\u00e7us selon des modalit\u00e9s singuli\u00e8res par chacun des participant\u00b7e\u00b7s de la sc\u00e8ne<span id='easy-footnote-16-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-16-5330' title='&amp;nbsp;Ce constat implique d\u2019ailleurs de s\u2019interroger sur l\u2019impossibilit\u00e9 de souscrire \u00e0 certaines des \u00ab&amp;nbsp;conditions de f\u00e9licit\u00e9&amp;nbsp;\u00bb identifi\u00e9es par John Langshaw Austin pour qu\u2019un \u00e9nonc\u00e9 soit performatif, \u00e0 commencer, dans le cas du mariage qu\u2019il convoque comme exemple paradigmatique, le fait que les mari\u00e9s soient effectivement r\u00e9unis (dans l\u2019espace et le temps) au moment d\u2019\u00eatre d\u00e9clar\u00e9s mari et femme par le maire. Voir John Langshaw Austin, &lt;em&gt;Quand dire c\u2019est faire&lt;\/em&gt;, Paris, Le Seuil, 1970.'><sup>16<\/sup><\/a><\/span>. Les \u00e9carts \u00e9taient parfois minimes (une \u00e0 deux secondes), parfois \u00e9normes (une \u00e0 dix minutes), conduisant des personnages ou des figurant\u00b7e\u00b7s \u00e0 r\u00e9agir \u00e0 contretemps par rapport au rythme moyen de la sc\u00e8ne partag\u00e9e par les autres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-style:normal;font-weight:600\">Nous avions cru, presque na\u00efvement, en commen\u00e7ant ce tournage en distanciel, que cette r\u00e9duction de l&rsquo;appareil technique \u00e0 sa portion congrue lib\u00e8rerait le jeu d&rsquo;acteurs sur lequel il p\u00e8se parfois. De notre exp\u00e9rience, nous tirons la conclusion que les particularit\u00e9s de notre tournage n&rsquo;ont pas aboli cette part de la technique. Elles l&rsquo;ont d\u00e9plac\u00e9e au point, paradoxalement, de nous conduire \u00e0 reproduire dans nos sessions de tournage d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9 certains rituels ou certaines habitudes de travail propres au travail classique de plateau, comme le fait de r\u00e9agir \u00e0 un partenaire de jeu que l&rsquo;on ne voit pas&nbsp;! En somme, notre tournage de post-cin\u00e9ma a mobilis\u00e9, de fa\u00e7on tout \u00e0 fait sp\u00e9cifique, une certaine concentration propre au cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p>Le montage nous a conduits \u00e0 corriger certains accidents, \u00e0 r\u00e9tablir certaines synchronisations, pour permettre une meilleure compr\u00e9hension du r\u00e9cit. Mais nous avons fait le choix de conserver quelques traces de ces d\u00e9synchronisations, qui rappellent que les transmissions de flux vid\u00e9os ne sont pas des ph\u00e9nom\u00e8nes neutres et transparents. L\u2019espace imaginaire qu\u2019ils permettent de partager n\u2019est pas un espace dans lequel chacun\u00b7e est synchrone \u2013 m\u00eame si l\u2019on peut entretenir cette illusion. Et l\u2019un des enjeux du post-cin\u00e9ma est peut-\u00eatre d\u2019interroger le temps singulier, moins synchrone qu\u2019on ne pourrait le croire, qui structure les mondes virtuels partag\u00e9s o\u00f9 l\u2019on se retrouve lorsque les corps sont immobilis\u00e9s. De l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;embaumer\u00bb<span id='easy-footnote-17-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-17-5330' title='\u00ab&amp;nbsp;[C]ar la photographie ne cr\u00e9e pas, comme l\u2019art, de l\u2019\u00e9ternit\u00e9, elle embaume le temps (\u2026)&amp;nbsp;\u00bb. Andr\u00e9 Bazin, \u00ab&amp;nbsp;Ontologie de l\u2019image photographique&amp;nbsp;\u00bb,&lt;em&gt; Ibid.,&lt;\/em&gt; p. 14.'><sup>17<\/sup><\/a><\/span>&nbsp; tel quel. En cela, le post-cin\u00e9ma ne ferait que prolonger le travail du cin\u00e9ma dont le contenu premier n\u2019est pas \u00ab&nbsp;le drame&nbsp;\u00bb, comme le rappelle Jacques Aumont, mais \u00ab&nbsp;le temps \u2013 le temps mis en forme&nbsp;\u00bb<span id='easy-footnote-18-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-18-5330' title='Jacques Aumont, &lt;em&gt;Que reste-t-il du cin\u00e9ma&amp;nbsp;?&lt;\/em&gt;, Paris, Vrin, 2013, p. 96.'><sup>18<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>La fin du confinement nous a permis de tourner la derni\u00e8re sc\u00e8ne du film comme une sc\u00e8ne de cin\u00e9ma. Comme dans <em>\u00c0 c\u0153ur battant<\/em>, le film se termine par la r\u00e9union dans le m\u00eame plan des deux personnages longtemps s\u00e9par\u00e9s, par leur \u00e9treinte, par leurs caresses&nbsp;: enfin, iels peuvent se toucher de nouveau. Il nous semble n\u00e9anmoins que le dernier plan de <em>Et de l\u2019herbe<\/em>\u2026 r\u00e9sonne de fa\u00e7on diff\u00e9rente par rapport aux derniers plans du film de Keren Ben Rafa\u00ebl&nbsp;: la diff\u00e9rence lisible de nature entre les images de la premi\u00e8re partie du film et le dernier plan, r\u00e9alis\u00e9 avec une cam\u00e9ra de cin\u00e9ma, \u00e0 la fin du confinement (donc, historiquement \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de notre exp\u00e9rience, lorsque le cin\u00e9ma dans son acception classique est redevenu possible), affirme tout \u00e0 coup la puissance d\u2019une image dont on avait oubli\u00e9 la possible existence et, par analogie, celle d\u2019un monde sensible que l\u2019on croyait r\u00e9volu<span id='easy-footnote-19-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-19-5330' title='Ce passage d\u2019une image de flux num\u00e9rique contrari\u00e9 \u00e0 une image de cin\u00e9ma inverse la proposition de Bertrand Bonello \u00e0 la fin de &lt;em&gt;L\u2019Apollonide&lt;\/em&gt; (2011), film qui invite le spectateur \u00e0 prendre ses distances avec la beaut\u00e9 sensuelle et mythifi\u00e9e par le souvenir de la maison close de l\u2019histoire \u00e0 travers l\u2019apparition d\u2019un dernier plan en DV donn\u00e9 comme contemporain de l\u2019instance de narration du film et dont la banalit\u00e9 triste et crue contraste avec la somptuosit\u00e9 de toutes les images qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9.'><sup>19<\/sup><\/a><\/span>.<sup>&nbsp;<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Cette fin permet aussi de rendre perceptible ce que nous a permis de toucher du doigt ce moment de post-cin\u00e9ma\u00a0: la nostalgie, l&rsquo;amour du cin\u00e9ma et de tout ce qu&rsquo;il engage, dans le rapport au regard, \u00e0 l&rsquo;autre\u00a0; ce que Daney dit si bien lorsqu&rsquo;il \u00e9crit \u00ab\u00a0Et le cin\u00e9ma, je vois bien pourquoi je l\u2019ai adopt\u00e9 : pour qu\u2019il m\u2019adopte en retour. Pour qu\u2019il m\u2019apprenne \u00e0 toucher inlassablement du regard \u00e0 quelle distance de moi commence l\u2019autre \u00bb<span id='easy-footnote-20-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-20-5330' title='Serge Daney,\u00a0&lt;em&gt;Pers\u00e9v\u00e9rance&lt;\/em&gt;, Paris, P.O.L, 1994, p. 39.'><sup>20<\/sup><\/a><\/span>.\u00a0 Et le lieu dans lequel cette fin est la plus sensible, c\u2019est une salle de cin\u00e9ma, avec son grand \u00e9cran et les lumi\u00e8res \u00e9teintes. En cela, <em>Et de l&rsquo;herbe, et des fleurs, et de l\u2019eau<\/em> est bien un film de cin\u00e9ma, puisqu\u2019il est pens\u00e9 pour \u00eatre vu dans le cadre du dispositif particulier qui le d\u00e9finit&#8230;<span id='easy-footnote-21-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-21-5330' title='Comme le souligne Jacques Aumont, il s\u2019agit de consid\u00e9rer \u00ab\u00a0avant tout, non la gen\u00e8se de [l\u2019] \u0153uvre et les actes de production qu\u2019elle a engag\u00e9s, mais le r\u00e9sultat tel qu\u2019il appara\u00eet, ph\u00e9nom\u00e9nalement, sur un \u00e9cran et pour un spectateur.\u00a0\u00bb Jacques Aumont, &lt;em&gt;Ibid&lt;\/em&gt;., p. 18.'><sup>21<\/sup><\/a><\/span><sup> <\/sup>En effet, notre exp\u00e9rience n&rsquo;a de sens qu&rsquo;en tant qu&rsquo;elle arrache au flux num\u00e9rique des images <em>a priori <\/em>destin\u00e9es \u00e0 s&rsquo;\u00e9vanouir sit\u00f4t que produites, et \u00e0 les d\u00e9placer vers un lieu qui n&rsquo;est pas fait pour les recevoir<span id='easy-footnote-22-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-22-5330' title='M\u00eame si, comme l&amp;rsquo;\u00e9crasante majorit\u00e9 des courts-m\u00e9trages de cin\u00e9ma, notre film sera davantage visionn\u00e9 sur internet que vu en salle\u00a0; et m\u00eame si son visionnage sur un \u00e9cran d&amp;rsquo;ordinateur cr\u00e9e, par sa proximit\u00e9 avec notre quotidien d\u00e9sormais satur\u00e9 d&amp;rsquo;\u00e9changes par visioconf\u00e9rence, des interf\u00e9rences troublantes, nous sommes convaincus que ce mode de visionnage demeure un pis-aller.\u00a0'><sup>22<\/sup><\/a><\/span>.<sup> <\/sup>L\u2019<em>estrangement <\/em>ainsi provoqu\u00e9 par la projection des images pauvres du film dans une grande salle permet de mieux percevoir les fragilit\u00e9s du monde virtuel et fantomatique que partagent les hommes et les femmes confin\u00e9\u00b7e\u00b7s tout autant que la tristesse de ces images<span id='easy-footnote-23-5330' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/2022\/02\/minster-schneider\/#easy-footnote-bottom-23-5330' title='\u00ab If post-cinema expresses a survival of the cinema beyond all its changes of production tools and modes of reception, then its place can only be that immaterial communicability of feeling [\u2026] which [\u2026] gives the human being his or her freedom of appreciation. \u00bb, Christophe G\u00e9nin, &lt;em&gt;op. cit&lt;\/em&gt;., p. 155. '><sup>23<\/sup><\/a><\/span>. Il rend d\u2019autant plus perceptible la sensation de monde retrouv\u00e9 que peut provoquer le dernier plan du film. Cette image, \u2013 \u00ab\u00a0juste une image\u00a0\u00bb \u2013 r\u00e9affirme la puissance du cin\u00e9ma comme lieu de repr\u00e9sentation du monde situ\u00e9, habit\u00e9 et partag\u00e9\u00a0: le monde libre, le monde im-m\u00e9diat. Celui dans lequel nous d\u00e9sirons vivre.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<p id=\"adele-yon-1\"><strong>Cl\u00e9ment Schneider<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 en 1989, Cl\u00e9ment Schneider \u00e9tudie \u00e0 la F\u00e9mis, dans le d\u00e9partement R\u00e9alisation. \u00c0 la sortie de l&rsquo;\u00e9cole, il fonde avec Chlo\u00e9 Chevalier et Alice B\u00e9gon la soci\u00e9t\u00e9 Les Films d&rsquo;Argile afin de prolonger son travail de cin\u00e9aste ind\u00e9pendant tout en gagnant sa vie comme projectionniste. En 2018, son premier long m\u00e9trage, <em>Un violent d\u00e9sir de bonheur<\/em>, est s\u00e9lectionn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ACID \u00e0 Cannes. Aujourd\u2019hui, il d\u00e9veloppe plusieurs projets de films et termine en outre une th\u00e8se intitul\u00e9e <em>Par ailleurs, le cin\u00e9ma est une utopie<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Joseph Minster<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Titulaire d\u2019un Master de Litt\u00e9rature compar\u00e9e de l\u2019universit\u00e9 Paris 3 et dipl\u00f4m\u00e9 du d\u00e9partement R\u00e9alisation de la F\u00e9mis, Joseph Minster \u00e9crit pour le web et le cin\u00e9ma, et enseigne \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Depuis 2019, il est doctorant au sein du laboratoire SACRe (Universit\u00e9 PSL \u2013 La F\u00e9mis) dans le cadre duquel il m\u00e8ne un travail de recherche-cr\u00e9ation sur la notion de <em>variation cin\u00e9matographique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\"\/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Joseph Minster &amp; Cl\u00e9ment Schneider M\u00e9lancolie du toucher. R\u00e9flexions crois\u00e9es autour&nbsp;d\u2019un film de confinement R\u00e9sum\u00e9 Lors du confinement du printemps 2020, nous avons entrepris le tournage d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9 du film Et de l\u2019herbe, et des fleurs, et de l&rsquo;eau, enti\u00e8rement r\u00e9alis\u00e9 via des interfaces de visioconf\u00e9rence, avec des com\u00e9diens connect\u00e9s sur leurs ordinateurs individuels. Cet article<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[106],"tags":[177,181,179,178,180],"class_list":["post-5330","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-post-cinema","tag-confinement","tag-court-metrage","tag-desktop-video","tag-virtuel","tag-visioconference"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9TfUI-1nY","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5330","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5330"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5330\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5677,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5330\/revisions\/5677"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5330"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5330"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/imagessecondes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5330"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}