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Elisa Uffreduzzi
Danse et orientalisme
dans le cinéma muet italien

Résumé
Elisa Uffreduzzi analyse les modalités d’apparition de motifs orientalistes dans les numéros dansés d’un corpus de films italiens de la période muette, et en tire des pistes de réflexion sur la caractérisation des personnages dans le récit cinématographique européen à cette période.

Cet article est une traduction, élaborée à partir de l’article d’Elisa Uffreduzzi, Orientalismo nel cinema muto italiano. Una seduzione coreografica, « Cinergie. Il cinema e le altre arti », n.s., n°3, mars 2013 (http://www.cinergie.it/?p=2295), pp. 20-30 ; et d’un extrait du livre La danza nel cinema muto italiano, Canterano (RM), Aracne 2017, pp. 153-160 ; 169-183.

Mots-clés
Danse, orientalisme, Italie, Salomé, danse serpentine, Ruth St. Denis, Gustave Flaubert

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1 – Orientalisme et odalisques littéraires

Parmi les différents courants du modernisme chorégraphique dans le cinéma muet italien[1], l’orientalisme est sans doute l’un des plus prolifiques. Dans son célèbre essai de 1978[2], Edward Saïd définit ce phénomène comme un « domaine de l’érudition », né :

dans l’Occident chrétien, avec la décision prise par le concile de Vienne, en 1312, de créer une série de chaires de langues “arabe, grecque, hébraïque et syriaque à Paris, Oxford, Bologne, Avignon et Salamanque”.[3]

Il identifie donc son origine grâce à l’institution des premières chaires de langues orientales en Europe. De plus, il démontre qu’il s’agit essentiellement d’un produit de l’Occident : « une espèce de projection de l’Occident sur l’Orient et de volonté de le gouverner »[4] intellectuellement autant que matériellement. Saïd clarifie surtout la notion d’“Orient”, en essayant de délimiter ses frontières géographiques, culturelles, linguistiques et ethniques et en donne ainsi une définition précise, bien que provisoire et sensible aux changements au fil du temps. Le résultat est un territoire qui, au milieu du XIXe siècle, s’étend à peu près du Maroc à la Chine, en mêlant plusieurs cultures dans le « grand chaudron » de l’orientalisme. C’est l’invasion napoléonienne de l’Égypte qui, en 1798, ouvre la voie à l’orientalisme moderne[5], donnant une forte accélération à l’intérêt occidental pour l’Est, grâce à la diffusion de la Description de l’Égypte[6] dans le milieu culturel européen. La publication de ces volumes permet en effet d’accroître le bagage de suggestions, d’images et de connaissances à disposition des orientalistes pour créer un Orient « apprivoisé » et donc moins dangereux[7]. Par conséquent, surtout en France, émerge une longue série d’œuvres artistiques et littéraires d’inspiration orientale, dont le nombre augmente singulièrement à partir de 1899 grâce à la nouvelle traduction des Mille et une nuits par Joseph-Charles Mardrus, publiée dans le journal symboliste la Revue Blanche, et éditée en seize volumes entre 1899 et 1903[8]. D’ailleurs, si l’orientalisme se diffuse si largement pendant le XIXe et le XXe siècle, c’est également parce que les distances géographiques se réduisent, permettant ainsi à l’Europe colonialiste de transformer l’orientalisme lui-même « de discours savant en institution impériale »[9]. Les œuvres de Gérard de Nerval et Gustave Flaubert, comme Le Voyage en Orient (Nerval, 1851) et le Voyage en Égypte (Flaubert, 1849-50) s’inscrivent dans ce climat culturel. Pour tous les deux, observe Saïd :